A Wizard’s Guide to Defensive Baking

Il y a quelques mois, un ami de Twitter m’a offert un livre jeunesse, que j’ai lu avec grand plaisir. Le week-end dernier, ce même livre reçoit le Andre Norton Nebula Award For Middle Grade and Young Adult Fiction (équivalent pour la littérature jeunesse du Nebula Award récompensant chaque année le roman d’imaginaire anglo-saxon — cette année c’est Network Effect de Martha Wells qui l’a emporté). Il est peut être donc enfin temps de vous parler de A Wizard’s Guide to Defensive Baking de T.Kingfisher (pseudonyme utilisé par l’autrice Ursula Norton pour ses livres « adultes », ceci dit).
Effectivement, si la protagoniste est une adolescente et si le récit est un passage assez classique à l’âge adulte, ce petit conte fantastique est à la fois très drôle et étrangement violent pour de la littérature jeunesse récente. De quoi s’agit-il ? Nous sommes dans une cité-État médiévale fantastique où des sorciers puissants assurent la protection des lieux pour le compte d’une dirigeante et de ses conseillers. Dans cette ville, Mona est une orpheline de 14 ans a bien quelques talents magiques, mais ils ne s’appliquent qu’à la boulangerie et la pâtisserie. Ce n’est pas en faisant danser des bonshommes en pain d’épices et en apprivoisant du levain qu’on protège une cité. À moins que ? Quand elle découvre un corps dans
la boutique de sa tante, sa vie est en danger. Dans sa fuite, elle va découvrir un complot contre la Couronne et protéger l’ensemble des citoyens de la ville, qu’ils soient doués de magie ou non.
Sur cette trame simple lue et relue, T. Kingfisher narre un récit d’aventure haletante, drôle et touchant. Ses sorciers ont finalement des talents bien limités et plutôt étranges (parler à l’eau, animer des chevaux morts, contrôler les roses, etc.). Sa Mona par son inventivité et sa persévérance, n’est pas sans rappeler les héroïnes chères à Hayao Miyazaki : notamment Chihiro/Sen dans Le Voyage de Chihiro ou Kiki la petite sorcière. D’autant plus que si Mona a un compagnon masculin pendant une bonne partie de son aventure, toute romance entre les deux est parfaitement exclue. Autre ressemblance avec les œuvres du studio Ghibli : T. Kingfisher ne passe pas sous silence les réalités de la guerre où se retrouver mêlée son héroïne : que celle-ci la subisse
ou qu’elle en soit responsable… Qui eût cru que des cookies puissent devenir si destructeurs ? Ou que le levain se révéler anthropophage ?
Court, car il s’agit d’une novella, A Wizard’s Guide to Defensive Baking est une réussite du genre. Et avec son vocabulaire riche, mais son écriture assez simple, il peut servir de support d’apprentissage aux adolescents découvrant l’anglais.

A Wizard’s Guide to Defensive Baking
de 
T. Kingfisher
Éditions A
rgyll

Histoires de cuisine

Histoires de cuisine

Depuis Les nourritures extraterrestres, je savais déjà que livres de cuisine et bonnes histoires pouvaient se mélanger. J’en ai eu récemment la preuve avec deux ouvrages ci dessous. Et comme toute bonne recette est un mélange d’ingrédient, Natouille m’a parlé de sa dernière trouvaille dénichée chez Ombres Blanches. Du coup, nous allons parler cuisine !

La Cantine de Minuit — le livre de cuisine
À l’origine La Cantine de Minuit est un manga de Yaro Abe qui a été adapté en série TV et en film (disponible sur Netflix). Cette histoire d’un restaurant du quartier de Shinjuku à Tokyo, de ses clients et de son chef est publiée au Japon depuis 2006 et en France depuis 2017 et a déjà dépassé la vingtaine de volumes. Chaque histoire, tant dans le manga que la série TV, est centrée sur un client, sa situation et un plat qu’il ou elle affectionne particulièrement. Au fil du temps, un livre de recettes dédié a été écrit par Yaro Abe et la styliste culinaire Nami Ijima. Vous y découvrirez de nombreuses recettes de plats et d’amuse-gueule, avec les astuces de Master, le chef de la Cantine de Minuit. Et également quelques histoires, soit tirées des mangas soit dessinées pour l’occasion. Si vous aimez la cuisine japonaise ou si vous voulez découvrir ce qu’elle peut vous proposer au-delà des classiques sushi/brochettes, La Cantine de Minuit — le livre de cuisine est un excellent point de départ. Amuse-gueules, plats, desserts, issu de la tradition japonaise ou adaptation de plats internationaux (comme les spaghetti Napolitan), il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses. En effet, c’est une cuisine de bistrot dont les ingrédients sont de consommation courante au Japon. Et en France ? La plupart se trouvent assez facilement dans les épiceries asiatiques de quartier ou en ligne, et ne sont pas couteux. Et certaines recettes se font même sans ingrédients particuliers. Côté ustensiles, vous devriez avoir tout ce qu’il faut dans votre cuisine.

