Simulacres martiens

Agréablement surprise par ma lecture légère de Les Ferrailleurs du cosmos, et aimant tout à la fois Sherlock Holmes et La Guerre des mondes d’H.G.Wells, je me suis laissée tenter par le dernier UHL en date, Simulacres martiens d’Eric Brown (après avoir lu la nouvelle La Tragique Affaire de l’ambassadeur martien dans le dernier numéro de Bifrost). Et ? J’ai été surprise du résultat. Là où la nouvelle présente une affaire classique de Sherlock Holmes à la sauce martienne sans prétention (mais avec le cliché du rape revenge qui m’a passablement agacée), Simulacres martiens ne joue pas du tout en la faveur du détective de Baker Street. À Irène Adler et James Moriarty, celui-ci pourra ajouter les Martiens comme cerveaux plus redoutables que le sien.
Dans Simulacres martiens, Sherlock Holmes et le docteur Watson sont attirés sur Mars pour mener l’enquête sur la disparition d’un philosophe. Ils y croiseront le professeur Challenger (un autre des personnages récurrents d’Arthur Conan Doyle, notamment dans Le Monde perdu) et s’apercevront que la réalité est tout autre et bien plus inquiétante pour le devenir de l’Humanité. Et si vous attendiez une enquête avec une démonstration finale de pure logique, passez votre chemin. En revanche, si vous souhaitez un morceau d’aventure très pulps jouant avec les codes de deux chefs-d’œuvre de la littérature britannique, vous êtes au bon endroit. Narré par ce cher docteur Watson, Simulacres martiens est un bon récit
d’aventure rétro sans autre prétention que distraire et amuser le lecteur. Pari tenu !

Simulacres martiens
d’Eric Brown
traduction de Michel Pagel
Éditions Le Bélial’

L’univers en folie

Pourquoi parler en 2021, d’un livre publié pour la première fois en octobre 1949 ? Tout simplement parce qu’il est issu d’une lecture croisée avec Fawn du blog SF Elfette, et que celle-ci avait pour thème : les classiques de la SF. Nous voulions une lecture légère donc Fredric Brown s’est imposé comme une évidence, et étonnamment, je n’avais jamais lu le roman en question : L’univers en folie.
Bonne pioche, il est court, enlevé, drôle et arrive par moment à faire trembler la lectrice du 21
siècle que je suis. Et après avoir lu Histoire de la science-fiction en bande dessinée, et notamment les pages consacrées aux pulps américains, ce roman prend une dimension encore plus savoureuse.
Tout commence lorsque Keith Winston, journaliste dans une revue de science-fiction, se fait désintégrer par la rentrée explosive dans l’atmosphère terrestre de la première fusée envoyée vers la Lune. Plutôt que mourir, il se retrouve dans un univers très proche du sien, mais également très différent. Dans celui-ci, l’Humanité s’est installée sur d’autres mondes du système solaire et a croisé d’autres formes de vie, dont certaines viennent faire du tourisme dans l’état de New-York. Elle est en guerre contre les Acturiens, race d’extra-terrestres xénophobes qui tire surtout ce qui semble de près ou loin intelligents sans sommation. Comment survivre sans un sou en poche dans cet univers, où les gens le prennent pour un espion à la solde des Acturiens et ne rêvent que de lui trouer la peau ? Comment revenir dans un univers plus raisonnable et plus agréable pour lui ? Tel est l’enjeu du livre.
Ayant commencé par écrire des
polars, Fredric Brown s’y connaît pour mener une histoire en multipliant les coups de théâtre, sans temps mort tout en retombant toujours sur ses pattes. Et il maîtrise parfaitement l’humour loufoque et sarcastique : de la façon dont fonctionne le voyage spatial et du fait que les Martiens ne le maîtrisent pas car… ils ne portent pas de vêtements à la raison pour laquelle les cadettes de l’espace sont vêtues de bikinis à l’intérieur de leurs combinaisons transparentes (correspondant aux standards sexistes des couvertures des pulps de l’époque). Et l’ironie mordante de Fredric Brown ne se limite pas à se moquer des pulps, et de la facilité déconcertante avec laquelle nouvelles de tout poil se plaçaient dans leurs pages (il suffit juste de changer quelques éléments de décor pour passer de la science-fiction au récit historique ou à la romance). Il va rappeler les heures sombres de la Prohibition et des bars clandestins ou la façon dont le maccarthysme et les prémisses de la Guerre froide peuvent amener M. Tout-le-Monde à se méfier de son voisin. Sans parler de la façon dont il aborde la notion de multivers et ses conséquences.

L’univers en folie
de
Fredric Brown
traduction d
e Jean Rosenthal, révisée par Thomas Day
Éditions
Folio SF

Lee Winters, shérif de l’étrange

Toujours dans le cadre des lectures confinées, j’ai récupéré ce livre étonnant chez Les Moutons électriques. Amatrice de pulps, je connaissais plutôt ceux qui comme les vieux « penny dreadful » tiennent de l’horreur gothique, soit ceux très orientés science-fiction avec tenue spatiale argentée et monstres extraterrestres. Jusqu’à présent, je n’avais pas eu l’occasion d’en lire dans le genre western. Jusqu’à Lee Winters, shérif de l’étrange. Cet ouvrage regroupe onze nouvelles de Lon T. Williams parues dans des magazines spécialisés au cours des années 50.
Elles mettent en scène le même protagoniste, le shérif adjoint Lee Winters (Note au traducteur : Winters est le nom de famille — ou surname en version originale —, pas le prénom comme indiqué dans les premières nouvelles), et les alentours de Forlon Gap où il est en poste. Dans cette ville de l’Ouest américain, après le passage de la Ruée vers l’or, les maisons se vident et les alentours se peuplent de créatures étranges. À chaque nouvelle, le surnaturel tient un rôle. Parfois sous couvert de fantômes et de monstres, ce sont des bandits en chair et en os
qui effectuent leurs méfaits. Parfois, les fantômes cherchent à se venger et guident le shérif pour obtenir réparation. D’autres fois encore, il se retrouve plongé au milieu d’événements réinterprétant les mythes amérindiens, grecs ou bibliques, voire des pans d’histoire lointains, sans réellement comprendre ce qu’il fait là. À chaque fois, son entêtement, son bon sens et son six-coups lui permettront de se tirer des plus mauvais pas.
Alignées les unes derrière les autres, et non étalées dans différents magazines sur plus de huit ans, ces onze histoires ont une structure assez répétitive avec des passages obligés dans le salon de Doc juste avant la fermeture par exemple. Malgré tout, leur style suranné, mais restant parfaitement lisible et le choix assez original des thématiques leur donnent un côté rafraichissant.
Une excellente découverte…

Lee Winters, shérif de l’étrange
d
e Lon T. Williams
traduction de Stéphan Lambadaris

Éditions
Les Moutons électriques

Dino Hunter

J’avoue : en présence d’un dinosaure dans un ouvrage de fiction, je perd rapidement toute objectivité. Ce qui me permet d’apprécier largement l’intégralité des Jurassic Park et autres Jurassic World au cinéma sans m’arrêter sur les gouffres logiques des scénarios. Ce qui fait que j’ai un faible pour Sauron en tant que méchant des X-Men. Et qui fait que je me suis régalée à lire Dino Hunter d’Olivier Saraja, avant de me le faire piquer par toute la famille.
Publié dans la collection Pulp des défuntes Éditions Walrus, Dino Hunter ne se prend pas au sérieux. Il y a de l’action, des dinosaures, des extra-terrestres et des situations invraisemblables à gogo. Pour autant, avec ce titre Olivier Saraja ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. Bien au contraire, il les rend complices de son délire en jouant habilement avec les clichés du genre et en les entraînant là où ils ne s’attendent pas.
Tout commence pourtant par une simple balade le long du Rio Grande avant de virer au Jurassic Park moderne pour se terminer en invasion extra-terrestre grandiloquente… Et visiblement, une fin ouverte pour, éventuellement, lire un jour la suite des aventures d’Howard Buck. Comme tout bon roman pulp, ne vous attendez pas à des explications logiques : des vaisseaux sortent tout droit du cœur du soleil, des ptéranodons vivent encore à l’état sauvage à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et les motels américains laissent des squatteurs s’installer chez eux sans pantalon à l’heure du déjeuner… Laissez-vous simplement porter par les aventures de Buck et d’Amanda, imaginez-vous chevauchant votre dinosaure favori dans un décor de Far West et appréciez ce livre.
En revanche, comme les éditions Walrus ont fermé, si vous voulez vous le procurer, vous n’aurez plus cette belle couverture orange. A partir de septembre 2018, ce sont les éditions du 38 et la collection Le Fou qui accueille Dino Hunter. Et Olivier Saraja a annoncé qu’il y aura une suite.

Dino Hunter
de Olivier Saraja