Fil rouge 2018 : Koro Quest! 1

Si vous êtes passé à côté du phénomène Assassination Classroom de Yusei Matsui, il est temps de rattraper votre retard avec le manga fini depuis 2016 ou l’anime dont les deux saisons sont disponibles sur Netflix. Sinon, vous pourrez lire le fil rouge d’août : Koro Quest! 1 de Kizuku Watanabe et Jo Aoto, mais sans les références à l’œuvre originale vous allez avoir un peu de mal à comprendre.
Dans Koro Quest! 1, nous retrouvons une classe de bras cassés, la 3-E, et leur prof principal si particulier qu’ils ont pour mission de tuer en guise d’examen de fin de passage. Mais dans cette version, la classe 3-E fait partie d’un collège chargé de la formation de héros de RPG (role-playing game – jeux de rôles) qui regroupent tous les élèves atteints de bugs informatiques (un ne pouvant avoir qu’une demi-armure, un autre perdant des points d’intelligence en encaissant des dégâts au combat, etc.) Et leur professeur, qui sera lui aussi surnommé Koro Sensei, est le Roi Démon, un PNJ (personnage non-joueur dans les jeux vidéo) monstrueux lui aussi affligé d’un bug, une vitesse supersonique le rendant résistant à toutes les attaques. L’ensemble des personnages d’Assassination Classroom se retrouvent dans Koro Quest! 1, chacun adapté à ce nouvel univers vidéoludique. Ce premier volume, paru en juillet, comprend cinq quêtes principales à savoir des histoires indépendantes, et des histoires très courtes servant de bonus ou de présentations plus détaillées de certains élèves.
Alors qu’un seul des trois volumes déjà parus au Japon n’est encore traduit en français, il est un peu tôt pour dire si la qualité de Koro Quest! sera au niveau de celle d’Assassination Classroom. Le dessin est lui aussi de bonne facture, et jusqu’à présent l’humour — parfois grivois, mais restant largement dans les normes du manga shonen pour jeunes ados — est assez conforme. Il manque encore un peu de profondeur dans les personnages pour juger si l’émotion sera au rendez-vous de ce spin-off comme elle l’était à celle de l’original. Et notamment savoir pour quelle raison, un Roi démon si atypique s’est décidé à enseigner à des apprentis héros. En attendant, les Champirits ont réussi l’exploit d’être les monstres de premier niveau les plus perturbants depuis les scorpides qu’affrontent les trolls dans leur zone de départ dans World of Warcraft. Et ce n’est pas une mince affaire !

Koro Quest! 1
de Kizuku Watanabe et Jo Aoto
Traduction de Frédéric Mallet
Éditions Kana

On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque)

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu une autobiographie. Ce genre est pourtant très loin d’être mon préféré. J’ai profité d’une semaine de promotion (500 livres numériques à 0,99 € pièce) pour faire le plein de ma liseuse, sans craquer pour l’ensemble des livres. Du coup, à ce tarif, quand j’ai vu le livre de Felicia Day, je l’ai ajouté dans mon panier.
Plus que le titre, c’est en effet l’auteure qui m’a attirée. Même si je l’ai croisée dans plusieurs séries de genre que j’adore (Eureka, Buffy, Supernatural…), Felicia Day reste pour moi la rouquine chantant « Do you wanna date (my avatar)? », un morceau de nerd pop à faire hurler de rire n’importe quel participant de jeu en ligne.
Finalement cette biographie est à l’image que je me faisais de la personnalité publique de l’actrice : énergique, drôlissime et particulièrement futée. Voici le genre de livre que je ferais lire à un non-mordu (de jeux vidéo, de science-fiction, de livres ou même de chats) pour lui faire comprendre toute la richesse des mondes de passionnés. Et, parfois aussi, leurs relents peu ragoûtants. Ainsi, Felicia consacre un chapitre au GamerGate et à son impact sur sa vie quotidienne en ligne et hors de là. Pour ceux et celles qui n’ont pas suivi, le GamerGate est l’incarnation de la façon dont le pire de la misogynie et du racisme ont pris racine dans une mauvaise rupture pour s’épandre partout sur le Web et finir par menacer physiquement des joueuses, des professionnels et même de tous jeunes enfants, parce qu’ils ou elles ne correspondaient à l’image que se font des jeux vidéo les rétrogrades abrutis derrière leurs écrans.
Heureusement, ce chapitre ne résume pas tout le livre. Au-delà des différentes sous-cultures dans lesquelles navigue Felicia Day (y compris celle des acteurs hollywoodiens de troisième rang), ce livre est également mordant d’ironie par rapport aux propres failles de l’auteure. Celles qu’elle s’imagine, comme son angoisse à la fac. Et celles bien réelles comme ses crises de paniques et de dépression, qui même racontée avec drôlerie, donnait envie de la bercer et de lui servir une tasse de thé chaud, ou un verre de rhum. En revanche, j’ai un peu tiqué sur la mise en page. Ce livre est truffé de photos qui ne passent pas sur une liseuse en noir et blanc et la traduction des légendes et des notes de bas de page en deviennent parfois incompréhensibles. Mieux vaut le lire en version papier.

On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque) de Felicia Day
Traduction de Marie-Aude Matignon
Editions Bragelonne

Et en petit bonus, pour que vous ayez bien l’air en tête pendant quelques heures :