Le livre de Koli

Après Celle qui a tous les dons et La Part du monstre, M.R. Carey nous replonge dans un Royaume-Uni post-apocalyptique avec Le livre de Koli, le premier volet d’une trilogie en cours de traduction chez L’Atalante. Et comme pour les deux romans précédemment cités, le personnage principal, le Koli du titre est un adolescent qui va se retrouver ostracisé pour partir en périple. Rien de neuf dans l’histoire de l’imaginaire ? Surement, mais Mike Carey sait raconter des histoires et trouver les petits détails qui feront mouche pour entraîner le lecteur à sa suite. Ici, il commence par poser les bases de son histoire dans une communauté retranchée au cœur de la forêt. Suite au dérèglement climatique et aux tentatives de l’humanité de manipuler génétiquement la Nature pour le contrer, celle-ci s’est retournée contre les humains. Animaux géants ou nouveaux, arbres mutants, et même vieille technologie devenue folle tout semble vouloir tuer et se repaître d’eux, y compris certaines communautés de « bannis » recourant au cannibalisme pour diversifier leurs repas. Dans la communauté de Koli, chaque membre est à sa place sous la protection des Remparts, ceux des adultes qui ont su faire fonctionner les anciennes « techs ». Or cette tâche semble toujours incomber à une même famille. Lorsque par dépit amoureux, Koli va transgresser la règle, il va être rejeté hors du village. Survivra-t-il ?
Avant d’aller plus loin, sachez que la lecture de ce roman m’a profondément frustrée. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il se termine quand l’histoire commence ! Plus exactement, lorsque Koli une fois parti et ayant affronté les premiers dangers que son coin de campagne anglaise recèle, se décide à partir pour Londres découvrir s’il reste des vestiges de l’Ancien Monde. Et quand bien même, la description de ce monde et les interactions entre les humains et leurs environnements ou même des différentes sociétés humaines entre elles m’ont fasciné, mon impatience légendaire trépigne de savoir la suite. J’ai également apprécié les interactions entre Koli et Monono, l’IA au cœur de la tech qu’il a volé. Le point de vue de la machine s’entrecoupant à la narration à la première personne de Koli nous éclaire sur l’aspect décalé de ce que comprend Koli de son monde et des restes du XXIe siècle qu’il côtoie.
À suivre donc…

Le livre de Koli
De M.R. Carey
Traduction de Patrick Couton
Éditions L’Atalante

Le garçon et la ville qui ne souriait plus

Voici un livre qui en temps normal n’aurait pas forcément retenu mon attention. Mais il a trouvé le chemin de ma boîte aux lettres, fut lu et s’avéra une bonne surprise. Destiné à un jeune public, comprendre pour adolescent et préadolescent à peu près, Le garçon et la ville qui ne souriait plus ne doit qu’à un seul élément de se retrouver dans une collection dédiée à l’imaginaire : c’est une uchronie où la France de 1858 est un Empire où l’Église et ses normes exercent une pression forte sur la population. Tout le reste ne relève ni de la fantasy, ni du fantastique et encore moins de la science-fiction, mais bien plus classiquement du roman d’aventures et du récit d’initiation. Les anormaux de l’ile de la Cité ne sont que des êtres difformes de naissance ou par accident, malades, fous ou dont le comportement ne correspond pas « aux bonnes mœurs ».
Nous y suivons donc Romain, jeune adolescent de la bonne société qui cherche à échapper au carcan de sa famille en s’encanaillant dans les rues de Montmartre ou en franchissant la Seine pour espionner l’objet de ses pensées à la Cour des Miracles. Une conve
rsation surprise dans le bureau de son père va tout changer… La construction de l’intrigue est tout ce qu’il y a de plus classique avec un rythme soutenu et des retournements (pas si prévisibles que ça) qui arrivent au bon moment pour finir sur un happy end digne d’un téléfilm dominical.
Et pourtant, j’ai aimé cette balade dans les rues de Paris en compagnie de Romain, Ambroise, Lion et Akou. La forme un peu surannée m’a rappelée les étés où je lisais Alexandre Dumas au fond de la garrigue. Et le récit de cette découverte de soi par Romain et de l’affirmation de son identité est intéressant. Je regrette juste l’absence de rôles féminins forts, mais Le garçon et la ville qui ne souriait plus reste un excellent récit épique pour finir les vacances ou entamer la rentrée. Et bien plus optimiste que ne le laisse supposer sa couverture.


Le garçon et la ville qui ne souriait plus
de
David Bry
Éditions
Pocket