The Dresden files

À l’occasion de la sortie de Peace Talks, le seizième roman dans cet univers, et des vingt ans de la série de Jim Butcher, laissez-moi vous présenter aujourd’hui The Dresden Files. Il s’agit d’une série d’urban fantasy originale, car mélangeant une multitude de mythologies en plein cœur de Chicago et de ses préoccupations bien modernes.
L’histoire commence par Storm Front, où nous faisons la connaissance d’Harry Dresden, seul sorcier officiellement inscrit dans l’annuaire de Chicago, alors qu’il va devoir retrouver un mari disparu et aider la police locale à résoudre une affaire de meurtre rituel commis visiblement à l’aide de la magie. Les premiers épisodes se lisent comme des polars surnaturels. L’univers autour d’Harry Dresden et du monde surnaturel qu’il côtoie se construit au fur et à mesure. Vous y découvrirez les sorciers humains du White Council qui se méfient de lui bien qu’il en fasse partie de plein droit, le monde des fées (divisé entre les cours de l’Eté et de l’Hiver, plus des indépendants comme la Horde fantastique ou les pixies proches de la fée Clochette et amateurs de pizza), différentes sortes de vampires (psychique, monstrueux ou morts-vivants tradition
nels), de loups-garous, des créatures issues de la mythologie nordique, tibétaine, amérindienne ou grecque (et le salon d’Hadès aux Enfers si confortable), des anges déchus ou non, et même des entités mystérieuses venues du Grand extérieur… Peu à peu, toutes ses enquêtes vont se révéler liées les unes aux autres et Harry Dresden va se retrouver mêlé à un complot ne visant rien de moins qu’à déstabiliser les accords entre les différentes nations surnaturelles pour éradiquer l’Humanité, si faible et pourtant si dangereuse pour le reste des créatures. Comme souvent dans ce genre de saga de fantasy, Harry Dresden va prendre du galon et passer de simple sorcier détective au rang de puissance à lui tout seul parmi la communauté surnaturelle. Mais son rayon d’action reste limité majoritairement à Chicago, même si certaines de ses aventures dans les nouvelles ou les comics liés l’entraînent à d’autres endroits de l’Amérique du Nord. Et suivant un corollaire du Tao de Peter Parker, de grands pouvoirs impliquent de grandes difficultés… Pour Harry Dresden, les enjeux ne vont que crescendo culminant avec la fin de Peace Talks, le dernier opus en date, où Chicago est menacée de destruction par la dernière des Titans. Autant vous dire que je n’ai qu’une hâte : me jeter sur Battle Ground quand il sortira fin septembre.
Mais si vous avez la chance de ne pas encore connaître cette série, pourquoi la lire ? Déjà parce qu’outre Harry Dresden, Jim Butcher a su créé une galerie de personnages humains ou non, particulièrement attachants et construits tout en nuance : La policière Karrin Murphy, Gentleman Jim Marcone truand de profession, ou Lea marraine féérique d’Harry, Bob esprit piégé dans un crâne ou encore la famille Raith dans son ensemble succubes de leur état, ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Aussi puissantes qu’elles puissent l’être, les créatures
ont des limites strictes et ne peuvent s’en écarter : les fées ne peuvent mentir, les Raith sont brûlés par le contact d’une personne pleinement amoureuse, Harry ne peut utiliser de technologie postérieure aux années 70 sans tout faire sauter. Ce qui le condamne le plus souvent aux pannes de voitures et aux douches froides à répétition… Et l’auteur sait parfaitement alterner les moments épiques avec les petits détails de la vie quotidienne, comme un personnage s’inquiétant de la réaction de sa mère à ses nouveaux piercings alors qu’elle est en train de sauver l’univers en se battant dans la la forteresse de l’Hiver. Ou Harry faisant une note mentale d’inscrire sa fille à l’école alors qu’il va faire un cambriolage dangereux dans la forteresse du plus grand mafieux de Chicago. Les références à la culture geek (BD, livres, films, TV et autres) sont également nombreuses et toujours bien amenées. Je vous garantis que chaque livre vous apportera votre dose de suspense, de fou rire, d’émotion et d’action. Amateur d’urban fantasy, foncez lire The Dresden Files. Pour ceux qui lisent uniquement en français, la série a été traduite partiellement en français sous le titre Les Dossiers Dresden chez Bragelonne.

