Tokyo Vice

Récit autobiographique largement romancé et avec des noms modifiés pour protéger les personnes impliquées, Tokyo Vice de Jake Adelstein est intéressant à plus d’un titre. D’une part, il montre plusieurs versions du Japon méconnu : le monde du travail vu par un gaijin (un étranger), la criminalité organisée de l’archipel loin de toute glamourisation cinématographique et deux visions de la presse quotidienne et de sa relation avec les autorités très éloignées de l’exemple français.
En effet, dans Tokyo Vice, Jake Adelstein raconte sa carrière au sein du Yomiuri Shimbun ou comment un « petit Juif du Missouri » a réussi à devenir le premier Occidental à travailler dans l’édition japonaise du premier quotidien du pays. Et pas à n’importe quel poste ! Aux faits divers et aux affaires criminelles en plein cœur de Tokyo. Ses différentes enquêtes l’emmèneront dans les quartiers chauds de la capitale, le transformant en escort boy l’espace d’une soirée dans un bar à hôte, le menant sur la piste d’un tueur en série éleveur de chiens, sur certains réseaux de traites des blanches ou cherchant à comprendre les liens entre le CHU de l’UCLA et certains yakuzas.
Au fil du temps, Jake nouera des amitiés plus ou moins intéressées
dans tous les milieux : collègues journalistes, policiers à différents échelons de la hiérarchie, patrons de bars, escort girls et même yakuzas. Et sa propre morale en tant que journaliste, mari, ami ou simplement être humain prend une pente glissante jusqu’à ce que le Japon ne soit plus une terre sûre pour lui et sa famille. Saura-t-il s’arrêter avant le drame ?
Même s’il est le héros de sa propre histoire, Jake Adelstein ne cache pas ses défauts ni ses erreurs, et ne nie pas sa responsabilité directe ou indirecte dans des actions dangereuses, et parfois fatales, pour son entourage. Pour autant, passé les toutes premières pages qui ne sont passionnantes que pour d’autres journalistes curieux de découvrir les coutumes de leurs homologues nippons, Tokyo Vice est un livre qui se lit comme un polar de James Ellroy d’une traite et qui ne se lâche pas. Et tout au long des pages, le lecteur s’interrogera pour se dire si lui aurait reconnu le moment où le journaliste a passé les bornes. Que celles-ci soient déontologiques ou qu’elles portent sur sa propre sécurité ou celle des siens.

Tokyo Vice
de Jake Adelstien
Traduction de Cyril Gay
Éditions Points

Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon

J’ai un péché mignon : les polars nordiques, et plus particulièrement suédois. Même si le rythme de lecture est toujours assez particulier, j’avoue que l’hiver scandinave va souvent dans mon imaginaire avec une ambiance glauque et criminelle propice aux frissons. Quand NetGalley France a mis en accès libre Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon, le premier roman d’une série policière par une autrice suédoise, Liza Marklund, que je ne connaissais pas, je me suis jetée dessus.
Le résultat se lit très bien et très vite, ce qui est toujours bon pour un polar. Mais j’ai un avis plus mitigé sur le titre lui-même. L’enquête est assez faible, on sait assez rapidement qui est le coupable et le fait d’y mêler un scandale politique réel comme l’affaire IB est intéressant, mais ne fait pas grand-chose pour alimenter l’intrigue.
En revanche, le personnage même d’Annika Bengtzon est intéressant. Au début de Studio 6, elle est intérimaire dans un grand tabloïd de la capitale et découvre peu à peu le métier de journaliste spécialiste des faits divers. Elle va donc enquêter sur la mort de Joselyn dans le parc avec son lot d’erreurs de débutantes, d’embûches professionnelles et d’errements sentimentaux. La description du fonctionnement de la rédaction et des différentes institutions suédoises, avec notamment l’obligation de transparence totale qui laisse songeuse dans nos contrées plus méridionales, est extrêmement intéressante et bien menée. Pour le coup, je me suis souvent retrouvée à encourager mentalement Annika pour qu’elle se fasse sa place au soleil. La fin plus personnelle est aussi classique d’un certain sous-genre de la littérature policière suédoise (Camilla Läckberg est également coutumière du fait par exemple), mais je l’ai trouvé personnellement assez téléphonée. Malgré tout, j’ai passé un bon moment avec ce livre, troisième réédition en France du titre. Je tenterais peut-être d’autres enquêtes d’Annika Bengtzon, si je les trouve chez un bouquiniste, dans une bibliothèque ou en promotion.

Studio 6 – une enquête d’Annika Bengtzon
de Liza Marklund
traduction de Christopher Burjström
Éditions Hachette