La Cantine de Minuit
de Yaro Abe et Nami Ijima
traduction de Miyako Slocombe
Éditions Le Lézard noir

Mon chat, ma cuisine et moi
Ne connaissant pas du tout l’univers des manhwa (nom en coréen de la bande dessinée), je suis partie sans a priori aucun sur Mon chat, ma cuisine et moi de Han Hye Yeon. Et j’y ai découvert un livre de pâtisserie doublé d’une tranche de vie qui parlera à toutes les citadines. La partie « tranche de vie » raconte l’histoire de Jeanne, célibataire partageant un appartement avec ses trois chats, de son licenciement à sa reconversion et à l’ouverture de son propre commerce. Chaque épisode est rythmé par une recette de pâtisserie (ce qui calme la narratrice et lui sert d’antidépresseur) qui soit s’intercale entre les cases de l’histoire, soit est détaillée en fin de chapitre. Ce découpage n’est pas toujours pratique si vous souhaitez reproduire la recette, mais il fonctionne particulièrement bien pour suivre l’histoire de Jeanne. Le trait est minimaliste, et l’on s’attache bien vite à la vie de Jeanne et de sa petite tribu féline. Côté recettes, celles présentées dans le roman, à une exception près, sont plutôt d’inspiration occidentale, même si revisitées pour plaire aux goûts coréens. Vous devriez donc trouver sans mal les ingrédients et ustentiles nécessaires pour les reproduire chez vous. Elles sont relativement faciles à faire, et plutôt bonnes, mais elles demandent un certain investissement en temps et en doigté pour être réussies à la perfection.

Mon chat, ma cuisine et moi
de Han Hye Yeon
Traduction de Yeong-Lee Lim et Françoise Nagel
Éditions Kana

On va déguster
Ici je laisse la parole à mon invitée, Natouille.
S’il y a bien une chose à ne pas faire avec moi, c’est bien de m’emmener au rayon culinaire d’une librairie, car c’est un coup à faire fumer ma CB. La preuve  il y a peu, où, en recherche d’un livre de cuisine alsacienne, je partis en visite à Ombres Blanches où je tombai malencontreusement sur un piège : en tête de gondole, les deux livres On va déguster et On va déguster la France issus de l’émission éponyme de France Inter animée par François-Régis Gaudry. Je ne suis pas une assidue de l’émission, mais j’ai toujours apprécié la découverte qu’elle propose tous les dimanches. Hésitant environ 30 secondes entre la raison (n’en prendre qu’un) et le plaisir (prendre les deux), me voilà finalement repartie avec 6 kilos à déguster sous le bras. Et quel plaisir ce fut. Là où la plupart des livres de cuisine sont thématiques, On va déguster passe en revue et en vrac tout ce qui constitue l’art culinaire (ou presque), avec des contenus très variés, comme des adresses, des recettes, des anecdotes ou des points d’histoire. Vous saurez également comment cuisiner le parfait poulet rôti (3 heures au four, sachez-le), mais également où manger le pire plat junkfood du monde (la Crown Crust Pizza, improbable combo de pizza et de cheeseburger, 2800 calories, une abominable invention de Pizza Hut, uniquement disponible au Moyen-Orient).
Chaque thème comportant de 1 à 4 pages, vous pourrez, selon votre humeur et votre appétit, picorer quelques pages de-ci de-là ou bien dévorer les deux volumes (tentant, mais un peu indigeste quand même, j’ai eu du mal à faire plus de 50 pages d’affilée sans avoir envie d’un citrate de bétaïne). Le petit point fort de ces livres : le contenu n’est nullement classé par rubrique, chaque nouvelle page est donc une complète surprise, car il n’y a pas d’enchaînement logique. On passe des frites aux fraises, puis aux sardines. « On va déguster » ressemble un peu à la recette du picon-citron dans la trilogie marseillaise de Pagnol : 1/3 Wikipédia, 1/3 livre de recettes, 1/3 livre d’histoire et 1/3 guide gastronomique (oui, ça fait 4 tiers, et alors ?) c
es livres vous feront non seulement saliver, mais vous allez vous cultiver et vous pourrez par la suite briller en société (autour d’un repas préparé grâce aux recettes incluses bien entendu).

On va déguster et On va déguster la France
de François-Régis Gaudry
Éditions Marabout