La divine proportion

Polar futuriste, La divine proportion de Céline Saint-Charle commence de façon assez légère pour finir dans une atmosphère très noire. En cette fin du 21siècle, l’Amérique a sombré dans une théocratique phallocrate. Par réaction, en France, un certain Rollin a été élu président malgré ses élucubrations philosophiques sur le nombre d’or et la loi du Talion (le fameux « œil pour œil, dent pour dent » de l’Ancien Testament). Justement cette dernière est devenue, grâce à de nouveaux développements dans les interfaces homme-machine la pierre angulaire du système judiciaire français. Les criminels sont soumis à un Talion psychique où ils revivent les souffrances de leurs victimes. Pendant ce temps, des flots d’Américaines fuient leur pays et se réfugient en France, condamnées elles et leurs enfants à vivre sans existence légale. Dans ce monde, Lena, jeune journaliste Web au caractère bien trempé (comprendre comme souvent pas facile à vivre pour son entourage) et un inspecteur de police à une semaine de la retraite, vont enquêter sur la disparition de Cerysette de son orphelinat. Et découvrir un complot autour du système du Talion.
Habituée aux polars, j’ai vu assez rapidement où allait mener l’intrigue, mais je me suis laissé
e porter par l’écriture de Céline Saint-Charle et par sa galerie de personnage haut en couleur. Si les deux protagonistes m’ont laissée assez indifférente, car trop classiques, la mère maquerelle, son homme à tout faire et la médecin légiste sont de véritables réussites. L’univers même de cette France à la fois si différente et pourtant si proche de la notre fut une découverte agréable, même si La Divine proportion ne nous en montre qu’un petit bout. La fin en demi-teinte ne promet pas réellement de suite, mais peut-être pourrait-on retrouver d’autres histoires, policières ou non, dans cet univers ?

La divine proportion
de Céline Saint-Charle
Éditions
Livr’S

Testament 1, 2 et 3

Testament 1, 2 et 3

L’urban fantasy française de qualité est encore très rare. Et les séries d’urban fantasy avec un début et une fin programmée qui ne s’étale pas sur une dizaine de tomes sont d’une espèce encore plus rare. C’est donc peu dire que Testament, la trilogie de Jeanne-A Debats, est un spécimen excessivement rare.
L’histoire est celle d’Agnès Cleyre, une demi-sorcière affligée de multiples allergies et d’un don pour voir les fantômes, navigant dans un Paris d’un futur relativement proche de nous. Dans les rues bien connues des Parisiens, elle y croise tous les membres de l’Altermonde (loups-garous, vampires, sirènes, sorcières, anges et nymphes). Embauchée dans l’étude notariale de son oncle, elle doit en démêler les imbroglios judiciaires tout en domptant ses propres pouvoirs et en découvrant le secret de ses origines.

Attention, malgré son ton primesautier et sous des dehors légers et humoristiques, les trois volumes de Testament (L’Héritière, Alouettes et Humain.e.s, trop humain.e.s) ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Les amoureux d’architectures risqueront de souffrir à certains passages, même si personnellement je me suis régalée de la destruction du centre Beaubourg et du Sacré-Cœur (et, comme Agnès beaucoup moins de la bibliothèque du centre). Et certains passages, notamment ceux où intervient Navarre le vampire, sont particulièrement crus et rappellent des réalités oubliées d’époque lointaine ou non. Ajoutez-y des personnages aux couleurs politiques (variées) mais passionnés et une critique bien sentie du tout sécuritaire que connaît depuis plusieurs années notre pays pour que certaines âmes sensibles se sentent mal à l’aise. Pour les autres, ces trois livres se dévorent littéralement. Même si, effectivement la fin ne peut être que définitive, je n’ai eu qu’un regret en refermant le troisième volume : en avoir fini avec des personnages aussi attachants.

Testament : l’Héritière
Testament : Alouettes
Testament : Humain.e.s, trop humain.e.s
De Jeanne-A Debats
Éditions ActuSF