Clandestin

Avez vous déjà rencontré des auteurs dont le rythme vous emporte, vous berce, même si le fond est dur ? Pour moi, James Ellroy est l’un de ceux-là. Si j’ai du mal avec son nouveau quatuor de Los Angeles, ses romans plus anciens me fascinent et m’horrifient à chaque lecture ou relecture. Et là, entre deux poussées de fièvre, j’ai choisi Clandestin, son second roman pour accompagner ma convalescence.
Ici, malgré la présence ponctuelle de Dudley Smith l’Irlandais, nous suivons la destinée de Freddy
Underhill durant les quatre dernières années de sa jeunesse. Agent de police orphelin et ambitieux, sa vie va prendre un tournant radical lorsqu’une de ses conquêtes d’un soir est retrouvée étranglée chez elle. Pourquoi ? De fausses pistes en dérive en Californie et dans le Wisconsin, il démêlera au fur et à mesure les affaires clandestines des différentes personnes impliquées et changera le cours de sa propre vie. Si Clandestin n’est pas un polar aussi cadré que les autres livres de l’auteur, c’est parce qu’il semble s’éparpiller dans tous les sens en s’attardant parfois sur la vie privée de Freddy Underhill et parfois sur celle des différents suspects et victimes. Et pourtant, parmi toutes ses errances, alors qu’Underhill cherche les « merveilles » qui l’attirent tant dans les bas-fonds de LA ou les recoins cachés de l’âme des personnes qu’il rencontre, l’histoire se tisse peu à peu. Si vous n’avez jamais lu de livres de James Ellroy, Clandestin peut paraître une introduction brouillonne, mais séduisante dans son univers. Si vous l’avez déjà lu, et surtout si vous avez lu son autobiographie, Ma Part d’Ombre, vous y découvrirez un nouveau niveau de lecture, et vous retrouverez que James Ellroy a mis beaucoup de lui-même, aussi bien dans son personnage principal, Freddy Underhill que dans certains des personnages secondaires, comme le jeune Michael. Le tout avec un rythme alternant entre frénésie et nonchalance, et se terminant pour une fois heureusement.

PS : Confinement lecture oblige, le roman est disponible en numérique.

Clandestin
de 
James Ellroy
traduction de Freddy Michalsky

Éditions
Rivages

Apocalypse Nyx

Les lectures se suivent et ne se ressemblent pas. Après un roman jeunesse explorant les mœurs de la bonne société londonienne au 19e siècle, Apocalypse Nyx de Kameron Hurley est noir, très noir. Sentant la sueur, la poussière, la lavande et le sang, Apocalypse Nyx est une collection de novellas, ces récits trop gros pour être de simples nouvelles mais trop courts pour être vendus en romans. Ils s’inscrivent dans l’univers de Bel Dame Apocrypha, une trilogie de science-fantasy non traduite en français à ma connaissance. Toutes les novellas ont en commun leur personnage principal : Nyxnissa so Dasheem, mercenaire dans un monde en guerre perpétuelle où la magie se mêle à la biotechnologie de pointe. Chaque histoire relate une mission de Nyx et de son équipe. Chacune met en avant, sur un fond particulièrement graphique et sanglant, leur relation. À tout juste 30 ans, Nyx a déjà survécu à la guerre, à l’incorporation dans un commando d’assassins d’élite, à la prison et à une situation familiale plutôt tordue. Tout ce qu’elle veut c’est boire, manger et forniquer, pas forcément dans cet ordre-là. Et si elle se dit prête à tout pour mener à bien les missions pour entretenir son train de vie, elle a tout de même ses limites morales. Chaque récit va se charger de lui rappeler l’une d’entre elles.
À première vue, Apocalypse N
yx n’est qu’un récit militariste noir de plus. Pourtant ce n’est pas le cas. L’autrice, car oui Kameron Hurley est une femme, a choisi d’inverser les rôles. Sur ce monde perdu dans l’espace et jamais nommé, les femmes sont le sexe fort. Les préjugés vis-à-vis des hommes (faibles et inconstants, devant être guidés constamment dans la bonne direction, bons uniquement pour servir de chair à canon et de reproducteurs) sont un calque avec juste ce qu’il faut de différences pour ne pas tomber dans la caricature de la situation actuelle des femmes dans beaucoup de sociétés. Pourtant, les femmes n’ont pas non plus le beau rôle dans Apocalypse Nyx. Elles y sont veules, alcooliques, droguées, sadiques, égoïstes ou enfermées dans un fondamentalisme militaro-religieux terrifiant. Au milieu de tout ceci, Nyx, désabusée et violente, sert de porte d’entrée au lecteur pour découvrir cet univers. Et j’avoue que Kameron Hurley a réussi son coup. Ces cinq vignettes de la vie de Nyxnissa so Dasheem m’ont rendue curieuse et je tenterai sûrement à l’occasion une plongée dans la trilogie de Bel Dame Apocrypha.

Apocalypse Nix
de Kameron Hurley
Éditions Tachyon