La Mort selon Turner

En général, quand je lis un polar, j’aime l’enquête. Explorer les bas-fonds de l’âme humaine oui, mais surtout décortiquer les mécanismes qui ont amené au crime et à sa résolution. Avec La Mort selon Turner de Tim Willocks c’est raté. Dès le début, tout le monde sait qui a tué, sauf étrangement le tueur lui-même. Et on sait presque comment l’histoire se finira.
Vendu comme un polar ou un thriller, La Mort selon Turner est en réalité un western moderne noir, âpre, dur et sec comme le désert sud-africain où il se déroule en grande partie. D’un côté nous avons Turner, un flic noir aux yeux verts du Cap amateur de tai chi et d’un sang-froid à toute épreuve. De l’autre, nous avons presque toute une petite ville minière perdue dans au milieu du Cap Nord sous la coupe de Margot Le Roux, la milliardaire propriétaire de la mine.
Un samedi soir dans un township du Cap, un jeune Afrikaner ivre écrase une jeune SDF noire et rentre chez lui. Une affaire banale sauf que Turner est le policier chargé de l’enquête sur cet homicide et qu’il ne veut pas le laisser impuni. Sauf que l’Afrikaner en question est Dirk Le Roux, le fils de Margot, promis à un brillant avenir comme avocat et qui ne peut donc se permettre d’avoir un casier judiciaire. Margot et son entourage (amant, policiers locaux, homme de main) vont s’appliquer à cacher la vérité à Dirk mais également à empêcher son arrestation. Resserré sur trois jours, l’affrontement entre Turner et Margot est sanglant et impitoyable. Toutes les corruptions, toutes les compromissions sont permises pourvu que chacun des duellistes obtienne la victoire et le prix qu’il ou elle y attache. Les cadavres pleuvent. La nature comme les hommes font preuve d’une violence rare. Même si, à leurs yeux, elle est toujours justifiée par l’amour de la justice, de la paix, de sa famille ou d’une femme. Chaque protagoniste est persuadé de son bon droit, quitte à dépasser – et de très loin – les limites de sa conscience et de sa décence. Le tout dans le contexte d’une Afrique du Sud post-apartheid où les divisions raciales n’ont pas disparu, mais où d’autres divisions de caste, de genre ou de classe sociale s’en mêlent et changent les rapports de force.
Attention, quand je compare La Mort selon Turner à un western, ce n’est pas la version gentillette du genre à la Danse avec les loups, mais bien la plus rude qui soit (Django Unchained de Quentin Tarentino, La Horde Sauvage, etc.). Si Tim Willocks vous embarque dès les premières pages et ne vous lâche plus jusqu’à la fin, certains passages vous demanderont d’avoir le cœur bien accroché, notamment pour savoir comment récupérer de l’eau en plein désert. Néanmoins, ce livre est magistralement écrit. À dévorer si vous aimez le genre, ou l’Afrique du Sud. Ou si vous voulez vous offrir une virée dans les tréfonds d’âmes humaines bien ordinaires mais sans concession.

La Mort selon Turner
de Tim Willocks
Traduction de Benjamin Legrand
Éditions
Sonatine