L’Homme de la quatrième dimension

« Il est une dimension au-delà de tous les mondes connus, une dimension aussi vaste que l’univers et aussi éternelle que l’infini. Une zone intermédiaire entre la lumière et l’ombre, entre la science et la superstition… » Un monologue d’introduction, un homme fumant une cigarette comme narrateur, des histoires étranges et effrayantes en noir et blanc… La Quatrième dimension (The Twilight Zone en version originale) est un programme TV qui a marqué des générations de fans de science-fiction et de fantastique. Il a ensuite donné naissance à une flopée de programmes anthologiques (Les Contes de la crypte, Chair de poule, Creepshow, voire Black Mirror). Mais qui est à l’origine de cette émission ?
Dans son roman graphique, L’
Homme de la quatrième dimension, Koren Shadmi dresse le portrait de Rod Serling, le scénariste, producteur et narrateur de la série. De son passage dans l’armée au cours de la Seconde Guerre mondiale à l’extrême fin de sa carrière, il arrive à rendre la vie de Rod Serling passionnante. Et au fil des pages, l’on croise des noms connus comme Ray Bradbury, Richard Matheson, Joan Crawford, Robert Redford ou Steven Spielberg. Cette biographie montre bien le processus créatif de Rod Serling et les difficultés qu’il rencontrait aussi bien dans sa vie professionnelle que privée, mais elle ne passe pas sous silence certains aspects moins reluisants de son caractère ou de sa carrière. Notamment une certaine forme d’hypocrisie qui a poussé le jeune homme intransigeant et soupe au lait à mettre tellement d’eau dans son vin, qu’il enchaîne en fin de carrière les spots publicitaires et l’animation de jeux télévisés.
J’ai particulièrement apprécié l’histoire de Rod Serling et la manière dont Koren Shadmi a choisi de la raconter. Notamment les nombreuses références à sa série fétiche aussi bien dans la trame principale du récit que dans certains effets visuels pour montrer les états d’âme de Rod Serling. En revanche, j’ai nettement moins apprécié le style même du dessin trop éloigné de mes goûts personnels. J’ai trouvé les personnages trop plats, même si le choix du noir et blanc est particulièrement adapté à l’époque choisie. En revanche, l’exemplaire que j’ai entre les mains a un défaut d’impression avec un doublon de la planche 107 et l’insertion d’une planche 106 sous forme d’une feuille volante cartonnée. Je ne sais si ce défaut affecte toutes les BD disponibles, à vous de vérifier en librairie.

L’Homme de la quatrième dimension
de Koren Shadmi
Traduction de Simon Hureau
Éditions La Boîte à Bulles

Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres

Disons-le tout de suite, en général, les biographies m’ennuient. Et les biographies d’écrivains encore plus. Je préfère de loin les découvrir au travers de leurs œuvres qu’en retraçant leurs parcours, fût-il aussi aventureux que celui de Lord Byron. Néanmoins, le cas Lovecraft est une exception (le cas Edgar Allan Poe aussi si jamais l’éditeur 21 g cherche d’autres idées). Comment un homme vivant dans un univers aussi étriqué, et perclus d’idées aussi contradictoires — tantôt grandioses (comme son amour des chats et des glaces) tantôt nauséabonde (son racisme et sa fascination pour le fascisme montant en Europe) — a pu écrire des textes avec une telle puissance d’évocation ?
Du coup, le format bande dessinée de Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres m’a semblé une bonne approche. Trop court pour être exhaustif, il est forcé de se concentrer sur les moments essentiels de la vie de Lovecraft. Alex Nikolavitch a choisi de s’attarder sur les amitiés liées par Lovecraft, et les rencontres qui sculpteront son œuvre et celle de ses successeurs. Le dessin Gervasio, Carlos Aón et Lara Lee dégage un look de comics révolu qui convient bien aux pulps où paraissent à l’époque les nouvelles d’H.P. Lovecraft. Et les tons verdâtres évoquent les abymes marins et les forêts obscures d’où proviennent la plupart de ses monstres. Au détour d’une vignette, vous découvrirez non seulement de nombreux clins d’œil à l’œuvre de Lovecraft lui-même, mais également à d’autres œuvres de fiction. Ainsi un New Yorkais croisé par l’auteur évoque furieusement un personnage d’Hergé dans L’Ile mystérieuse.
L’ensemble fait de cet album, un ouvrage qui se dévore très vite, puis que l’on reprend bout par bout pour savourer tel détail ou se préciser telle rencontrer. À recommander fortement à tous les amateurs de fantastique.

Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres
Scénario d’Alex Nikolavitch
Dessins et couleurs de Gervasio, Carlos A
ón et Lara Lee
Éditions 21g