In Memoriam

Pour les amateurs de jeux vidéo ou de fictions transmédia, In Memoriam c’est d’abord un jeu original sorti au début des années 2000. De sites Web en mail, il vous menait sur la trace d’un tueur en série mystique : le Phénix. En février 2021, c’est désormais également un thriller, co-écrit par le créateur du jeu Éric Viennot et Florence Beauchard. À la fois préquelle du jeu et proposant une histoire alternative, In Memoriam s’apprécie tout autant si vous découvrez complètement l’univers ou si vous avez passé de longues heures devant votre PC en 2003.
Tout commence lorsqu’en 2002, le journaliste Jack Lorski découvre une bobine Super 8 où un vacancier des années 70 filme accidentellement un meurtre. Décidé à en savoir plus, il va croiser la route de la fille du malheureux touriste, mais également celle d’un tueur, le Phénix, mettant en scène ses crimes à travers l’Europe en s’appuyant sur des rituels alchimiques.
Que ce livre soit une adaptation d’un jeu vidéo (et pensé au départ comme un scénario) apparaît clairement dans le style d’écriture. Les descriptions sont nombreuses et détaillées, y compris dans le ressenti des personnages, à la façon dont un scénariste donnerait des indications à des graphistes ou animateurs pour illustrer une scène en faisant passer des indices essentiellement visuels. Mais en lui-même, In Memoriam s’avère un thriller haletant s’appuyant sur une mystique allant des premiers temps de la Chrétienté à Giordano Bruno ou Tycho Brahe, étayée par des connaissances historiques et géographiques assez solides pour être crédibles. Ce qui n’est hélas pas toujours le cas dans ce genre de thriller, n’est-ce pas Dan Brown ? Et ce qui en rend la lecture d’autant plus appréciable.

In Memoriam
d’Éric Viennot et Florence Beauchard
https://ericviennot.net/

Et pour en savoir plus… Trois questions à Éric Viennot :

Pourquoi avoir sorti un livre 18 ans après la sortie du jeu ?
Je l’ai écrit il y a 15 ans. À l’époque, j’avais des contacts avec des producteurs de films. J’ai donc écrit un scénario, mais cela n’a pas abouti. Du scénario, j’ai fait un livre avec une amie, Florence Beauchard, mais il est resté longtemps dans les cartons. On parle désormais de faire une série adaptée du jeu, ce qui m’a conforté dans l’idée de diffuser le livre en tant que tel.

C’est donc une histoire qui est presque aussi vieille que le jeu lui-même ?
Oui. Déjà à l’époque, je voulais faire une histoire indépendante du jeu. Dans celui-ci on démarre par la fin. Là, c’est une préquelle dans laquelle nous avons pu étoffer certains des points de vue. Le personnage de Karen par exemple dans le jeu était très peu développé. Nous avons fait une historienne et pas seulement la fille de son père. Il y a trois points de vue pour le lecteur : le Phénix, Jack et Karen et l’ordre Manus Dominici. Si jamais il y a une suite, j’essaierais de réintégrer cette dimension-là. La fin est ouverte.

Justement quels sont vos projets ?
La suite est possible pour faire un In Memoriam 2, même si ce n’est pas à l’ordre du jour. Sauf si le livre marche suffisamment bien. Pour l’instant, je travaille sur un autre projet partant d’une histoire vraie sur le paranormal : https://ericviennot.net/portfolio/lhomme-qui-revait-dans-une-langue-inconnue/. Qui à terme pourrait devenir un documentaire, une fiction ou un jeu transmédia.

Art et jeux vidéo

L’art ludique existe-t-il ? Quelle relation entretiennent le jeu vidéo et les différentes formes d’art (peinture, cinéma, littérature, musique ou architecture par exemple) ? Dans Art et Jeux vidéo, Jean Zeid, journaliste spécialisé à France Info et commissaire de l’exposition Game l’an dernier, tente de répondre à ces questions.
Que vous soyez joueurs assidus ou occasionnels de jeu vidéo, ou que vous préfériez l’art classique ou contemporain, ce livre, à paraître le 28 mars prochain, est fait pour vous. Que vous le feuilleter comme un beau livre oui que vous le lisiez de bout en bout pour tout savoir sur les relations entre l’univers vidéoludique et le reste du monde artistique et culturel, il se révélera vite un indispensable à votre bibliothèque.
En pratique, il se divise en trois parties. La première, « De l’art, de l’art, de l’art », qui montre les parallèles entre le jeu et certains courants artistiques comme le cubisme, le romantisme ou l’Art Déco. La deuxième, « l’art du jeu vidéo : du clonage au libre arbitre », s’intéresse plutôt aux particularités du jeu vidéo qui pourraient ou non le faire considérer comme un art en soi, et non comme un médium s’inspirant d’autres formes d’arts. C’est dans cette partie que se montrent les différents courants du jeu vidéo : ceux qui mettent d’abord l’accent sur le plaisir et la difficulté de jouer, ceux qui privilégient le côté narratif du support, ceux qui imposent des contraintes fortes aux joueurs (quitte à ce que ceux-ci les détournent pour se réapproprier le jeu) ou ceux qui offrent un monde aussi ouvert que possible. Enfin, la troisième partie, « Hors Jeu », s’intéresse à l’impact du jeu vidéo dans la culture actuelle, dans les musées, les salles de spectacles ou chez le libraire du coin.
Plutôt complet et très instructif, Art et Jeux vidéo n’en demeure pas moins un livre très personnel et subjectif où les goûts de son auteur transparaissent. Ainsi, Heavy Rain de David Cage et la saga de Assassin’s Creed sont fréquemment utilisés comme exemple, alors que Myst, Sybéria ou la série des Resident Evil ne sont presque pas mentionnés. Suivant si vous aimez tel ou tel titre vidéoludique, ces partis pris peuvent vous semblez un manque. Personnellement je reconnais qu’à l’aune du sujet abordé, pour être totalement exhaustif, il aurait fallu bien plus que les quelque 92 pages qui composent Art et Jeux vidéo. En revanche, c’est une porte d’entrée fabuleuse, soit vers le jeu vidéo, soit vers l’art en général.

Art et jeux vidéo
de Jean Zeid
Éditions Palette