Avis d’invité : L’ascension d’Horus

Une fois de plus, Olivier, qui connaît bien l’univers de Warhammer 40 000 et les fictions écrites autour, continue sa présentation des livres de Dan Abnett. Au programme, L’ascension d’Horus.

 » Nous sommes au tout début du 31e millénaire, 2 siècles après le début de la Grande Croisade. Après avoir unifié les peuples de la Terre grâce à des légions de soldats génétiquement modifiés, l’Empereur de l’Humanité a en effet lancé ses troupes à l’assaut des étoiles, pour retrouver les colonies humaines égarées dans la galaxie et les réunifier sous son autorité. Pendant deux siècles, l’Empereur a conduit ses légions de Space Marines, chacune sous la houlette d’un primarque, un « fils » de l’Empereur. Mais voilà que l’Empereur, après le triomphe d’Ullanor, où les légions impériales ont massacré des « peaux vertes » (car bien évidemment seul le massacre des xenos, de toutes les races extraterrestres, assurera la tranquillité de l’humanité), annonce qu’il doit retourner sur Terra. Il nomme l’un de ses « fils », Horus, Maître de Guerre, avec pour tâche de continuer sa Croisade.
Voici comment est présenté en général ce livre, laissant penser qu’on va assister à une succession de batailles homériques entre des hommes génétiquement modifiés pour la guerre en armures complètes, les Space Marines (ou Astartes), et des ennemis de l’Humanité. Il n’en est rien. D’une part parce que l’ouvrage est écrit par le talentueux Dan Abnett, à qui l’on doit déjà la subtile trilogie Eisenhorn. D’autre part parce que ce livre ouvre une saga épique, l’Hérésie d’Horus, forte d’une cinquantaine de livres ! Tous ne sont pas indispensables, mais la collection regorge de véritables bijoux (on en reparlera…). L’ascension d’Horus a beau mettre en scène des vaisseaux spatiaux gigantesques, des armées titanesques, des hordes de xenos en tout genre ou encore des dieux et des démons, l’essentiel se passe au niveau des hommes, de leurs aspirations, de leurs faiblesses, de leur orgueil, de leur besoin d’être rassurés…
Dans L’ascension d’Horus, Dan Abnett prend bien soin d’ancrer son récit à ce niveau en s’attachant, plus qu’à celle d’Horus, à l’ascension de l’un de ses légionnaires, Garviel Loken. Un guerrier de l’Astartes remarqué pour ses prouesses, ce qui lui fait intégrer le cercle fermé des conseillers officieux d’Horus. Mais aussi un homme fidèle à l’Empereur et aux valeurs qu’il porte : l’éradication du mysticisme et de la religion, par exemple, ou encore la nécessité de garantir la paix pour l’ensemble de l’Humanité. Intelligent, cultivé, Garviel montre même de l’amitié pour de simples mortels qui partagent son vaisseau : itérateurs portant la bonne parole de l’Empereur, commémorateurs chargés d’immortaliser et de chanter les louanges de la Croisade. Confronté à des événements que la raison et la science ne peuvent expliquer, peiné de constater que certains guerriers de la Légion cachent des secrets, bouleversé de devoir tuer son prochain, Garviel s’interroge.
Au cours de l’hérésie, certains guerriers resteront loyaux à leur primarque, d’autres à l’Empereur, la galaxie s’embrasera, mais toujours ce sont les sentiments des hommes et leurs doutes qui seront au cœur de l’histoire. Sans eux, les dieux du Chaos n’auraient aucune influence. Ce premier roman de l’hérésie peut se lire comme une tranche de vie, en cette 203e année de la Croisade, au sein de la légion des Luna Wolves — qui deviendra les Sons of Horus. Mais c’est surtout la scène d’introduction d’une tragédie shakespearienne à l’échelle de la galaxie, qui 10 000 ans plus tard laissera l’Humanité dans l’état tragique où on l’a trouvée dans le 41e millénaire, tel que décrit par Dan Abnett dans Eisenhorn. »

L’ascension d’Horus
de
Dan Abnett
Editions
Black Library

Avis d’invité : Eisenhorn

Pour ce premier avis invité de l’année 2020, je laisse la parole à Olivier qui connaît bien l’univers de Warhammer 40 000 et les fictions écrites autour. Pour une première visite dans les bas-fonds du 41e millénaire, il nous recommande Eisenhorn de Dan Abnett.

« A tout seigneur, tout honneur : je vous propose de démarrer cette nouvelle rubrique dans Outrelivres, consacrée à Warhammer 40000 et à l’Hérésie d’Horus, avec Dan Abnett. D’abord, parce que c’est un auteur talentueux et prolifique — on lui doit des dizaines de livres dans l’univers Warhammer, mais aussi des ouvrages et scénarios de BD chez DC, Marvel et les autres et aussi parce que ce garçon a un talent fou (comment ça, je l’ai déjà dit ?!). Or, il faut bien ça pour inciter celles et ceux qui ne connaissent pas l’univers de Warhammer à s’y plonger, et s’embarquer pour un fabuleux voyage fait de drames, de folie, de violence, de pouvoirs occultes et de démesure.
L’univers de Warhammer 40000 est peu connu en dehors des joueurs de jeux de rôles et de jeux de figurines, or l’ensemble des livres décrivant le cadre de cet univers forme un tableau extrêmement riche, pour un public varié, adolescent à la recherche d’aventures (légions de guerriers supra-humains affrontant des orcs ou des entités démoniaques, vaisseaux de plusieurs kilomètres de long capables d’exterminer la population de toute une planète…), mais aussi adultes appréciant les drames shakespeariens, les space operas, les tourments intérieurs entre loyauté, pureté et efficacité, ou encore la lutte intemporelle entre ordre et chaos.
Eisenhorn regroupe Xenos, Malleus et Hereticus, une trilogie racontant les missions et combats intérieurs de Gregor Eisenhorn, inquisiteur au service de l’Imperium de l’humanité, et de sa suite. En ce 41e millénaire, l’humanité a essaimé à travers les galaxies, a dévasté des planètes entières au nom de l’effort de guerre — contre les autres races, forcément toutes abominables, car différentes — mais la menace se présente aussi sous la forme de cultes déviants (tout ce qui sortirait de l’orthodoxie du culte impérial, en fait) ou bien de démons cherchant à briser le seuil entre l’immatériel et la réalité. La redoutable Inquisition enquête, évalue la menace et l’élimine sans pitié. Sachant que la menace peut provenir d’autres factions de l’Inquisition, plus radicales…
On l’aura compris, l’univers de Warhammer 40000 n’est pas fait pour les âmes sensibles : la vie des hommes y est précaire et c’est un beau terreau pour la cruauté, la luxure et la folie. Cette trilogie est une excellente entrée en matière dans cet univers en ce qu’elle permet de voir, de ressentir tout cela (ai-je déjà dit que Dan Abnett est un conteur hors pair ?), mais aussi de s’interroger sur le bien-fondé de ce régime totalitaire, en pleine stagnation technologique, gangréné par la bureaucratie, où la corruption règne en maître.
Dan Abnett parvient à accrocher le lecteur, le tenir en haleine avec des personnages et des histoires très fouillés, tout en distillant l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur cet univers et ses rouages — et en laissant le lecteur juger si la fin justifie les moyens.
On en redemande. Et ça tombe bien, parce qu’il y a une suite, dont je vous parlerai une autre fois ! »

 

Eisenhorn
de Dan Abnett
traduction de Nathalie Huet
Éditions Bibliothèque interdite (Black Library)

Moi quand je me réincarne en slime

« Tu aimes les jeu de rôle ? Lis-le, ça va te plaire… » Décidément mes proches trouvent tout et n’importe quel prétexte pour augmenter ma pile de livres à lire pourtant déjà bien assez longue… Mais bon, quand c’est la famille, on se laisse plus facilement tenter. Surtout quand une amie m’en parle en plus et m’en dit du bien. Et me voici donc près de six mois plus tard à prendre Moi, quand je me réincarne en slime en cherchant quelque chose de léger à lire.
Bonne pioche ! Le manga de Taiki Kawakami adapté d’un roman de Fuse est plutôt léger, drôle et bien vu. Comme Koro Quest! il détourne les codes du jeu de rôle et de la fantasy classique, mais ici sans en plus reprendre la trame d’une histoire connue (Assassination Classroom) racontée dans un autre univers. Ici, l’histoire commence par la mort Satoru, salaryman sans réelle vie hors du bureau. Poignardé, il se retrouver réincarné dans une boule de gelée sans autre sens au départ que celui du goût et deux compétences : « prédateur » et « grand sage ». Le voici dans un jeu de rôle non pas comme un personnage joueur, mais comme un monstre de premier niveau : une boule de slime baptisée Limule Tempest. Au fil des tomes, il va découvrir le nouvel univers qui l’entoure, bouleverser quelque peu l’équilibre monstres (pnj pour personnages non joueurs)/joueur, se faire des amis et compagnons, trouver une quête à accomplir, etc..
On y retrouve quelques clichés du manga pour jeunes adolescents, mais Moi, quand je me réincarne en slime n’est pas le pire du genre — loin de là — et convient à un public à partir de 10 ans. En revanche, si les lecteurs ne sont pas joueurs, ils perdront une partie du sel de cette histoire. Limule est l’incarnation idéale du lecteur : sans muscle et avec juste deux capacités attribuées un peu au hasard, il n’aurait même pas dû sortir vivant de la grotte où il s’est réincarné. Et pourtant à force d’intelligence, de gentillesse et d’humour, il va finir par s’imposer à la tête de son coin de forêt. Sa méthode pour acquérir de nouvelles capacités — avaler tout rond l’adversaire — n’est certes pas ragoûtante, mais elle est efficace. Au fur et à mesure des tomes, on se demande même s’il y a quelque chose qu’il ne sait pas faire. Mais l’humour, la variété des espèces représentées — et j’avoue un grand coup de cœur pour les loups-tempêtes — et la qualité des dessins font qu’on s’y attache assez vite pour lire les tomes au fur et à mesure de la sortie.
À l’heure où j’écris ces lignes, la série est toujours en cours au Japon, et en France les six premiers tomes sont sortis. Il existe également une version anime si vraiment vous êtes allergique au format manga. Petit plus, chaque tome comprend un court récit -non illustré – de l’auteur du roman original. Attention, si le manga se lit de droite à gauche, ce récit est écrit dans le sens européen de gauche à droite. Avoir les deux sens de lecture dans un même volume est un peu perturbant au début.

Moi, quand je me réincarne en slime
de Taiki Kawakami d’après Fuse
création des personnages Mitz Vah
Traduction de Erica Moriya
Éditions Kurokawa