Les Artilleuses

Depuis mars 2020, Le Paris des Merveilles imaginé par Pierre Pevel se décline également en bande dessinée. Pourquoi en parler seulement maintenant ? Tout simplement, car j’attendais d’avoir les trois tomes constituant tout le premier arc à lire et relire ensemble pour me faire une idée complète. Après le tome 1, Le Vol de la Sigillaire, le tome 2 Le Portrait de l’antiquaire, le tome 3 Le Secret de l’Elfe clôt enfin cette aventure en compagnie des Artilleuses qui donnent leur nom à cette BD. De qui s’agit-il ? De trois bandits en jupon haut en couleur à savoir Lady Remington, magicienne anglaise de son état, Miss Winchester, fine gâchette américaine au tatouage particulier et Mam’zelle Gatling, petite fée de Paname n’aimant rien d’autre que les explosions. Ce trio s’est spécialisé dans les cambriolages et tombe sur un os quand elles s’emparent de la Sigillaire un bijou précieux qui attirent la convoitise des nations terrestres comme venues d’Ambremer.
Au fil des trois tomes, elles devront résoudre les différents mystères qui entourent l’objet tout en échappant aux services secrets français, allemand, féérique et elfique. Elles seront aidées par toute une ribambelle de personnages
tous plus étonnants et attachants les uns que les autres, Tiboulon chien mécanique de son état en tête.
Si vous avez aimé l’univers du Paris des Merveilles ne boudez pas votre plaisir ! Là où le tome 1 et le tome 2 lus seuls se révélaient frustrants avec cette manie de s’arrêter en plein chemin, Le Secret de l’Elfe termine élégamment cette première aventure tout en laissant la porte ouverte à
d’autres péripéties. Et Pierre Pevel étant lui-même au scénario des BD, vous pouvez être sûrs que l’histoire sera sans fausse note par rapport à la trilogie de romans initiale. Au dessin, le style d’Etienne Willem a juste ce qu’il faut de pétillance et de précision pour donner vie à cette version fantasmagorique de Paris, le tout admirablement mis en couleur par Tanja Wenisch. Et si vous ne connaissez pas du tout le Paris des Merveilles ou que vous souhaitez le faire découvrir à un proche, c’est une excellente porte d’entrée dans l’univers qui peut plaire même aux plus réfractaires à la lecture.

Les Artilleuses
de 
Pierre Pevel (scénario) et Etienne Willem (dessin)
Éditions
Drakoo

Dylan Dog – Le point de vue des zombies

Si vous avez connu le personnage de Dylan Dog par un malheureux navet au hasard de vos pérégrinations dans les services de vidéo à la demande, oubliez tout et revenez aux sources : les bandes dessinées originales. En France, celles-ci sont peu à peu éditées par les Éditions Mosquito. Indépendant des autres, Le point de vue des zombies est une bonne porte d’entrée dans l’univers du détective à la chemise rouge.
Scénarisé par Tiziano Sclavi, le créateur du personnage, et magnifiquement mis en image par Gigi Cavenago, cet album est un court recueil d’histoires ou plutôt de vignettes dans l’univers où évolue Dylan Dog. Si celui-ci et Groucho sont bien présents, vous n’aurez pas besoin d’en savoir énormément sur eux pour comprendre l’intrigue. Tout commence le jour où Dylan Dog entre chez un antiquaire pas tout à fait de ce monde et y achète un livre, Les Contes du Lendemain (ce qui est d’ailleurs le titre original de l’album : I raconti di domani). Ces histoires parlent de ce qui arrivera peut-être : un jeune homme paniqué par la normalité du monde extérieur, un autre invoquant le diable sans succès ou un zombie qui décide de lancer sa propre révolution.
Plus que les histoires elles-mêmes, douces-amères et grinçantes à souhait, je vous conseille de vous laisser porter par la beauté des cases et par l’atmosphère qu’elles dégagent. Très coloré et avec un parti pris graphique fort, qui plait ou non, cet album arrive à la fois à dégager l’atmosphère psychédélique du Londres des années 70 et les inquiétudes de ce début de 21siècle. Et après avoir lu et relu cet album, peut être aurez-vous envie d’en découvrir plus ?

Dylan Dog – Le point de vue des zombies
de Tiziano Sclavi (scénario) et Gigi Cavenago (illustration)
Traduction de
Michel Jans
Éditions Mosquito

Histoire de la science-fiction en bande dessinée

Écrire une histoire mondiale de la science-fiction est en soi un projet ambitieux. Le faire sous la forme d’un album de bande dessinée est carrément périlleux. C’est pourtant le pari qu’ont relevé Xavier Dollo (au scénario) et Djibril Morissette-Phan (à l’illustration) avec leur Histoire de la science-fiction en bande dessinée. Avec succès ?
Commençons par une évidence. Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de faire tenir toute la science-fiction depuis ses origines dans un seul album, même si celui-ci est un pavé de 218 pages. Les auteurs ont donc fait des choix, privilégiés certains moments clés, certains noms et certaines œuvres. Les puristes y trouveront matière à pinailler sans fin, chacun avançant que son écrivain fétiche aura dû être mieux mis en valeur ou que tel autre personnage n’avait pas besoin d’autant de place, suivant ses préférences. En revanche, pour le simple amateur qui veut se faire une idée du genre, l’essentiel est là : mission accomplie. En revanche, même si les autres origines sont abordées plus particulièrement en fin d’ouvrage, cette histoire se concentre principalement — et depuis les origines — sur ce qu’il se passe dans la littérature anglo-saxonne et francophone, qui sont les sources les plus connues du genre. Précisons que malgré des vignettes en bas de pages sur les films, série TV ou bande dessinée, ce livre a une définition stricte de la littérature : nouvelles, romans, magazine ou fanzine. Du coup, il aurait peut-être mieux valu le renommer Histoire de la littérature de science-fiction…
Un gros pan du livre est d’ailleurs consacré aux éditeurs et directeurs de collection qui seront les véritables sages-femmes du genre. Du coup, cet album est également une découverte des coulisses de la ou les naissances de la SF à ses évolutions les plus récentes. Ouvrage roboratif, ce livre multiplie les inventions pour ne pas perdre le lecteur en route comme une maison de la SF avec sa galerie où les écrivains de l’Âge d’or rencontrent leurs œuvres ou l’idée de rentrer dans certains grands maîtres plus récents (dont deux de mes plumes favorites personnelles) pour mieux découvrir leurs univers. Malgré tout, le lecteur s’égare par fois — pour qui n’a jamais vu Doctor Who, un tournevis sonique ou une cabine bleue ne font aucun sens — et il y a quelques passages longuets suivant les intérêts de chacun. Toutefois, après avoir parcouru une première fois cette BD, vous risquez fortement d’avoir envie d’y revenir pour approfondir telle période, admirer les détails de telle case, râler car vous n’êtes pas d’accord avec tel parti-pris ou simplement prendre en note telle référence et l’ajouter à votre propre pile à lire.

Histoire de la science-fiction en bande dessinée
de Xavier Dollo et Djibril Morrissette-Phan
Éditions Critic et Les Humanoïdes associés

(confinement oblige, le livre est également disponible en numérique, si vous ne pouvez accéder à votre libraire, à partir du 25 novembre.)