Le Serpent – La Maison des Jeux t.1

Après la saga des Molly Southborne, la collection Une-Heure-Lumière s’essaie de nouveau à la publication d’une série. Ce coup-ci, l’affaire est clairement indiquée en couverture avec un tome publié par an jusqu’en 2024.
Rassurez-vous, si La Maison des Jeux de Claire North forme un ensemble cohérent, à chaque volume correspond une période particulière. Et le premier, Le Serpent, peut se lire comme une histoire indépendante.
Le récit se situe donc à Venise en 1610. Guidés par un narrateur similaire à la voix off des documentaires animaliers, nous y suivons le parcours de Thene. Mal mariée trop jeune à un homme plus vieux, violent et flambeur, elle le suit nuit après nuit dans la Maison des Jeux où il la force à le regarder dilapider sa dot. Thene se met alors à jouer à son tour, mais elle gagne plus souvent qu’elle ne perd. Elle est repérée par les dirigeants de la Maison, qui lui propose d’intégrer un cercle privé où les parties se jouent avec des pions humains et où les enjeux sont le pouvoir, la liberté et la vie elle-même.
Ce parti-pris de raconter à distance l’histoire peut soit rebuter soit séduire le lectorat. Personnellement, j’ai apprécié ce regard extérieur et ce recul qui correspondent à l’image que je me fais des intrigues vénitiennes camouflées derrière des masques, comme des pièces de théâtre.
Le jeu en lui-même est une sorte de partie de cartes géantes à quatre joueurs (avec des pions nommés comme le tarot de Marseille). Il a pour but de placer quelqu’un à l’une des plus hautes magistratures de la ville. Tous les coups sont permis sauf attenter directement à la vie des autres joueurs. Et il est fortement déconseillé de tricher. Pour nous, c’est surtout l’occasion de suivre l’évolution de Thene, femme meurtrie obligée de cacher ses sentiments, se battant pour obtenir une liberté où elle ne sera pas « fille de… » ou « femme de… » Mais sera-t-elle toujours elle-même ? Sera-t-elle prête à aller jusqu’au bout de la partie ? De manipulatrice, n’est-elle pas non plus manipulée ? Parce que la Maison des Jeux s’ouvre à différentes époques et différents lieux à la fois, les parties qu’elle réserve à l’élite de ses joueurs ont souvent des conséquences fantastiques sur eux qu’ils gagnent ou que, perdants, ils soient relégués à l’état de simples pions.
Et pour la lectrice ? J’ai particulièrement apprécié cette première manche, et je me suis laissée happer par la musicalité du texte et la mécanique de précision de sa narration. Je serai présente pour la partie suivante.

Le Serpent
La Maison des Jeux t.1
de Claire North
traduction de Michel Pagel
Éditions Le B
élial’

Acadie

Si la collection Une Heure-Lumière est spécialisée dans les courts récits inédits, Acadie de Dave Hutchinson est doublement inédit, car c’est le premier texte traduit de cet auteur britannique.
La nouvelle a un présupposé classique : une colonie fondée au fin fond de l’espace par des renégats craint d’être découverte par la maison-mère. Jusqu’au jour où un vaisseau pénètre les défenses de leur système. Ce jour est arrivé et c’est à Duke, le Président malgré lui, de sortir la colonie de ce mauvais pas. Quitte à en découvrir la face cachée.
Le récit est très court, rondement mené et raconté avec quelques flashbacks par Duke lui-même et toute sa faconde d’ex-avocat. Jusqu’au retournement final. Et là, vous vous surprendre
z à repasser dans votre tête les pages déjà lues pour y retrouver peu à peu les indices glissés en toute discrétion, avant de vous dire que vous auriez dû le deviner avant. Dave Hutchinson est un écrivain malin. Il intègre tellement de personnalité et de vie dans l’action se déroulant au premier plan du récit que le lecteur ne voit pas les quelques fausses notes indiquant que la vérité n’est peut-être pas aussi simple. Saurez-vous éviter les pièges, sans lire de suite la fin ?

Acadie
de Dave Hutchinson
traduction de Mathieu Prioux
Éditions Le Bélial’