InCarnatis – Le retour d’Ethelior

Le livre ne se limite plus au format papier ou au fichier numérique simple. Au-delà des différentes expérimentations croisées dans ma vie professionnelle, j’ai voulu tester sur un plan plus personnel la chose. En tant que lectrice, le livre augmenté va-t-il me séduire ? C’est chose faite avec InCarnatis – La Vénus d’Emerae et son premier tome Le Retour d’Ethelior de Marc Frachet.
Sur le fond, il s’agit d’un roman de science-fiction post-apocalyptique assez original, tant par la cause de l’apocalypse que par ses conséquences. Et, fait rare en 2018, garanti sans zombie ! Le style d’écriture m’a fait penser à certains romans francophones parus dans les années 80/90 dans la collection Anticipation. J’aurais apprécié un peu plus de profondeur dans les personnages secondaires et peut-être un peu moins de manichéisme. Et j’avoue avoir été très frustrée par la fin abrupte de cette première partie. L’histoire se met à peine en place et l’on rentre enfin dans le vif du sujet quand… « la suite au prochain numéro. » Les concepts présentés sont néanmoins suffisamment intrigants pour donner envie de lire cette fameuse suite.
Sur la forme, j’ai utilisé l’application maison fournie gratuitement pour lire sur mon smartphone le contenu multimédia. Chez soi et en plein jour, cela fonctionne très bien. Il suffit de scanner le QR code et l’image apparaît ou l’animation sonore se lance. L’écoute peut se faire en même temps que la lecture du texte se poursuit sans que cela pose problème. Même les séquences radio passent bien et les informations reçues par ce biais ne m’ont pas gênée pour comprendre ce que je lisais ou vice-versa. En revanche, de nuit ou dans les transports en commune, cela manque vraiment de discrétion. Certes vous pouvez ajouter un casque à votre smartphone, mais personnellement j’ai préféré m’en passer : casque, smartphone et bouquin, ça commence à faire beaucoup en équipement à mon goût ! Et la qualité médiocre du réseau mobile de la RATP interdit tout simplement toute connexion Web dans le métro pour récupérer les éléments. Dans ces cas-là, je me suis contentée de la lecture simple, en cochant les pages avec QR Code pour y revenir plus tard.
Fond et forme réunis, cette expérience fut agréable. Est-ce que je lirais d’autres livres augmentés, hormis les tomes 2 et 3 de InCarnatis – La Vénus d’Emerae ? Pourquoi pas, si les médias sont justifiés et apportent un complément à l’histoire sans freiner la lecture ? Mais ils ne remplaceront pas de sitôt mes autres formes de lectures. Ils n’en ont pas l’ambition d’ailleurs.

Incarnatis – La Vénus d’Emerae
T.1 Le retour d’Ethelior
de Marc Frachet
Éditions ACCI Entertainment

Tout au milieu du monde

Qu’est ce que Tout au milieu du monde ? Un roman graphique, mais pas une bande dessinée. Un récit préhistorique ou au contraire un voyage post-historique. Définir ce tout petit livre s’avère difficile. Et pourtant…
Pourtant dès la première ligne, Tout au milieu du monde happe son lecteur et l’emmène en voyage — mi-réel, mi-rêvé — sur les traces de ses randonneurs de personnages. Qui sont-ils ? Un chamane et son apprenti et une chasseuse. Où vivent-ils ? Entre la mer et le volcan. Quand vivent-ils ? À l’aube de l’humanité ou à son crépuscule. Que font-ils ? Ils partent en quête. De quoi ? Eux-mêmes ont du mal à le savoir. Trouveront-ils la réponse ? À la fin du récit, chaque lecteur aura une réponse différente.
Vous l’aurez compris, Tout au milieu du monde résiste à toutes les définitions. Il résiste également à vos habitudes de lectures. Personnellement, j’ai commencé par me faire prendre par le texte, et revenant parfois sur mes pas pour vérifier une image. Et la fin m’a poussée à reparcourir tout le livre en commençant ce coup-ci par les images et en guettant les codes couleurs pour trouver d’autres nuances, d’autres indices d’interprétation. Une expérience étrange et plus qu’agréable. Et qui change des récits chamaniques de Carlos Castaneda,  à la présentation plus universitaire, et moins enjôleuse.

Tout au milieu du monde
Texte de Julien Bétan et Mathieu Rivero
Illustrations de Melchior Ascaride
Éditions Les moutons électriques

Et si la BD devenait mouvante ?

J’ai beau lire aussi bien en version numérique qu’en version papier, pour la BD à quelques exceptions près je préfère de loin le papier. Pourquoi ? Tout simplement parce que je passe suffisamment de temps pour le travail à regarder des écrans, sans en plus me coltiner des reflets brillants sur l’ordinateur ou la tablette en lisant un comics. Surtout si je dois en plus pincer l’écran pour zoomer et dézoomer sans arrêt afin d’apprécier chaque case.

À moins que la BD ne soit pensée directement pour ces supports. Plusieurs expériences sont en cours. Et celle d’André Bergs est particulièrement intéressante. Il propose en effet une très courte BD à télécharger gratuitement — sous iOS uniquement hélas — et particulièrement bien pensée. Avec l’accéléromètre, les personnages bougent en fonction de l’action. Les dessins sont en 2D et en 3D ce qui donne de la profondeur à l’action, et si vous voulez voir plus de finesse vous pouvez taper pour zoomer sur une case. Qui plus est l’histoire, à l’humour assez grinçant, est courte et bien trouvée.  Une expérience à suivre ? Vous pouvez tester par vous-même la BD en téléchargeant l’application sur l’AppStore ou regarder la bande-annonce ci-dessus. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette façon de lire des BD.