Les Futurs Mystères de Paris

Il est des séries que je ne me lasse pas de lire et relire. Outre mon cher Dune et ses suites, Les Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner en fait partie. Parue d’abord chez Fleuve Noir puis chez L’Atalante, cette série policière met en scène un détective privé affligé d’un étrange don. En effet, Tem, de son nom complet Temple Sacré de l’Aube radieuse, est un transparent. C’est-à-dire dans un univers alternatif où les États-Unis ont été emportés par la Grande Terreur primitive de 2013 laissant un grand vide entre le Canada et le Mexique, un mutant dont les gens et même les bases de données numériques et les caméras de surveillance ne remarquent pas l’existence, voire l’oublient très vite s’il ne se fait pas remarquer par différents stratagèmes dont un borsalino vert fluo des plus seyants.
Les Futurs Mystères de Paris reprend tous les codes des polars des années 50 et 60, à quelques détails près. Après ladite Grande Terreur, l’Humanité est devenue nettement plus pacifique et les crimes violents sont en chute libre. L’Humanité elle-même ne se divise plus en pays ou en ethnie, mais entre multinationales surpuissantes (les technotrans) et une multitude de tribus rassemblées suivant des affinités de goûts et de sectes religieuses de tous poils.
Ajoutez-y des intelligences artificielles en pagaille, dont certaines anarcho-marxistes ou amatrices de rock’n’roll, des Archétypes issus de l’inconscient collectif humain (et félin) remontant aux balbutiements d’homo sapiens dans les plaines africaines ou issus des tout derniers usages technologiques. Saupoudrez le tout d’une bonne dose de cyberpunk, de nostalgie hippie, d’action échevelée (mais le plus souvent donc non-violente !) et de personnages hauts en couleurs (dont un cochon !) et vous obtiendrez une série
de neuf romans et une collection de nouvelles et novella parus entre 1996 et 2007. À savoir dans l’ordre, pour les romans : La Balle du néant, Les Ravisseurs quantiques, L’Odyssée de l’espèce, L’Aube incertaine, Tekrock, Toons, Babaluma, Kali Yuga, Mine de rien. Et pour les nouvelles, citons : Honoré a disparu, S’il n’était vivant, Le Retour du parasite, l’Esprit de la Commune,… et Personne n’est venu.
Comme tous les romans entrant plus ou moins dans la case « cyberpunk », les récits des Futurs Mystères de Paris sont datés. Déjà nous sommes en 2020 et les États-Unis sont encore là… Et à la différence de ce que sous-entend La Balle du Néant, le premier roman paru en 1996, les disquettes informatiques ont disparu depuis belle lurette de la circulation dans les centres d’études scientifiques. Et pourtant, pourquoi les lire et les relire ? Tous simplement parce que ces romans et les nouvelles qui constituent ce cycle s
ont des petits bijoux qui plairont aussi bien aux amateurs de polars qu’aux fans de science-fiction. Et qu’ils dégagent une telle énergie que vous finissez l’un d’entre eux avec un grand sourire aux lèvres.

PS : #Confinementlecture oblige, l’intégralité de Les Futurs Mystères de Paris est disponible en numérique

Les Futurs Mystères de Paris
de
Roland C. Wagner
Éditions L’
Atalante

The Dark Phoenix Saga

Le passage des pages à l’écran est toujours hasardeux. Si fin mai, Good Omens a montré qu’il était possible de faire une adaptation filmée fidèle et modernisée d’un classique,  en début juin la Fox s’est, semble-t-il, ratée avec X-Men : Dark Phoenix, deuxième adaptation et deuxième échec d’une saga culte des X-Men. Autant revenir aux fondamentaux et relire plutôt l’original non ? The Dark Phoenix Saga, scénarisée par Chris Claremont et dessinée par John Byrne est l’une des premières grandes sagas des X-Men, parue de janvier à octobre 1980 dans Uncanny X-Men. C’est également l’un de mes tout premiers souvenirs de bande dessinée quand je l’ai lue enfant au moment de sa parution en français. Et c’est une madeleine que j’ai relue dès que possible adulte en version originale. Avec toujours autant de bonheur et d’émotion.
De quoi s’agit-il ? Après une mission dans l’espace avec le reste de l’équipe de super-héros mutants, Jean Grey a été exposée à un vent solaire trop fort
et pour survivre a du libéré son plein potentiel télépathique et télékinésique. Sauf que la jeune femme n’a même pas 25 ans et qu’elle a bien du mal à contenir une telle puissance. Et que d’autres acteurs (comme le Hellfire Club) essaient de détourner ses pouvoirs à leurs profits, quitte à réveiller le monstre qui dort en elle !
Enfant, cette histoire m’avait présenté l’univers des X-Men, et par extension des superhéros à l’américaine, par le biais de Kitty Pride (Shadowcat), une jeune mutante capable de traverser les surfaces solides et qui se retrouve embarquée dans cette aventure bien malgré elle. J’adorais les pouvoirs des différents héros, et la façon dont venus d’horizons divers (l’Afrique, l’Europe, l’URSS, l’Amérique, etc.), ils ont reconstitué une famille autour de Jean Grey.
Le tout en passant d’une histoire d’espionnage et d’infiltration à une aventure spatiale peuplée d’extra-terrestres aux looks et pouvoirs impressionnants. De plus, à la différence des histoires de superhéros classiques, The Dark Phoenix Saga est une tragédie. Elle se termine mal donc. Si la fin de cet arc narratif a eu un impact durable — au moins durant quelques années — sur l’histoire des X-Men, elle a aussi eu un impact assez fort sur la jeune lectrice que j’étais, l’aidant complètement à sortir d’un monde de fiction ou les « gentils » gagnent toujours à la fin.
Adulte, même si le style est très daté, et
même si Chris Claremont est très bavard par rapport à un scénariste de comics moderne en rappelant notamment sans cesse les capacités de personnage, The Dark Phoenix Saga se lit toujours aussi bien. C’est après tout une version modernisée et adaptée au monde des comics d’un scénario connu depuis au moins la mythologie gréco-romaine : la chute d’un héros devenue trop puissant qui se veut à l’égal des dieux. À l’exception notable qu’il s’agit ici d’une héroïne, Jean Grey, et non de Jason ou de Bellérophon, et que c’est elle qui reprendra en main son destin dans les dernières cases. C’est elle qui décide de rester humaine au lieu de vivre comme une déesse, et d’en payer le prix.
De plus, le style particulier de John Byrne donne une ampleur flamboyante à l’action quitte à passer à une version épurée pour faire ressortir les émotions. Au fil des ans, The Dark Phoenix Saga a été réédité plusieurs fois tant en français qu’en version originale, et mis en image avec plus ou moins de succès (la version
réalisée pour X-Men : The Animated Serie est la meilleure ou la moins pire suivant votre point de vue). Ne vous privez pas de la lire ou de la relire, ou tout simplement d’en admirer l’esthétisme des pages.

The Dark Phoenix Saga
Scénario de Chris Claremont et John Byrne
Dessin de John Byrne
Éditions Marvel