Scary stories – Histoires effrayantes à raconter dans le noir

Ayant vu Scary Stories le film, je me suis précipitée sur le livre une fois trouvé en librairie. Sauf que Scary Stories d’Alvin Schwartz n’est pas un roman, ni même un recueil de nouvelles d’horreur, comme pouvait le laisser entendre le film. C’est une compilation d’histoires effrayantes, de racontars et de légendes urbaines à se raconter entre amis la nuit autour d’un feu de bois ou lors d’une soirée pyjama.
Les visiteurs réguliers de ce blog connaissent mon amour pour les mythes, anciens ou modernes.
Ils se doutent donc déjà que j’allais me régaler avec ce livre. Alvin Schwartz était un folkloriste et un écrivain jeunesse américain spécialisé dans les contes pour enfants et adolescents à faire hurler. De peur, de surprise ou de rire, et parfois des trois à la fois. Le recueil français rassemble les trois tomes américains de Scary Stories, parus entre 1981 et 1991. Et que contient-il ? Beaucoup de légendes urbaines (Le crochet, Le bouton rouge), d’histoire de fantômes (Les invités, L’arrêt de bus) ou autres récits. Certains sont assez anciens comme La robe de satin blanc ou Merveilleuse saucisse, d’autres plus récents. À chaque fois, Alvin Schwartz les a modernisés et rendus accessibles pour un jeune public. Les histoires sont très courtes, ne dépassant pas cinq pages pour la plus longues, L’Enfant-loup. Elles sont souvent magnifiquement illustrées par des dessins en noir et blanc de Stephen Gammell. D’ailleurs certains ont été parfaitement intégrés au film comme la dame pâle dans Le Rêve. Et pour aller plus loin, dans ses notes, Alvin Schwartz explique d’où viennent les récits qu’il a choisis, les changements qu’il y a apportés ou les versions plus connues ou plus anciennes (comme la légende de Romulus et Remus pour L’Enfant-loup).
Le résultat final est un livre parfait pour enfants et adolescents voulant jouer à se faire peur. Et un bon point de départ pour qui s’intéresse aux légendes urbaines et à leurs formations. À lire bien entendu le soir, si possible seul dans une maison venteuse. Si vous l’osez…

Scary stories–Histoires effrayantes à raconter dans le noir
d’A
lvin Schwartz
Illustrations de Stephen Gammel

Traduction d
e Maxime Le Dain
Éditions
Castelmore

City of Ghosts

De mes différentes pérégrinations, j’aime rapporter des livres en lien avec les lieux visités. De Chicago, c’était The Devil in The White City de Erik Larson, d’Édimbourg le mois dernier ce fut City of Ghosts de Victoria Schwab. Oui, la même V.E.Schwab qui m’avait donné tant de mal à entrer dans sa trilogie Shades of Magic.
Il s’agit ici d’un livre classé en jeunesse. La plume de Victoria Schwab y est nettement plus à son aise et gagne en fluidité. Les personnages sont brossés rapidement, mais suffisamment précis pour ne pas être de simples marionnettes dans un théâtre d’ombres.
L’autrice nous plonge directement dans l’action sans se perdre dans trop de descriptions. Fille d’un couple d’enquêteurs du paranormal (comme Ed et Lauren Warren, mis en films dans la saga The Conjuring) Cassidy Blake est hanté depuis sa noyade par l’adolescent qui lui a sauvé la vie. Depuis, elle peut passer des deux côtés du Voile séparant les fantômes des vivantes. Quand ses parents l’entraînent de l’autre côté de l’Atlantique, à Édimbourg, ville peuplée de revenants, sa vie va devenir nettement plus compliquée. Non seulement elle devra se frotter à la cuisine britannique et aux différences de vocabulaire d’un pays à l’autre, mais en plus, étant dans une ville où les spectres sont plus nombreux, plus anciens et plus expérimentés, elle va devenir la proie du plus redoutable d’entre eux : la Corneille en rouge.
City of Ghosts est une histoire de hantise originale, qui se poursuit en ligne droite avec un rythme soutenu. Peut être est-elle pour une adulte habituée du genre un poil prévisible, mais ce n’est pas déplaisant. Qui ne connaît pas Édimbourg peut s’y laisser surprendre. Ceux qui ont déjà joué les touristes dans la capitale écossaise trouveront au fil des pages des figures connues comme Bobby le terrier, les soldats du château ou un certain jeune sorcier souvent vêtu de rouge et or.
Même si les adultes peuvent prendre beaucoup de plaisir à lire ce court roman, la cible idéale semble être les collégiens de l’âge de l’héroïne. En effet, la structure grammaticale du texte est simple, sans être trop simpliste,
et le vocabulaire clair (ou expliqué comme les « closes », ruelles si particulières de la vieille ville d’Édimbourg). Un livre idéal pour se plonger dans une première lecture en anglais.

