Cochrane vs Cthulhu

Quel rapport y a-t-il entre le fort Boyard et Champollion ? Que se passerait-il si le marin le plus ingénieux de la marine britannique après l’amiral Nelson s’alliait à son ennemi naturel : la Garde impériale napoléonienne ? Quel adversaire commun pourrait réunir tous ces personnages ? Si ce n’est le Grand Ancien du titre miraculeusement téléporté en Charente — Maritime. À partir de ce qui pourrait servir d’ingrédient à un pari oulipesque ou à une partie de Kamoulox géante, dans Cochrane vs Cthulhu, Gilberto Villarroel dresse une fresque maritime épique. Ici le fort Boyard et la baie qui l’entoure n’ont rien à voir avec une émission de TV estivale. Flambant neuf et armé de tous côtés de son sous-sol jusqu’à son sommet, le fort protège les lieux, mais surtout un mystérieux artefact. Une nuit plusieurs événements se produisent en même temps. Les frères Champollion et un commissaire politique arrivent, mandatés par l’Empereur pour percer le mystère de l’objet. Et Lord Cochrane, marin écossais soi-disant en disgrâce se laisse capturer pour passer la nuit dans le fort. Tandis que des êtres étranges venus de la mer lui donnent l’assaut.


D’une certaine façon, Cochrane vs Cthulhu est un tour de force réussi. Gilberto Villarroel arrive à mêler roman militaire historique et horreur lovecraftienne en faisant, comme il se doit, monter l’angoisse et la terreur de façon insidieuse jusqu’à l’explosion finale. Les amateurs des deux genres devraient donc être ravis et y trouver leur compte. Et pourtant, le roman n’échappe pas à certains défauts qui m’ont plusieurs fois agacé et m’ont sorti de sa lecture. Ainsi Gilberto Villarroel porte une trop grande attention aux détails maritimes ou de l’armement au détriment de l’action. Nul n’a besoin d’avoir un descriptif détaillé sur plusieurs lignes des fusils napoléoniens en pleine bataille ! Le tout au détriment de la profondeur des personnages. Que ce soit le capitaine Eonet qui nous sert de compagnon d’un bout à l’autre du roman, de ses seconds, des frères Champollion ou de Lord Cochrane lui-même, ils sont tous décrits d’un bloc sans réelle zone d’ombre ou de profondeur. À la manière des personnages de théâtre de boulevard que le public doit pouvoir identifier et classer dès la première réplique. De plus, dans la grande tradition du feuilleton romanesque à retrouver tous les jours ou semaines dans son journal favori dont il s’inspire, tout au long du livre, l’auteur revient sur des événements qui se sont déjà passés dans l’histoire. Sans les présenter sous un angle différent, mais comme s’il avait peur que le lecteur oublie ce qu’il s’était passé quelques chapitres plus haut. Le processus rend la lecture du livre aussi laborieuse que si le lecteur avait affronté les tempêtes océaniques et Cthulhu pleinement réveillé aux côtés des personnages. Depuis, le deuxième tome, Lord Cochrane vs l’Ordre des catacombes, est paru en grand format chez Aux Forges de Vulcain.

Cochrane vs Cthulhu
de Gilberto Villarroel
Traduction de Jacques Fuentealba
Edition
s Pocket

(critique initialement parue dans Bifrost n°99)

Avis d’invité : Le Baron noir, année 1864

Aujourd’hui, Ludovic, 44 ans, termine l’édition 2017 de ce site et vient nous parler du Baron noir, année 1864, un roman steampunk à la française qu’il a particulièrement aimé :

Paris, 1864. Oui, rien à voir avec la série française télévisée « Baron noir ». Nous sommes encore pendant la vieille Seconde République et Louis-Napoléon Bonaparte en est encore le président. Bizarre ? Pas du tout… Cette histoire entre dans la catégorie de l’uchronie. Vous savez ? Ces histoires où il suffit de replonger dans un passé récent ou beaucoup plus lointain en se demandant « et si… ». En l’occurrence, et si Napoléon Bonaparte n’avait pas survécu à la bataille d’Austerlitz ? Nous voici plongés dans un autre univers où la France, bien après cet événement, domine l’industrie dans tous les domaines et où les sciences et l’ingénierie ont fait un bond en avant, dans les domaines de la mécanique, de l’hydraulique et de la vapeur notamment. Nous sommes bien dans un univers steampunk. Le héros, Antoine Lefort, est un jeune homme brillant, magnat des transports et fabricant d’armes. Mais c’est aussi un héros masqué en armure à pistons : Le Baron noir ! Tremblez espions, voleurs et comploteurs ! Difficile de ne pas faire un parallèle avec Tony Stark/Ironman, me direz-vous ? En effet. Mais, les aventures du Baron noir sont pleines de rebondissements où l’on croise de nombreux personnages historiques et emblématiques de cette époque comme Clément Ader et Victor Hugo. J’avoue avoir dévoré avec plaisir ce livre. L’auteur, Olivier Gechter, ingénieur en mécanique, croisé lors du dernier salon littéraire « Rencontres de l’Imaginaire » à Sèvres, a une plume agréable et riche. J’attends avec impatience le prochain livre !

Le Baron noir: année 1864
d’Oliver Gechter
Éditions Mnémos