Smoke gets in your eyes

Sur un blog consacré aux livres et à la littérature de genre, si je vous parle de mort, vous allez penser : mort violente dans un thriller, mort accidentelle dans l’espace ou aux griffes d’une horrible créature ? Avec Smoke gets in your eyes de Caitlin Doughty, vous n’y êtes pas du tout. Les morts que vous croiserez sont d’origine diverse (maladie, vieillesse, accident, suicide…) et se passent toujours avant l’arrivée des personnages concernés dans les pages.
En effet Smoke gets in your eyes (and other lessons from the crematorium) n’est pas un roman, mais le récit des premières années de Caitlin Doughty dans l’industrie funéraire. D’anecdotes tendres, tragiques ou comiques en précisions sur la façon dont les différentes cultures humaines abordent la Mort, Caitlin Doughty nous livre son propre point de vue. Elle plaide plus particulièrement pour que la Mort ne soit plus totalement évincée de notre quotidien. Au contraire, selon elle, si les gens affrontent leurs peurs et s’organisent pour leurs futurs trépas, si des rituels refont leurs apparitions pour aider les proches à faire leurs deuils, la Mort sera mieux acceptée et la Vie sera à nouveau pleinement vécue.
Malgré sa thématique, ce livre est tout sauf morbide. Au travers des morts et des vivants que l’on croise. Smoke gets in the eyes est un hymne à la vie et à la race humaine. Une Danse macabre bien joyeuse en quelque sorte.

Smoke gets in the eyes
de Caitlin Doughty
Éditions Cannongate

On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque)

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu une autobiographie. Ce genre est pourtant très loin d’être mon préféré. J’ai profité d’une semaine de promotion (500 livres numériques à 0,99 € pièce) pour faire le plein de ma liseuse, sans craquer pour l’ensemble des livres. Du coup, à ce tarif, quand j’ai vu le livre de Felicia Day, je l’ai ajouté dans mon panier.
Plus que le titre, c’est en effet l’auteure qui m’a attirée. Même si je l’ai croisée dans plusieurs séries de genre que j’adore (Eureka, Buffy, Supernatural…), Felicia Day reste pour moi la rouquine chantant « Do you wanna date (my avatar)? », un morceau de nerd pop à faire hurler de rire n’importe quel participant de jeu en ligne.
Finalement cette biographie est à l’image que je me faisais de la personnalité publique de l’actrice : énergique, drôlissime et particulièrement futée. Voici le genre de livre que je ferais lire à un non-mordu (de jeux vidéo, de science-fiction, de livres ou même de chats) pour lui faire comprendre toute la richesse des mondes de passionnés. Et, parfois aussi, leurs relents peu ragoûtants. Ainsi, Felicia consacre un chapitre au GamerGate et à son impact sur sa vie quotidienne en ligne et hors de là. Pour ceux et celles qui n’ont pas suivi, le GamerGate est l’incarnation de la façon dont le pire de la misogynie et du racisme ont pris racine dans une mauvaise rupture pour s’épandre partout sur le Web et finir par menacer physiquement des joueuses, des professionnels et même de tous jeunes enfants, parce qu’ils ou elles ne correspondaient à l’image que se font des jeux vidéo les rétrogrades abrutis derrière leurs écrans.
Heureusement, ce chapitre ne résume pas tout le livre. Au-delà des différentes sous-cultures dans lesquelles navigue Felicia Day (y compris celle des acteurs hollywoodiens de troisième rang), ce livre est également mordant d’ironie par rapport aux propres failles de l’auteure. Celles qu’elle s’imagine, comme son angoisse à la fac. Et celles bien réelles comme ses crises de paniques et de dépression, qui même racontée avec drôlerie, donnait envie de la bercer et de lui servir une tasse de thé chaud, ou un verre de rhum. En revanche, j’ai un peu tiqué sur la mise en page. Ce livre est truffé de photos qui ne passent pas sur une liseuse en noir et blanc et la traduction des légendes et des notes de bas de page en deviennent parfois incompréhensibles. Mieux vaut le lire en version papier.

On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque) de Felicia Day
Traduction de Marie-Aude Matignon
Editions Bragelonne

Et en petit bonus, pour que vous ayez bien l’air en tête pendant quelques heures :