Simulacres martiens

Agréablement surprise par ma lecture légère de Les Ferrailleurs du cosmos, et aimant tout à la fois Sherlock Holmes et La Guerre des mondes d’H.G.Wells, je me suis laissée tenter par le dernier UHL en date, Simulacres martiens d’Eric Brown (après avoir lu la nouvelle La Tragique Affaire de l’ambassadeur martien dans le dernier numéro de Bifrost). Et ? J’ai été surprise du résultat. Là où la nouvelle présente une affaire classique de Sherlock Holmes à la sauce martienne sans prétention (mais avec le cliché du rape revenge qui m’a passablement agacée), Simulacres martiens ne joue pas du tout en la faveur du détective de Baker Street. À Irène Adler et James Moriarty, celui-ci pourra ajouter les Martiens comme cerveaux plus redoutables que le sien.
Dans Simulacres martiens, Sherlock Holmes et le docteur Watson sont attirés sur Mars pour mener l’enquête sur la disparition d’un philosophe. Ils y croiseront le professeur Challenger (un autre des personnages récurrents d’Arthur Conan Doyle, notamment dans Le Monde perdu) et s’apercevront que la réalité est tout autre et bien plus inquiétante pour le devenir de l’Humanité. Et si vous attendiez une enquête avec une démonstration finale de pure logique, passez votre chemin. En revanche, si vous souhaitez un morceau d’aventure très pulps jouant avec les codes de deux chefs-d’œuvre de la littérature britannique, vous êtes au bon endroit. Narré par ce cher docteur Watson, Simulacres martiens est un bon récit
d’aventure rétro sans autre prétention que distraire et amuser le lecteur. Pari tenu !

Simulacres martiens
d’Eric Brown
traduction de Michel Pagel
Éditions Le Bélial’

Les Temps ultramodernes

Que ce soit en musique ou en littérature, j’avoue avoir un faible pour l’univers steampunk et rétrofuturiste. Cela tombe bien, le premier titre à paraître en 2022 chez Albin Michel Imaginaire se réclame de cette mouvance. Il s’agit de Les Temps ultramodernes de Laurent Genefort. Dans ce livre, nous sommes à la fin de la période habituellement couverte par l’appellation steampunk, puisque l’action se situe dans les années 20 à Paris et sur Mars.
Dans Les Temps ultramodernes, le point de déviance par rapport à notre ligne temporelle se situe en 1895 par la découverte d’un certain Georges H. Cavor d’un élément, la cavorite, ayant la particularité d’émettre un rayonnement contrant la gravité terrestre. Depuis, toute une industrie a prospéré avec notamment des voitures volantes, et des paquebots spatiaux qui ont permis la conquête de Mars. Les grands empires coloniaux européens — à savoir l’Angleterre, l’Allemagne et la France — se battent pour qui étendra ses conquêtes dans le système solaire et qui s’appropriera les mines de cavorite. Las, les quantités disponibles arrivent à épuisement et les propriétés d’antigravité s’estompent plus vite que prévu. Après une guerre éclair en 1912, un krach boursier a exacerbé les tensions sociales et économiques dans la vieille Europe. C’est dans ce contexte que nous suivons plusieurs personnages : Renée, institutrice de province montée à Paris et prête à instruire tout le monde, « indigènes » martiens compris ; Georges, artiste fauché qui se laisse séduire par la violence politique ; Maurice, inspecteur de police proche de la retraite rêvant d’un dernier gros coup et Marthe, journaliste scientifique spécialiste de la cavorite. Leurs destins vont se mêler au sein d’une enquête qui les mènera des bas-fonds de Paris et de sa banlieue aux avant-postes coloniaux martiens.
Avec Les Temps ultramodernes, Laurent Genefort signe donc un roman d’aventures uchronique bourré de rebondissement
s tels les feuilletons qui paraissaient dans les quotidiens du début de ce siècle. Il se livre également à un exercice de style en empruntant le rythme et le ton de son livre à cesdits feuilletons, mais également aux romans de « merveilleux scientifiques » vivaces en ce début de XXe siècle, avec des clins d’œil plus qu’appuyés tant à H.G.Wells qu’à Gustave Le Rouge. Tout en y ajoutant une dimension sociale forte et une critique du colonialisme, de la spéculation capitaliste et de leurs travers modernes (même si celle-ci était déjà présente chez les autrices et auteurs anarchistes dès la fin du XIXe siècle). Le tout forme un roman au style volontairement désuet, mais plein d’actions et aux personnages bien campés. Dommage d’avoir une résolution si rapide, après une mise en place soignée des différents pions en présence.
À noter qu’en complément du roman, l’auteur sous le pseudonyme d’Hippolyte Corégone commet un Abrégé de Cavorologie reprenant le format des vieux manuels scolaires de sciences. Celui-ci retrace l’histoire de ce minerai fictif, en détaille les propriétés et les différents usages possibles ainsi que son influence dans le monde de l’art. Cet abrégé est téléchargeable gratuitement et offre un bon complé
ment à lire avant ou après Les Temps ultramodernes pour mieux en savourer certaines implications.

Les Temps ultramodernes
de Laurent Genefort
Éditions Albin Michel