Sorcières associées

Des détectives enquêtant dans un monde de fantasy, c’est assez classique. C’est même devenu l’un des clichés de l’urban fantasty, voire de la bit-lit, comme le prouvait encore récemment Dirty Magic. Pour autant, Sorcières associées d’Alex Evans arrive habilement à détourner le genre. Premièrement, nous ne sommes ni dans un environnement urbain moderne ni dans un Moyen-âge revisité à la sauce fantastique. Jarta, la cité où s’activent nos sorcières est une version steampunk de Singapour ou de Hong Kong, sans que les machines à vapeur n’y soient omniprésentes.
Deuxièmement, nos protagonistes, Tanit et Padme ne sont pas à proprement parler des détectives, mais deux sorcières dans la force de l’âge (fin de trentaine, début de quarantaine). Vétérans des guerres meurtrières ayant déchiré il y a quelques années leur monde, elles ne sont pas des donzelles s’agitant en tout sens en attendant l’âme sœur, n’est-ce pas Charlaine Harris et Laurell K Hamilton ?
Certains clichés de polars sont quant à eux respectés. Comme dans Amicalement Votre, l’une est issue d’un milieu aisé, l’autre a grandi dans la misère et la criminalité. Comme dans Des Agents très spéciaux, elles furent avant de se connaître combattantes dans des camps opposés. Il en reste d’ailleurs de nombreux non-dits entre elles. Et comme dans la majorité des histoires policières, les deux affaires présentées au début n’en font qu’une et ont des ramifications avec le passé des sorcières. De quelles affaires s’agit-il ? Oh trois fois rien. D’une part, trouver qui a attiré et piégé un vampire dans la dimension des humains, tout en empêchant son client de tuer pour se nourrir. D’autre part, enquêter sur une série de dysfonctionnement dans une usine automobile où les ouvriers ont été remplacés par des zombies.
Le tout est particulièrement bien écrit avec un ton propre à chacune des narratrices. Et les 276 pages se dévorent en quelques heures. Action, humour (notamment avec la fille de l’une des sorcières qui se décide à apprivoiser un gremlin) et réflexion, tous les ingrédients pour une lecture de détente de fin d’été sont réunis avec goût.

Sorcières associées d’Alex Evans
Éditions ActuSF

Dirty Magic

Pourquoi la majorité des auteurs qui décident de situer leurs histoires de fantasy dans un univers contemporain s’inspirent-ils des polars ? Dans la lignée des Dresden files de Jim Butcher ou de la série Hollows de Kim Harrison, Jaye Wells a choisi cette tradition avec Dirty Magic, premier livre d’une trilogie consacré à Kate Prospero, officier de police d’une bourgade de l’Ohio. Pourtant, si à mon goût, l’histoire n’est pas aussi aboutie que celles des deux auteurs précédemment cités, Jaye Wells s’en sort plutôt bien. Son postulat — assez original — est de considérer la magie comme une addiction tant pour ceux qui la consomme que pour ceux ayant le talent génétique pour la produire. Du coup, dans cette ville, les fournisseurs de drogues et autres barons criminels sont des sorciers, et les cabales magiques remplacent les familles mafieuses. La protagoniste, qui devait être l’héritière du Don local le plus puissant a tourné le dos à son passé magique il y a dix ans, et se retrouve, simple flic, à patrouiller les bas-fonds en arrêtant les petits dealers de potion et les accros au sang. Lors d’un de ses circuits, elle est agressée par un drogué rendu cannibale sous l’effet d’une nouvelle potion. Lors de l’enquête qui s’en suit, elle devra — ô surprise — renouer avec son passé, et affronter les conséquences professionnelles et personnelles de ses décisions. Certes l’intrigue est particulièrement classique, presque autant qu’un bon épisode de New York District ou de Columbo. Même si j’avoue que je ne relirai pas ce livre, je n’ai pas eu l’impression que l’auteure me prenait pour une idiote et j’ai pris du plaisir à la lire. Son style, simple et percutant, et ses personnages attachants qui sont plus étoffés que de vulgaires clichés sur pattes m’ont procuré une belle après-midi de détente. Que demandez de plus ?

Dirty Magic by Jaye Welles