Quand on me propose un polar qui, en plus, se passe dans une région que je connais bien (Nîmes et le Gard cévenol) pour mon défi, 12 livres pour 2025, forcément, je le sélectionne. Lourde erreur ! Avant de sombrer de Cyril Carrière a été une déception de bout en bout (et finira sa vie dans la boite à livres la plus proche, avant même la parution de cette chronique).
A priori, l’intrigue avait l’air intéressante : un homme se réveille d’un coma avec de faux souvenirs. Amnésique, il apprend que deux ans plus tôt, il était inspecteur de police à Nîmes et qu’il a été incarcéré pour l’homicide de sa femme. Et le résumé en couverture promet de suivre les deux lignes temporelles pour comprendre ce qu’il s’est passé.
Sauf que… Dans le fond, aucun des personnages – sauf éventuellement Céline, la victime – n’est sympathique. Ils sont tous assez caricaturaux : l’avocat matamore, le policier colérique qui fonce dans le tas, son chef plutôt veule et procédurier, la fifille rebelle qui se met à avoir de mauvaises fréquentations, etc. Et Sylvia. Présentée comme psychologue consultante venue de Lille, elle est omniprésente : psy à domicile, en maison de retraite, fabricante de faux souvenirs, profileuse, maîtresse chanteuse… On la retrouve à toutes les pages, sans que personne ne se demande : « Mais pourquoi elle est sur une scène de crime elle ? Pourquoi elle interroge seule un prévenu au parloir ? C’est quoi son travail au juste et qui la paye ? » Le tout avec l’équivalent textuel pour la lectrice d’immenses panneaux de signalisation « Attention personnage pas net. »
Des personnages peu profonds et mal équilibrés pourraient ne pas être rédhibitoires si l’intrigue tenait ses promesses. Las, elle est elle-même bancale avec des coups de théâtre et des décisions sans réelles justifications qui rappellent les soap opera et telenovelas à rallonge du petit écran. Le style pourrait-il sauver le livre ? Même pas ! Déjà, alors que cela se passe principalement dans le sud de la France, pourquoi rappeler à chaque nouveau personnage qu’il ou elle a un accent « chantant », « méridional » ou autre ? Pour un Gardois, un autre Gardois n’a pas d’accent particulier… Bizarrement, la nordiste n’a pas d’accent notable, et celui-ci n’est pas mentionné non plus quand l’action se déplace en Alsace… De plus, le style même de l’auteur n’est pas cohérent. Dans un même paragraphe, il passe d’une phrase particulièrement ampoulée pour décrire un bâtiment à l’abandon en pleine garrigue (et comment une bâtisse peut-elle être fébrile ?) à une autre dans laquelle il parle des « gars de la scientifique » changeant complètement de registre. Et dans un autre passage, au lieu de parler nommément de sangliers, il va utiliser le terme plus pédant et moins précis de suidés (qui regroupe entre autres les sangliers, les porcs et les phacochères…). À la longue, tous ces éléments lassent et n’incitent pas réellement à poursuivre sa lecture. Ni à découvrir d’autres livres de l’auteur… Mauvaise pioche pour août.
Avant de sombrer
De Cyril Carrère
Éditions Folio