The Dresden Files
de 
Jim Butcher
Storm Front, Full Moon,
Grave Peril, Summer Knight, Death Masks, Blood Rite, Dead Beat, Proven Guilty, White Night, Small Favor, Turn Coat, Changes, Ghost Story, Cold Days, Skin Game, Peace Talks et une série de nouvelles et de comics associés
Éditions
Ace books

L’Étrange cabaret des fées désenchantées

Les frimas de décembre incitent à se réfugier dans un fauteuil profond avec un bon livre et une boisson chaude pour y lire des histoires magiques. Pour cette saison, notre quête mythologique nous porte vers L’Étrange cabaret des fées désenchantées écrit et illustré par Hélène Larbaigt.
Dans ce cabaret fondé en 1884 par la fée galloise Morte Vanité et sa fille demi-humaine, Guinevra Applewood, les fées des quatre coins du monde et de tous les âges de l’humanité trouvent un refuge. Un endroit pour y retrouver un peu de leur lustre magique d’antan, quitte à ensorceler et gober l’âme de quelques spectateurs. De la Baba Yaga russe à la Circé grecque en passant par une fille de Gorgone, une déesse féline et son ami crocodile, une banshie adepte du vaudou ou 3 Nornes ayant troqué fils et runes contre des cartes de tarot et des chouettes pour lire le destin des visiteurs, ce bel ouvrage nous présente les particularités de chacune des membres de la troupe et nous conte son histoire. Cha
que récit est indépendant, mais il s’intègre tel un maillon dans la longue chaîne de la destinée de L’Étrange Cabaret et ses liens avec l’existence même de ses fondatrices.
Les différents récits sont tous richement illustrés. Ma préférence va au portrait de Morte Vanité et à la double page représentant Memory et les Jackrabbits dansant sur le pont de Prague. Des affiches de spectacles, des billets, des programmes ou des menus issus de l’Étrange cabaret accompagnent les différentes parties. Ils rythment la progression de la lecture à la manière des respirations du conteur lors d’une veillée ou de l’alternance des différents numéros dans un spectacle de music-hall. Ajoutez-y une préface de Claudine Glot et une postface de Pierre Dubois en Mme et M.Loyal de cet
Étrange Cabaret des fées désenchantées et vous obtiendrez le cadeau idéal à offrir à toutes les amoureuses et tous les rêveurs de Féérie.

L’Étrange Cabaret des fées désenchantées
de Hélène La
rbaigt
Éditions Mnémos

Le Fini des mers

La collection Une heure-lumière de Le Belial’ est plutôt pratique pour qui veut découvrir des auteurs, récents ou non, sans investir trop d’argent ni espérer passer en premier pour emprunter les nouveautés à sa bibliothèque de quartier. Ainsi, Le Fini des mers fut pour moi l’occasion de découvrir le travail d’auteur de Gardner Dozois en une soirée.
Le résultat est délicieusement rétro. Il faut dire que s’il n’a été traduit que récemment, Le Fini des mers est un texte de 1971 où les angoisses liées à la Guerre froide sont particulièrement prégnantes en fond dans le texte. De quoi s’agit-il ? D’une invasion extraterrestre et de ses conséquences pour l’humanité en général. Et pour Tommy Nolan, un garçon de 10 ans rêveur vivant dans une famille malheureuse de Nouvelle-Angleterre.
D’un chapitre à l’autre, le texte alterne. D’un côté, il traite la situation au niveau mondial : comment les différents gouvernements et les intelligences artificielles qui les soutiennent traitent l’arrivée de ces quatre vaisseaux. De l’autre, il parle du quotidien de Tommy, de ses difficultés à l’école et avec ses parents, et de sa relation avec les Autres. Seulement à la toute fin, le lien entre les deux se fait.
Le Fini des mers fait partie de ces histoires d’invasion extraterrestre où l’Humanité est un facteur négligeable pour les envahisseurs. Ici, elle est impuissante et, à l’exception de Tommy, totalement inconsciente des négociations qui s’engagent entre les nouveaux arrivants, les IA et les Autres (à savoir le Petit peuple ou le monde féérique). C’est d’ailleurs ce mélange de fantasy — plus à la Lord Dunsany ou Arthur Madchen qu’aux auteurs modernes du genre — et de science-fiction « old school » qui fait le charme de ce livre. Le rythme, assez lent, s’accélère aux moments où l’on s’y attend le moins, comme la scène entre Tommy et son père dans le grenier. Une bonne surprise.

Le Fini des mers
de Gardner Dozois
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial’