Perdido Street Station

Si vous flânez habituellement sur les pages de ce site, vous savez que j’ai une tendresse particulière pour l’écriture de China Miéville. Et au cœur de l’été, l’envie me prit de relire l’œuvre par laquelle je l’ai rencontré : Perdido Street Station. Ce roman est le premier de sa trilogie se déroulant à Bas-Lag et fut couvert de prix lors de sa sortie. Et ? La magie a de nouveau opéré. Une fois de plus, je me suis plongée avec délice dans la Nouvelle-Crobuzon et ses habitants divers et variés. Si vous ne connaissez pas du tout l’œuvre du romancier, ce livre — divisé en deux tomes dans la version française — est un endroit particulièrement riche où commencer.
Nous sommes à La Nouvelle-Crobuzon, cité cosmopolite dominée par la gare de Perdido (qui donne son nom au livre). Dans
la moiteur de l’été, nous y découvrons un couple trans-espèce : Isaac Dan der Grimnebulin, savant fou humain vivant en marge de la fac, et Lin, crachartiste khépri (regardez la couverture du tome 2 pour vous faire une idée de son apparence). Tous deux vont se trouver mêlés à une sombre affaire de trafic de drogue et à une épidémie de cauchemar qui s’abat sur la ville et laisse les victimes physiquement vivantes, mais ayant perdu leurs consciences.
Au fur et à mesure de l’histoire, Perdido Street Station vous fera découvrir l’ensemble de La Nouvelle-Crobuzon avec ses quartiers aux noms évocateurs : Chiure, Bercaille, Crachâtre, Le Marais-aux-Blaireaux, Le Palus-du-Chien, La Serre… Non seulement China Miéville s’est ingénié à la peupler d’une foultitude de races étranges (cactus humanoïde, garuda à tête de rapace, mainmises parasites allant par paire une dextrière et une senestre), mais é
galement d’un tissu social, économique et politique très dense et très riche. La science, propre au monde de Bas-Lag pourrait s’apparenter à certains talents magiques ou parapsychiques, mais elle a ses règles propres et donc ses limitations. Elle se mêle également étroitement à la vie sociale et politique de la ville notamment avec la bio-thaumaturgie et les ReCréations que celle-ci permet et leurs conséquences judiciaires et sur le marché de l’emploi. Et non seulement, China Miéville dévoile couche après couche, personnage par personnage, page après page, un monde fascinant, mais il n’en oublie pas de raconter une histoire qui happe son lecteur ou sa lectrice et l’entraîne jusqu’à la dernière page. Attention toutefois, l’auteur n’est pas amateur des happy ends. Traverser des événements aussi impressionnants et épiques ne sera pas sans traces pour ses protagonistes et tous n’obtiendront pas forcément l’issue espérée. Le voyage les aura changés et pour certains grandis. Et pour qui le lit ? Perdido Street Station est un récit riche, foisonnant et passionnant. À condition d’accepter de se perdre dans l’univers de Bas-Lag et de se laisser surprendre par votre guide China Miéville.

Perdido Street Station
de
China Miéville
traduction de
Nathalie Mège
Éditions
Pocket

The Indranan War

Récemment Chut.. Maman lit ! m’a invité à participer à un article avec trois autres blogueurs concernant les livres que nous avions aimés en VO et non encore traduits. Curieuse, j’ai été voir ce que proposaient les autres. Et c’est ainsi que j’ai découvert sur le blog de Lianne, la trilogie de The Indranan War de K.B.Wagers.
N’étant pourtant pas fan de science-fiction militaire ou d’intrigues politiques, je dois avouer que je me suis laissée emportée par cette histoire, dévorant les trois romans les uns à la suite des autres sur ma liseuse.
Behind the throne pose les bases de l’histoire. Dans un lointain futur, Hail Bristol est ramenée de force chez elle. Cette trafiquante d’arme de 38 ans est en effet la dernière fille en vie de l’impératrice d’Indrana. Or ce conglomérat planétaire est une monarchie absolue et un matriarcat. Hail Bristol va donc devoir remplacer au pied levé ses sœurs disparues tout en enquêtant sur leurs morts prématurées. Intrigue de cours et clash des civilisations seront au programme.
After the Crown commence quelques jours après la fin du tome précédente. Devenue impératrice, Hail Bristol va devoir imposer ses changements tout en tentant d’éviter un conflit avec l’empire spatial d’à côté. Ici, ses connaissances de trafiquante d’armes deviendront un atout plus qu’un obstacle sur son parcours.
Enfin
Beyond the empire conclut la trilogie en montrant Hail et son équipe disparate reconquérir le trône d’Indrana perdu dans le tome précédent. Tout en ouvrant la porte à d’autres aventures qui, elles, ne se limiteront plus à la sphère humaine de la galaxie.
La trame de
The Indranan War est assez classique. Une personne qui ne s’y attendait pas du tout doit prendre sa place à la tête d’un royaume, se retrouve embringuée dans une guerre dont elle ne voulait pas et finit par triompher de ses ennemis. Sauf que… L’empire d’Indrana est un matriarcat avec une inversion complète des rôles et un déséquilibre entre les genres, tout en respectant le principe des castes strictes propre à l’Inde sur laquelle il se base. Mariages arrangés, force des traditions et de l’honneur, et révoltes demandant une plus grande égalité entre les sexes forment la toile de fond qui parcourt l’intégralité des romans. Dans After the Crown et Beyond the empire, K.B. Wagers élargit le champ culturel en explorant la mafia Cheng où a œuvré son héroïne comme trafiquante d’armes, l’empire saxon (plutôt d’inspiration viking et slave, mais avec, lui, un très fort patriarcat) et une race extra-terrestre aux pouvoirs étranges, les Farians.
Sauf également que… K.B.Wagers ne se contente pas d’aligner les batailles spatiales, les duels ou les combats au corps à corps. Si l’action ne manque pas dans aucun des livres de cette trilogie, celle-ci est également suffisamment variée pour ne pas lasser le lecteur.
D’autant que derrière tout, se cachent une vengeance et une énigme policière bien tordue comme je les aime. Et la galerie de portraits vaut également son pesant de cacahuètes. À commencer par l’héroïne. Quand elle se faire rappeler au service de l’Empire, Hail Bristol n’est pas une jeune écervelée qu’il faut rappeler à l’ordre malgré ses cheveux vert un peu trop voyants pour une personne de son rang. C’est une femme d’âge mûr (qui frôle la quarantaine), qui a vécu plus longtemps de manière indépendante dans un milieu plutôt hostile que dans le cocon/nid de vipères de la cour impériale. Que ce soit les autres membres de la Cour, le personnel censément sous ses ordres (mais assez têtu pour lui tenir tête comme Emmory et Zin), ses anciens contacts dans le milieu interlope ou ses ennemis, chaque personnage de The Indranan War a une certaine épaisseur et de multiples facettes. Et je ne vous en dirais pas plus de peur de trop en dévoiler.
Je n’ai qu’un conseil : lisez-les !

The Indranan War: Behind the throne, After the crown & Beyond the empire
de 
K.B.Wagers
Éditions Orbit