Jim Rook — l’horreur jeunesse à la sauce old school

Certains livres sont comme des plaisirs coupables qu’on lit discrètement sans se dire : « Tiens et si j’en faisais une critique ? » Quand je suis retombée sur la vieille série des Jim Rook de Graham Masterton à l’occasion d’une descente dans le grenier familial, je les ai relus avec plaisir et passé à ma fille qui les dévore également. Et j’en ai trouvé deux de plus non encore traduits en français, également lus aussi vite et avec autant de frissons. Finalement, après huit livres lus en autant de jours, le phénomène mérite peut-être qu’on s’y arrête.
Quand on aime l’horreur et le thriller fantastique, il est de bon ton de citer Stephen King comme auteur de référence, Dean Koontz ou Peter Straub. Mais pour moi, les vrais maîtres modernes de mes cauchemars livresques sont résolument anglais : Clive Barker, James Herbert ou Graham Masterton ont tous écrit des livres délicieusement horribles dont certains m’ont tenu éveillée longtemps après les avoir fini. Souvent présentée comme de l’horreur « jeunesse » au prétexte que le personnage principal est professeur d’anglais de soutien pour adolescents et jeunes adultes (et qu’il est vrai il y a nettement moins de scènes sexuelles que dans d’autres Graham Masterton), la série des Jim Rook éditée en France par Pocket Terreur puis Fleuve noir, est un exemple parfait du genre.
Elle se compose donc de huit épisodes :
Magie vaudou (Rook—1997), Magie indienne (Tooth and Claws—1997), Magie maya (The terror—1998), Magie des neiges (Snowman—1999), Magie des eaux (Swimmer—2001), Magie des flammes (Darkroom—2004), Demon’s Door (2010) et Garden of Evil (2012). À chaque fois la trame est similaire, Jim Rook professeur d’anglais affligé d’un don lui permettant de voir les morts et autres esprits doit protéger les élèves de sa classe contre une menace surnaturelle qui les tue et mutile au fil des pages. À chaque fois la menace prend sa source dans la mythologie (amérindienne par trois fois, africaine, coréenne) ou dans les légendes urbaines, en évitant soigneusement de prendre des figures trop connues des différents mythes abordés. C’est ce mélange d’éléments connus humoristiques (Jim Rook déclamant de la poésie en classe à des élèves plus habitués à la télé-réalité et au gansta rap, Jim Rook interagissant avec ses voisins et son chat) et d’éléments graphiquement horribles (comme une personne se dévorant elle-même, ou un match de foot américain avec un cœur palpitant en guise de balle) qui fait le charme coupable de cette série. Quand bien même, il faut le dire, Graham Masterton la prend lui-même avec plus de légèreté que ses autres œuvres. J’en veux pour preuve les différents avatars de Tibbles, le chat du héros, qui meurent plus souvent qu’un personnage principal de Supernatural, et reviennent toujours sans autre raison que la licence créative de l’auteur, et changent au passage de genre et de robe dans les derniers livres de la série.
Pour autant, si vous aimez frissonner de terreur dans vos lectures en riant parfois follement des situations, ces courts romans de Graham Masterton sont parfaits et se lisent en quelques heures.

 

 

 


Jim Rook de Graham Masterton

– Magie vaudou, Magie indienne, Magie maya, Magie des neiges et Magie des eaux Traduction de François Truchaud
Éditions Pocket
– Magie des flammes
Traduction de Paul Benita
Éditions Fleuve
– Demon’s Door et Garden of Evil
Éditions Severn House