Bob, textile futé

Vous êtes invité et vous n’avez pas envie d’apporter des fleurs, des chocolats ou une bouteille ? Vous organisez un Secret Santa avec des amis et vous n’avez pas d’idée ?  Offrez de quoi lire ! Et pourquoi pas une petite nouvelle au prix minuscule de 2 € comme Bob, textile futé de Luce Basseterre (qui figure également au sommaire d’une des anthologies de l’éditeur si votre budget cadeau est tout petit peu plus large) ? Ou tout simplement, faites-vous plaisir le temps d’un trajet en métro, bus, tram ou autre funiculaire ou vaporetto favori de par chez vous.
De quoi parle Bob, textile futé ? De l’alliance improbable entre un styliste féru de mode et de légèreté et d’un ingénieur aux dents longues. Les deux se sont associés autour du développement d’un nouveau prototype d’habillement, le fameux Bob du titre. Mais quand le cartésien décide d’exploiter dans le dos de l’artiste le produit de leur recherche commune, les choses tournent très mal dans les tours de la Défense et un bout de tissu ne sera pas de trop pour nettoyer tout ce sang.
La nouvelle étant extrêmement courte (27 pages !), je n’en dirais pas plus pour ne déflorer tout le sujet. Sachez simplement qu’ici, Luce Basseterre explore une thématique très loin des space opéra déjà chroniqués ici et , et beaucoup plus proche de notre réalité actuelle. Et que c’est agréable de voir une fois de plus une intelligence artificielle fictionnelle qui ne cherche pas à détruire ou asservir l’humanité, mais au contraire à en protéger certains éléments. Le tout étant écrit avec un style aussi léger que de la mousseline et précis comme de la dentelle. Un petit régal !

Bob, textile futé
de Luce Basseterre
Éditions 1115

Gravité à la manque

Dans le cadre de lecture en duo sur un groupe Facebook d’amateurs de l’imaginaire, je me suis plongée dans Gravité à la manque de Georges-Alec Effinger. Ou plutôt replongée vu l’antiquité de mon livre. Si vous préférez l’acheter neuf, la trilogie complète et les nouvelles liées ont été rééditées par Mnémos dans le recueil, Les Nuits du Boudayin.
Mais revenons sur Gravité à la manque. Il s’agit donc du premier tome d’une trilogie de polar cyberpunk, mettant en scène Marîd Audran, privé dans le Boudayin, le quartier rouge d’une cité moyenne orientale jamais nommé au bord du désert. Dans ce lieu de perdition, il navigue entre les petits truands, les bars et les prostituées de tout genre sans arme à feu ni augmentation cybernétique. En effet, dans ce Moyen-Orient futuriste, les gens sont presque tous câblés avec une prise directe dans le cerveau où brancher des « papies » et des « mamies ». Les « papies » sont des assistants — connaissance instantanée et temporaire d’une langue étrangère, d’une compétence ou suppression temporaire de la fatigue par exemple ; les « mamies » sont des modules qui plongent le porteur dans une personnalité artificielle qu’elle soit enregistrée à partir d’un être vivant ou reconstituant un personnage imaginaire (comme Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent).
Quand un soir, un de ses clients potentiels est tué par un individu se prenant pour James Bond, il va devoir enquêter, aller à l’encontre de ses principes et bouleverser sa vie.
Écrit trois ans après Neuromancien, Gravité à la manque est un classique du genre cyberpunk. C’est surtout un excellent polar pour qui aime les Série Noire ou les romans de Raymond Chandler ou Dashiel Hammett. Marîd Audran a tout du détective privé désabusé hollywoodien.
À quelques détails près, il vit dans un futur biomécanique, et est un Algérien de culture musulmane (à défaut d’être pratiquant) dans une ville cosmopolite plongée dans cette même culture. Comme le définit Jean, mon compagnon de lecture : « Georges Alec Effinger rend le genre abordable, mais sans en tomber dans ses travers. » Et en effet, les explications techniques sont limitées au strict nécessaire, et la narration tient plus du genre policier qu’autre chose. Outre Marîd, Gravité à la manque dépeint une ville peuplée de personnages hauts en couleur et d’origine plus que variée. En quelques lignes, l’auteur en fait un portrait croqué sur le vif de la plupart d’entre eux. Si les digressions peuvent perdre le lecteur dans les premiers chapitres le temps que l’enquête se cristallise, elles donnent également le temps à l’histoire de prendre son rythme : nonchalant au début, frénétique en plein cœur de l’action, avant de revenir à un calme mélancolique en guise de conclusion. Le choix de la traduction des proverbes arabes ou swahilis, ou des extraits du Yi-King et la ritournelle incessante du Boudayin — « Les affaires sont les affaires… L’action, c’est l’action. » – font également partie de la musicalité propre de ce roman qui vous entraîne jusqu’au bout. Et qui ravira tout autant les amateurs de science-fiction que ceux de polars classiques.

Gravité à la manque
d
e Georges Alec Effinger
traduction
de Jean Bonnefoy
Éditions
Denoël

Nouvel horizon

Les salons littéraires sont toujours une occasion en or pour découvrir de nouvelles plumes, notamment en auto-édition. C’est toujours le cas du Salon Fantastique, où j’avais découvert lors d’une précédente édition 1974 d’Arnaud Codeville. Cette fois-ci, je me suis laissée tenter par Nouvel horizon de Yann-Cédric Agbodan-Aolio. Perdue dans des allées consacrées particulièrement cette année consacrées à la fantasy et au fantastique, je cherchais un roman de pure SF. Je ne fus pas déçue.
Court, Nouvel horizon
se passe à la fin du 21e siècle au cœur du continent africain. Il part d’un double postulat : le dérèglement climatique et l’accession à la conscience des intelligences artificielles. En 2088, après avoir été éreintée par un réchauffement climatique d’origine humaine, la Terre a subi une deuxième catastrophe : la perte de puissance du Soleil qui la fait passer désormais dans une ère glaciaire. Guidé par une intelligence artificielle ayant pris la tête du successeur de l’ONU, ce qui reste de l’humanité se préparer à migrer pour Vénus au prix de grands sacrifices. Sauf que de méchants capitalistes leur mettent des bâtons dans les roues.
Même s’il a été écrit en 2017 par un auteur bien trop jeune pour y avoir participé,
Nouvel Horizon a un côté « âge d’or de la collection Anticipation » qui n’est pas déplaisant. Chaque camp est clairement défini, et au final le Bien triomphe du Mal, avec en guise de conclusion une description de Vénus en nouvelle planète bleue de l’humanité, digne d’un prospectus d’agence de voyages.
Dans la forme, les notes de bas de page à chaque explication technique ont un peu freiné ma lecture. En revanche, sur le fond, Nouvel Horizon tient toutes ses promesses : pendant quelques heures, je me suis pleinement détendue en rêvant de conquêtes spatiales et d’une humanité augmentée. Bravo ! Du coup, je me risquerais surement à découvrir les aventures de ces personnages dans d’autres univers parallèles comme le propose
Yann-Cédric Agbodan-Aolio en variant les genres à chaque livre.

Nouvel Horizon
de
Yann-Cédric Agbodan-Aolio
www.yanncedric-agbodanaolio.com