L’Avenir

Fort Détroit. Une ancienne ville industrielle s’enfonçant peu à peu dans la pauvreté. De sa maison, Gloria voit son voisin se faire renverser dans la rue et mourir. Tout autour d’elle semble sur le point de s’éteindre. La sexagénaire n’est en effet pas originaire d’ici. Elle est venue dans cette maison, cette rue, cette ville car sa fille, toxicomane, y est morte et ses petites-filles adolescentes ont disparu.
À lire ce résumé, vous pensiez que L’Avenir de Catherine Leroux est un polar ? Perdu. C’est une uchronie frôlant parfois le fantastique et emplie d’une bonne dose de réalisme magique. Elle nous plonge dans un monde où Détroit a gardé ses racines françaises et québécoises, mais où la récession et la pollution tuent la ville à petit feu. Ne laissant derrière eux que des « enfants sauvages » et des adultes déclassés perdus dans leurs souvenirs et leurs rêves. Et pourtant… Malgré la dureté de l’univers et des situations qu’elle décrit, Catherine Leroux signe avec ce texte un roman plein d’espoir. Le temps des quelques mois de la saison chaude, Gloria va découvrir Fort Détroit, ses habitants, sa faune et ses multiples tendances à l’embrasement. Elle s’enfoncera dans ses tréfonds allant de déconvenues en abandons avant que, tel un coup de foudre annonciateur de pluie, elle ne se réveille, que l’ensemble du quartier ne se réinvente une fois de plus et que tous ses habitants ne fassent leurs mues. Certains tourneront le dos à leur ancienne vie, d’autres se réconcilieront avec leur passé. Certains y laisseront la vie, d’autres continueront leur bonhomme de chemin quasi-intacts.
L’histoire nous est racontée tour à tout en se plaçant aux côtés de Gloria, des différents « enfants sauvages » du parc de la Rouge, de Solomon l’ancien musicien devenu agriculteur urbain, ou encore de Priscilla, pitbull de son état. Et plus que les différentes péripéties des protagonistes, c’est la langue de l’autrice qui nous entraîne au long des 304 pages de son récit. Québécoise, son vocabulaire n’est pas édulcoré, filtré ou traduit pour être immédiatement lisible par les Français d’Europe. Il faudra jouer aux devinettes pour comprendre les personnages, quitte parfois à accepter que certains termes nous échappe
nt. La syntaxe et le rythme des phrases ne doivent en revanche rien aux origines de l’écrivaine et lui appartiennent en propre. Grâce à eux, L’Avenir oscille souvent entre le roman et la poésie en prose pour le plus grand plaisir des lecteurs. Et pour une fois, je vous conseille d’aller d’abord à la fin vous reporter à la playliste fournie par l’autrice pour profiter de votre lecture en musique.

L’Avenir
De Catherine Leroux
Éditions Asphalte

NB : Un avant-goût musical de l’atmosphère du livre 

 

 

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