La Montagne hantée

Je connaissais l’éditeur Rouge Profond pour ses différents livres d’essai et d’entretiens autour du cinéma que je consulte souvent pour écrire mes propres livres. Mais je ne savais pas qu’ils proposaient également des romans. Et avec La Montagne hantée, le roman d’horreur de Pascal Malosse, le cinéma n’est pas très loin.
De quoi parle La Montagne hantée ? D’une jeune femme diplômée en histoire de l’art qui trouve un travail dans une fondation perdue au cœur des Alpes suisses,
dédiée à l’œuvre de l’artiste sulfureux Hermann Maier. Mais dans ce musée/demeure ultramoderne perdu au milieu des montagnes, quelques discordances la mettent mal à l’aise. Et en fouinant dans les archives personnelles du peintre, elle découvre que sa vie privée était particulièrement mouvementée et que ses différentes compagnes ont toutes connues des fins tragiques. Peu à peu, les errances du passé et les anomalies du présent se font de plus en plus inquiétantes et la poussent vers la folie ?
Si vous aimez le cinéma d’horreur avec des ambiances plutôt inquiétantes à la Phantasm ou encore au giallo dont Dario Argento est l’un des maîtres —
d’ailleurs, Suspiria est intégré à l’histoire au chapitre 10 —, alors penchez-vous sur ce livre. Il est plutôt court (moins de 200 pages). L’auteur ne traine donc pas pour mettre en place son univers et la narration est très cinématique et sensuelle. Attention, quand je dis sensuelle, je parle du fait que Pascal Malosse fait appel à tous les sens (vue, ouïe, odorat, toucher, goût) pour faire monter la tension et nous mettre à la place de sa protagoniste.
Courte et malaisante à souhait, l’histoire de Lise face à cette fondation va brasser différentes thématiques : les dessous obscurs de la création artistique et la question de savoir s’il faut excuser le comportement de la personne en raison du son génie artistique, le sexisme et l
e déclassement social, l’isolation — tant physique que mentale — et ses conséquences… Si la brièveté du texte ne permet pas d’expliquer en détail d’où vient le spectre qui hante cette fondation, la façon dont il se manifeste en allant crescendo dans la terreur (d’abord par des sons, puis des taches — mais beaucoup moins inoffensives que celles du Fantôme de Canterville) et l’emprise qu’il exerce sur les lieux aussi bien dans la réalité que dans le monde du rêve sont originales. Attention, il y a une scène particulièrement éprouvante à lire si vous êtes lectrice, mais elle est nécessaire et ne joue pas trop dans le voyeurisme complaisant. Et la chute finale rappelle les films d’horreur où le slasher revient soudain à la dernière seconde. Sauf qu’il s’agit ici de la final girl. Un retournement appréciable et plus qu’apprécié.

La Montagne hantée
de
Pascal Malosse
Éditions Rouge Profond

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