Bienvenue à Sturkeyville

Vous aimez La Quatrième dimension ou Les Contes de la Crypte ? Vous vous délectez de l’atmosphère d’horreur campagnarde qui règne dans la Castle Rock de Stephen King ou dans les différentes Scary Stories ? Alors, jetez-vous sur Bienvenue à Sturkeyville de Bob Leman. Ce recueil rassemble six des quinze nouvelles que cet auteur américain du 20e siècle a jamais écrites. Ayant toutes ont la particularité de se dérouler dans la bourgade fictive de Sturkeyville, elles ont des thématiques a priori classiques pour de l’horreur : maison hantée, vampire, malédiction familiale, voyage temporel ou mutation incontrôlée. Et pourtant, elles proposent à chaque fois une variante suffisamment originale pour accrocher le lecteur, même le plus érudit en matière de fantastique et d’horreur.
La saison du ver et Viens là où mon amour repose et rêve qui ouvre et ferme respectivement ce recueil ne dépareilleraient dans un épisode de la nouvelle saison de Creepshow, avec juste ce qu’il faut de prévisibilité pour se réjouir avec anticipation de tourner la page suivante. Si Odila et Les Créatures du lac sont nettement plus conventionnelles, elles ont su par le choix d’un narrateur à la fois extérieur et proche de l’affaire m’intriguer jusqu’au bout.
Des six nouvelles du recueil, seule Loob, pourtant la plus orientée science-fiction, m’a déçue par le côté décousu de sa narration. J’ai même peiné à la finir. En revanche La Quête de Clifford M. est une réécriture grotesque et délicieuse du mythe du vampire que je recommande à tout fan de Dracula. Attention, ici nous sommes loin du suceur de sang séducteur.
Au final, ce petit recueil très sobrement, mais très agréablement illustré est un
régal à lire confortablement installé au creux de son fauteuil préféré, ou à le relire un soir d’orage. En effet, le talent de Bob Leman est tel que dans des récits aussi courts, il arrive à concentrer plusieurs niveaux de lecture.

Bienvenue à Sturkeyville
de Bob Leman
traduction de Nathalie Serval
Éditions
Scylla

Qui je suis

Fourni on ne sait trop pour quelle raison par Netgalley, Qui je suis de Mindy Mejia s’est retrouvé dans ma liste de lecture un soir d’insomnie. S’il est vendu comme un polar, ne vous laissez pas abuser. Ce récit a pour trame une tragédie ordinaire du Midwest américain.
Le lieu d’abord : une petite bourgade agricole à quelques heures de route de Minneapolis entourée de champs de maïs et de soja à perte de vue. Les personnages ensuite : la victime, Hattie, est une adolescente manipulatrice et mal dans sa peau qui cherche par tous les moyens à s’échapper de la ferme parentale ; l’enquêteur, Del, est un shérif désabusé marqué par la guerre du Vietnam et meilleur ami du père d’Hattie ; Peter, professeur d’anglais citadin et végétarien venu s’enterrer à la campagne par amour d’une femme qu’il ne reconnaît plus.
A partir de la découverte du corps, Mindy Mejia, sous couvert de raconter une histoire policière nous présente une galerie de portrait avec une succession d’aller et retour entre l’enquête actuelle et le passé récent.
Pour être franche, l’intrigue et sa résolution ne sont guère surprenantes. Un triangle amoureux, un drame de la jalousie et voilà une jeune fille morte poignardée au bord d’un lac. L’intérêt du livre de Mindy Mejia réside surtout dans la façon dont elle présente ses personnages sans particulièrement chercher à rendre sympathiques les plus déplorables, mais en conservant les nuances propres à chaque être humain. Ainsi, pour tout son talent et sa ressource, Hattie m’a juste fait l’effet d’une petite capricieuse et hypocrite qui a grandi sans se donner les moyens de ses ambitions. D’autres lecteurs pourront la trouver très attachante.
Il n’empêche que l’écriture de Mindy Mejia est un vrai piège. D’une page à l’autre de Qui je suis, l’on se laisse prendre au jeu et l’on cherche à comprendre qui a fait quoi jusqu’au dénouement final, étrangement très satisfaisant. Et pour une fois apaisant, car il ne laisse pas libre cours à un déchainement de violence vindicative.

Qui je suis
de Mindy Mejia
Traduction de Jean Esch
Éditions Mazarine