« Guess who’s back, back again?
Navarre’s back, tell a friend
Guess who’s back, guess who’s back
Guess who’s back, guess who’s back
Guess who’s back, guess who’s back
Guess who’s back »
Il fallait bien un blondinet peroxydé (à l’époque de Without Me) pour célébrer l’un des blondinets vampiriques les plus attachants de la littérature contemporaine. J’ai nommé Navarre, le personnage fétiche de Jeanne-A Debats qui se promène dans son œuvre depuis une bonne vingtaine d’années. Eschatologie du vampire, après Humai·nes, trop humai·nes, semblait indiquer que le nobliau médiéval ne survivrait pas à la fin de la vie terrestre… Réjouis toi, ami·e lecteurice, après une première nouvelle où il se glisse quasi incognito parue dans l’anthologie des Utopiales 2024, Navarre revient plus sarcastique et drolatique que jamais dans Le rêve sous le pavillon noir. Celui-ci n’est pas un roman proprement dit, mais trois nouvelles se suivant chronologiquement des aventures de notre vampire dans l’espace. La fontaine aux serpents commence comme une banale aventure de Navarre mercenaire (comme à ses débuts quand nous l’avons croisé dans Métaphysique du vampire), au cœur d’un habitat spatial dédié au plaisir et aux manipulations génétiques de toutes sortes. Elle va mettre notre adorable fouineur au contact d’une divinité survivante et de sa future fille adoptive, mutique, mais tout aussi psychopathe que son père d’adoption. Un géranium au balcon est la version remaniée de la nouvelle paru dans l’anthologie et fait la part belle à ladite fille, Eugénie et à sa nouvelle compagne symbiotique, Fuchsia. Et, si Navarre n’est qu’un personnage secondaire dans cette histoire, le voir par les yeux de deux jeunes personnes ne manque pas de sel. Et enfin, Space Vampire Must Die, est à la fois un texte complètement dans l’esprit de la SF psychédélique des années 1960/1970 et un hommage global à la pop culture, que cette dernière date de l’Angleterre contemporaine de la naissance de Navarre ou s’inscrive dans la variété française de la fin du XXe siècle. En guise d’épilogue, un poème dudit Navarre grandiloquent, agaçant et émouvant, à l’image même du personnage clôt ce qui serait peut-être le premier volume d’une nouvelle trilogie.
Si je déconseillerais de découvrir Navarre par ce livre – ou a minima si vous le faites ne sautez pas la préface de l’autrice qui vous présente son personnage et ses capacités vampiriques ou autres – pour les autres Le rêve sous le pavillon noir est un pur régal. Retrouver Navarre dans un contexte de space opéra, avec trois ambiances différentes, mais toujours aussi enragé, amoureux de liberté et de ce qu’il considère comme être l’humanité (au sens plus large que nombre de ses contemporains, quelles que soient les époques qu’il a traversé), est toujours un régal plus que raffiné. Et la verve de l’autrice et le plaisir pris à nous raconter les aventures de ce vampire, et à le torturer encore et encore, se sent, s’apprécie et se déguste d’une page à l’autre. Même si j’avoue ne pas avoir vu passer les 400 pages de ce livre.
Le rêve sous le pavillon noir
de Jeanne-A Debats
Éditions ActuSF