Replis

« Abandonne tout espoir toi qui entre ici… » Cette phrase qui selon Dante Alighieri dans sa Divine Comédie est inscrite au fronton de l’Enfer pourrait parfaitement convenir à Replis, le roman d’Emmanuel Quentin. Mélangeant cyberpunk et post-apocalyptique climatique (plus si éloigné que ça), ce livre est d’un rare pessimisme, rehaussé par le fait qu’aucun des personnages n’est particulièrement sympathique. À commencer par Daniel, le narrateur lâche, égoïste, violent et tout sauf fiable. Exerçant la profession de « monteur menteur », il modifie vidéos et fichiers numériques suivant le bon vouloir du gouvernement français, ou plutôt des 1 % qui contrôlent ce dernier en coulisse. Dans un monde dévasté par les catastrophes climatiques, et où la majorité des terres sont empoisonnées, les pays se sont repliés sur leurs frontières. Et à l’intérieur des pays, les villes elles-mêmes vivent à l’abri coupée de leurs banlieues et des laissés-pour-compte qui s’y accrochent à la vie. Chacun survit comme il peut, prêt à tout pour une bouffée d’air frais. Et les parents cannibalisent leurs propres enfants grâce à l’Assimilation, une procédure permettant de transférer sa conscience et ses souvenirs dans le corps de ses descendants. Quand Daniel se voit convoquer pour une Assimilation avec son géniteur qu’il déteste, il va fuir et découvrir peu à peu une réalité encore moins reluisante que celle qu’il modifiait à longueur de journée.
Se lisant très vite, et monté comme un polar français des années 80, Replis est une lecture intéressante, mais pas franchement agréable. Le miroir qu’elle nous tend sur notre époque est
crasseux au possible, tant dans l’environnement que dans la façon dont les masses (et Daniel aussi) sont manipulées. De couche en couche, le complot semble ne plus finir jusqu’à ce que l’explication finale devienne tellement grosse qu’elle passe difficilement. Et que l’espoir d’une autre planète pour accueillir la vie (même des 1 % privilégiés) semble dérisoire.
Pour autant, le roman est une excellente lecture. Daniel est à la fois au cœur du système corrompu, sait qu’il est manipulable et manipulé et pourtant il se fait avoir comme un bleu et n’a pas mesuré l’ampleur des mensonges qui l’entourent. Si vous avez envie d’un polar bien noir aux accents cyberpunk cet été, c’est le livre qu’il vous faut.

Replis
d’
Emmanuel Quentin
Éditions Presse Pocket