Art et jeux vidéo

L’art ludique existe-t-il ? Quelle relation entretiennent le jeu vidéo et les différentes formes d’art (peinture, cinéma, littérature, musique ou architecture par exemple) ? Dans Art et Jeux vidéo, Jean Zeid, journaliste spécialisé à France Info et commissaire de l’exposition Game l’an dernier, tente de répondre à ces questions.
Que vous soyez joueurs assidus ou occasionnels de jeu vidéo, ou que vous préfériez l’art classique ou contemporain, ce livre, à paraître le 28 mars prochain, est fait pour vous. Que vous le feuilleter comme un beau livre oui que vous le lisiez de bout en bout pour tout savoir sur les relations entre l’univers vidéoludique et le reste du monde artistique et culturel, il se révélera vite un indispensable à votre bibliothèque.
En pratique, il se divise en trois parties. La première, « De l’art, de l’art, de l’art », qui montre les parallèles entre le jeu et certains courants artistiques comme le cubisme, le romantisme ou l’Art Déco. La deuxième, « l’art du jeu vidéo : du clonage au libre arbitre », s’intéresse plutôt aux particularités du jeu vidéo qui pourraient ou non le faire considérer comme un art en soi, et non comme un médium s’inspirant d’autres formes d’arts. C’est dans cette partie que se montrent les différents courants du jeu vidéo : ceux qui mettent d’abord l’accent sur le plaisir et la difficulté de jouer, ceux qui privilégient le côté narratif du support, ceux qui imposent des contraintes fortes aux joueurs (quitte à ce que ceux-ci les détournent pour se réapproprier le jeu) ou ceux qui offrent un monde aussi ouvert que possible. Enfin, la troisième partie, « Hors Jeu », s’intéresse à l’impact du jeu vidéo dans la culture actuelle, dans les musées, les salles de spectacles ou chez le libraire du coin.
Plutôt complet et très instructif, Art et Jeux vidéo n’en demeure pas moins un livre très personnel et subjectif où les goûts de son auteur transparaissent. Ainsi, Heavy Rain de David Cage et la saga de Assassin’s Creed sont fréquemment utilisés comme exemple, alors que Myst, Sybéria ou la série des Resident Evil ne sont presque pas mentionnés. Suivant si vous aimez tel ou tel titre vidéoludique, ces partis pris peuvent vous semblez un manque. Personnellement je reconnais qu’à l’aune du sujet abordé, pour être totalement exhaustif, il aurait fallu bien plus que les quelque 92 pages qui composent Art et Jeux vidéo. En revanche, c’est une porte d’entrée fabuleuse, soit vers le jeu vidéo, soit vers l’art en général.

Art et jeux vidéo
de Jean Zeid
Éditions Palette

Le cinéma d’horreur

Il n’y a pas que la fiction dans la vie. Ni que les livres comme loisir. Il y a aussi le cinéma. Et de beaux ouvrages qui en parlent, comme Le cinéma d’horreur, une anthologie de ce « mauvais genre » sur grand écran. Partant des tout premiers films d’épouvante, comme le Frankestein de 15 minutes tournés par les studios Edison jusqu’aux œuvres plus récentes, il s’interroge sur notre fascination pour le gore, l’épouvante et le frisson sur grand et sur petits écrans. Non content de dresser un panorama historique, ce livre divise en plusieurs catégories suivant la nature du monstre à affronter : tueurs psychopathes, cannibales, mère Nature, extra-terrestres, morts-vivants, fantômes, démons, sectes, vampires et loups-garous, et pour finir les monstres au féminin. Même si certains des films cités se retrouvent du coup dans différentes catégories, l’ensemble est particulièrement intéressant si vous aimez frissonner sur grand écran, et ce quelque soit votre genre d’horreur préférée (slashers, monstres classiques, hantises ou autres possession). Et richement illustré avec des photographies, y compris des scènes de tournages, issues des archives de David Del Valle. Savoir que les Gremlins ne sont que des vulgaires marionnettes comme le Muppet Show, retire beaucoup de l’aspect effrayant à ces animaux domestiques devenus fous.
En revanche, j’ai quelques reproches à faire au livre. D’une part, il ne tient pas du tout compte de la production francophone, hormis une brève mention d’Alexandre Aja. Ce qui est dommage car le film de genre, l’horreur y comprise est l’un des points forts du cinéma français (que pourtant j’apprécie peu), comme le prouve tout récemment Grave. D’autre part, certaines illustrations auraient gagné à être mises en tête ou en fin de chapitre, et non pas au milieu entre deux paragraphes. Quand pour suivre le texte, il faut survoler deux, quatre ou six pages de photos aussi intéressantes soit-elles, on n’y revient pas toujours. Enfin, et là c’est plus un aspect purement esthétique : le papier noir glacé est souvent une mauvaise idée. À moins de lire ce livre avec des gants, vous y laisserez forcément vos empreintes d’une page à l’autre… Pratique pour un détective, dérangeant pour le propriétaire d’un beau livre d’images comme celui-ci…

Le cinéma d’horreur de Jonathan Penner et Steven Jay Schneider
Traduction de Arnaud Briand, France Varry et Anne Le Bot
Éditions Taschen