Les Attracteurs de Rose Street

Si vous n’avez jamais lu de texte de Lucius Shepard, profitez de la parution des Attracteurs de Rose Street dans la collection Une heure-lumière pour vous faire une idée. Si vous connaissez déjà l’auteur, cet inédit est à découvrir.
Ce très court roman fantastique est en effet la quintessence aigre-douce du style de Lucius Shepard. Qu’il écrive de la fantasy dragonesque, de la SF ou des histoires de vampire, il y a toujours un petit côté souvenir mélancolique bien présent également dans cette histoire. Pourtant, dans Les Attracteurs de Rose Street, tout semble indiquer une trame steampunk classique ou peut-être un penny dreadful de l’époque victorienne. Un jeune aliéniste gallois monté à la capitale faire fortune est engagé par un autre membre de son club pour soigner une étrange patiente dans les bas-fonds de Londres. Sous couvert d’une enquête médicale, se dessine peu à peu une véritable enquête policière au milieu des spectres hantant une ancienne maison close.
Sans jamais totalement basculer dans l’horreur, Les Attracteurs de Rose Street dégage une atmosphère délétère et embrumée. Au fur et à mesure des pages, l’intrigue se déroule sans grande surprise passé le postulat initial, mais reste toujours assez captivante pour vous entraîner de page en page. Pour être parfaitement dans l’ambiance, je vous recommande de le lire le soir au fond de votre fauteuil préféré en écoutant la pluie tomber.

Les Attracteurs de Rose Street
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque
Éditions Le Bélial’

L’épouvantable encyclopédie des fantômes

Je connaissais Pierre Dubois comme elficologue grâce à ses excellentes encyclopédies sur le Petit peuple, je le savais conteur de talent grâce à ses nouvelles grinçantes à souhait, et au détour d’un rayon, je le découvre pneumatologue, ou spécialiste non pas des poumons, mais des fantômes et autres esprits éthérés. À peine achetée et déjà dévorée de la première à la dernière ligne, L’épouvantable encyclopédie des fantômes vient donc retrouver ma bibliothèque spéciale « mythes, contes et légendes » et sera visiblement encore de nombreuses fois parcourue.
À la différence des encyclopédies du Petit peuple précitées, le propos de ce livre est moins académique. Même si les fantômes sont plus ou moins classés dans le temps et dans différents groupes d’apparitions, ils sont par définition plus insaisissables et plus changeants. Ne reste alors qu’à écouter leurs histoires susurrées au creux des pages tournées et frissonner de plaisir, de chagrin ou de terreur en découvrant leurs vies passées et leurs victimes trépassées. Attention contrairement aux récits relatés dans les autres ouvrages encyclopédiques de Pierre Dubois, les histoires sont ici nettement plus adultes. Il n’y a pas de quoi effaroucher un amateur de films d’horreur, mais certains jeunes enfants peuvent prendre peur, ou tout simplement ne pas comprendre ce qu’il se passe.
Côté dessin, les illustrations de Carine-m et d’Elian Black’Mor évoquent fortement l’univers de Tim Burton, particulièrement Frankweenie et Les Noces funèbres. Elles apportent parfois une touche d’humour et de fraicheur dont certains des récits sont dépourvus, comme le chat jouant au croquet avec un crâne rieur. En d’autres occasions, elles se drapent d’un style épique où l’œil du lecteur se perd à la recherche du moindre détail caché derrière un repli de suaire ou tapi à l’ombre d’une branche.
Vous l’aurez compris, si vous aimez frissonner au coin du feu en échangeant des histoires à faire peur, si vous aimez les illustrations gothiques sans être glauques, ce livre est un véritable régal. À lire passé le crépuscule, au fond d’un fauteuil moelleux avec un chat somnolent à proximité bien sûr !

L’épouvantable encyclopédie des fantômes
de Pierre Dubois, Carine-m et Elian Black’Mor
Éditions Glénat