City of Ghosts
de Victoria Schwab
Éditions Scholastic

Les Attracteurs de Rose Street

Si vous n’avez jamais lu de texte de Lucius Shepard, profitez de la parution des Attracteurs de Rose Street dans la collection Une heure-lumière pour vous faire une idée. Si vous connaissez déjà l’auteur, cet inédit est à découvrir.
Ce très court roman fantastique est en effet la quintessence aigre-douce du style de Lucius Shepard. Qu’il écrive de la fantasy dragonesque, de la SF ou des histoires de vampire, il y a toujours un petit côté souvenir mélancolique bien présent également dans cette histoire. Pourtant, dans Les Attracteurs de Rose Street, tout semble indiquer une trame steampunk classique ou peut-être un penny dreadful de l’époque victorienne. Un jeune aliéniste gallois monté à la capitale faire fortune est engagé par un autre membre de son club pour soigner une étrange patiente dans les bas-fonds de Londres. Sous couvert d’une enquête médicale, se dessine peu à peu une véritable enquête policière au milieu des spectres hantant une ancienne maison close.
Sans jamais totalement basculer dans l’horreur, Les Attracteurs de Rose Street dégage une atmosphère délétère et embrumée. Au fur et à mesure des pages, l’intrigue se déroule sans grande surprise passé le postulat initial, mais reste toujours assez captivante pour vous entraîner de page en page. Pour être parfaitement dans l’ambiance, je vous recommande de le lire le soir au fond de votre fauteuil préféré en écoutant la pluie tomber.

Les Attracteurs de Rose Street
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque
Éditions Le Bélial’

L’épouvantable encyclopédie des fantômes

Je connaissais Pierre Dubois comme elficologue grâce à ses excellentes encyclopédies sur le Petit peuple, je le savais conteur de talent grâce à ses nouvelles grinçantes à souhait, et au détour d’un rayon, je le découvre pneumatologue, ou spécialiste non pas des poumons, mais des fantômes et autres esprits éthérés. À peine achetée et déjà dévorée de la première à la dernière ligne, L’épouvantable encyclopédie des fantômes vient donc retrouver ma bibliothèque spéciale « mythes, contes et légendes » et sera visiblement encore de nombreuses fois parcourue.
À la différence des encyclopédies du Petit peuple précitées, le propos de ce livre est moins académique. Même si les fantômes sont plus ou moins classés dans le temps et dans différents groupes d’apparitions, ils sont par définition plus insaisissables et plus changeants. Ne reste alors qu’à écouter leurs histoires susurrées au creux des pages tournées et frissonner de plaisir, de chagrin ou de terreur en découvrant leurs vies passées et leurs victimes trépassées. Attention contrairement aux récits relatés dans les autres ouvrages encyclopédiques de Pierre Dubois, les histoires sont ici nettement plus adultes. Il n’y a pas de quoi effaroucher un amateur de films d’horreur, mais certains jeunes enfants peuvent prendre peur, ou tout simplement ne pas comprendre ce qu’il se passe.
Côté dessin, les illustrations de Carine-m et d’Elian Black’Mor évoquent fortement l’univers de Tim Burton, particulièrement Frankweenie et Les Noces funèbres. Elles apportent parfois une touche d’humour et de fraicheur dont certains des récits sont dépourvus, comme le chat jouant au croquet avec un crâne rieur. En d’autres occasions, elles se drapent d’un style épique où l’œil du lecteur se perd à la recherche du moindre détail caché derrière un repli de suaire ou tapi à l’ombre d’une branche.
Vous l’aurez compris, si vous aimez frissonner au coin du feu en échangeant des histoires à faire peur, si vous aimez les illustrations gothiques sans être glauques, ce livre est un véritable régal. À lire passé le crépuscule, au fond d’un fauteuil moelleux avec un chat somnolent à proximité bien sûr !

L’épouvantable encyclopédie des fantômes
de Pierre Dubois, Carine-m et Elian Black’Mor
Éditions Glénat