The Isle of Gold

Prendre la mer sur un bateau pirate, c’est savoir où commence le voyage, mais rarement où il finira. Et lire un roman autour de la piraterie, surtout The Isle of Gold de Seven Jane, offre peu ou prou la même expérience aventureuse, les dangers des océans en moins. Quand la narratrice de The Isle of Gold commence son récit, le voyage qu’elle entame semble classique. Jeune orpheline sur une île des Caraïbes à l’âge d’or de la piraterie, elle cherche à échapper à sa carrière toute trouvée dans un bordel et s’engage sur un bateau pirate en se faisant passer pour un adolescent. Sauf que… Ce bateau ne navigue pas à la recherche d’or ou de richesse, mais d’une île mystérieuse aux confins de l’océan et de la femme perdue de son capitaine.
Avec The Isle of Gold, Seven Jane crée un roman surprenant glissant peu à peu du roman d’aventures classique à l’épopée mythologique. En effet, la première partie concernant les premiers pas de la narratrice en mer est plutôt bien documentée d’un point de vue historique. Et peu à peu, à mesure que le récit avance et que la narratrice progresse dans sa quête personnelle, des éléments fantastiques apparaissent. Petit à petit, Seven Jane va convoquer toutes les mythologies européennes liées à la mer : Circé, les selkies, le Kraken ou le capitaine Davy Jones et son vaisseau fantôme. Même cette pauvre Mélusine (d’origine pourtant bien terrestre) répond à l’appel et se trouve mêlée à cette histoire de famille fantastique. Comme tout bon récit de voyage en mer, l’aventure dans The Isle of Gold va crescendo jusqu’à l’épilogue final. Seven Jane a même le talent de nous éviter le calme plat, ce moment du voyage ou du récit où rien n’arrive et tout stagne faute de vent ou d’action. Elle passe alors du déroulé des évènements à une galerie de portraits aussi variés les uns que les autres, et loin des clichés classiques de la piraterie. À l’abordage ?

The Isle of Gold
de Seven Jane
Éditions Black Spot Books

Les Vandales du vide

Avec l’été, pourquoi ne pas profiter des heures les plus chaudes pour s’offrir une petite évasion spatiale sans prise de tête ? Parmi mes auteurs favoris en cette saison se trouve l’immense conteur Jack Vance. Que ce soit pour une de ses œuvres majeures (comme la Geste des Princes-Démons) ou pour un texte mineur sans prétention, je ne suis jamais déçue. Son style léger m’entrainera loin dans l’immensité étoilée sans accroc et toujours avec plaisir.
Ce roman, Les Vandales du vide, est l’un de ses premiers. Publié en 1953, il était resté inédit en France jusqu’à sa publication chez Le Bélial. C’est typiquement un des romans « pulps » — nous dirions plutôt romans de gare en France — de l’époque. Un jeune héros va passer de l’enfance à l’âge adulte en ayant vécu moult aventures et ayant sauvé la mise aux adultes. Ici, le héros s’appelle Dick Murdock. Quittant sa Vénus natale pour l’observatoire de Lune, il va se retrouver aux prises avec des pirates spatiaux. À force d’astuce, d’audace et de beaucoup de chances, il arrivera à les mettre en déroute et à intégrer la Marine spatiale, comme « chair à canon », récompense si belle dans la littératures des années 50. Ou pas.
Disons-le tout de suite, ce court roman est très daté. L’homme n’avait pas encore été sur la Lune et l’imaginait couverte de glace et de joyaux. On pouvait encore imaginer Vénus ou Mars comme des endroits habitables à l’air libre. Et ne cherchez pas une femme dans les 228 pages du roman, il n’y en a pas une seule. Ce qui explique peut-être comment un gamin de 14 ans peut être laissé sans surveillance aux commandes d’un radeau nucléaire pour explorer seul la Lune. Comme vous l’aurez compris, il y a aussi bon nombre d’incohérences, mais pas plus que n’importe quel film moyen de super-héros. Pour autant, ne boudez pas votre plaisir. Ne manquant pas de rebondissement, et très bien écrit, il est le mélange d’action et d’humour léger parfait pour se détendre au bord de l’eau ou dans un hamac sous le chant des cigales. Ou même pour s’offrir quelques instants d’évasion dans les transports en commun sur le trajet du travail, ou des études.

Les Vandales du vide de Jack Vance
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial