Berserk of Gluttony

Le terme de light novel désigne au Japon un roman plutôt young adult et se caractérisant par des illustrations entre chaque grande partie, sans être assez nombreuses pour lui valoir l’appellation roman graphique ou bande-dessinée. Les thèmes abordés peuvent être parfois durs, ou au contraire le ton être très léger. Berserk of Gluttony de Ichika Isshiki et illustré par Fame se classe résolument dans cette deuxième catégorie. Dans un monde peuplé de monstres, chaque personne a une compétence particulière plus ou moins utile. Les plus puissants deviennent des saints chevaliers chargés de protéger le pays. Le héros de notre histoire, Fate, n’a qu’une compétence plutôt encombrante : la gloutonnerie. Menant une vie misérable de garde, il va un jour arrêter un voleur, découvrir de nouveaux aspects attirants, mais également dangereux à sa faim insatiable et lier son destin à celui de Roxy Hart, la plus jeune des saints chevaliers.
Reprenant le principe des jeux de rôles où le joueur monte en puissance à chaque combat et à chaque monstre tué, et où chaque nouvelle zone à explorer recèle ses propres créatures, Berserk of Gluttony ne surprendra pas par sa trame. En revanche, l’histoire est prenante et le ton suffisamment drôle et enlevé pour que l’on s’attache à son héros, sa naïveté et ses gaffes et que l’on se régale de ses aventures. Ce premier tome n’est qu’une introduction pour présenter les règles du jeu, les enjeux de l’histoire et les protagonistes, mais il remplit parfaitement son objectif : délasser le lecteur et le faire s’évader dans un monde lointain le temps de ses trajets quotidiens. À noter, pour ceux que le format light novel rebute, il existe également une version manga, scénarisée par le même auteur, mais avec Daisuke Takino au dessin. Même si personnellement, j’ai apprécié les illustrations intérieures et la couverture réalisées par Fame pour le light novel, je jetterai surement un œil à cette déclinaison.

Berserk of Gluttony
De Ichika Isshiki
Illustré par Fame
Traduction de Yukio Reuter
Éditions Maho

La Quête onirique de Vellitt Boe

Décidément H.P.Lovecraft n’en finit plus d’inspirer les auteurs. Dans ce court roman de 2017, c’est Kij Johnson qui revisite une partie du partie du mythe de l’homme de Providence, en s’intéressant à une part presque jamais abordée dans son œuvre : la place des femmes. La Quête onirique de Vellitt Boe se passe dans les contrées du Rêves popularisées par le cycle de Randolph Carter (dont La Quête onirique de Kadath l’inconnue) et Les chats d’Ulthar. Elle suit les traces de Vellitt Boe, une professeure de mathématiques vieillissante, partie à la poursuite d’une de ses élèves voulant s’évader vers le monde de l’Éveil.
Non seulement avec La Quête onirique de Vellitt Boe, Kip Johnson revisite les aventures les plus proches de l’heroic fantasy écrites par H.P.Lovecraft, mais en plus elle nous présente une protagoniste originale : une femme vieillissante qui au soir de sa vie repart sur les chemins qu’elle avait parcourus adolescente dans un monde peu doux pour les femmes. Plus que les Dieux Anciens, les goules, les ghasts et autres horreurs peuplant cette contrée, c’est une simple mention au détour d’un chapitre plutôt calme qui m’a personnellement fait frémir : « on ne lui avait dérobé ses affaires qu’à trois reprises, et on ne l’avait violé qu’une fois, mésaventures qui n’avaient jamais éteint son brûlant besoin d’espace, de villes étranges, de nouveaux océans… » Peut-être trop proche de ce que risque une voyageuse ordinaire dans notre monde ? Tout au long de son chemin, Vellitt et le jeune chat noir (d’Ulthar évidemment) qui l’accompagne croiseront des lieux, des personnages et des créatures familiers au monde de Lovecraft, mais sous une perspective très différente. En effet, ce n’est pas un homme confronté à l’étrange et à l’inconnu, mais une femme qui a toujours vécu au milieu de ses merveilles et qui remonte son passé en cherchant son élève, retrouvant des souvenirs enfouis à chaque pas, qu’ils soient agréables ou bien traumatisants.
L’édition française du roman est enrichie par de très belles illustrations de Nicolas Fructus et par une interview de l’auteur. Pour le coup, je vous conseille plutôt de vous procurer la version papier que numérique de cet ouvrage pour mieux en profiter.

La Quête onirique de Vellitt Boe
de Kij Johnson
Illustrations par Nicolas Fructus
Traduction de Florence Dolisi
Éditions Le Belial’