Le monde selon Garp

L’exemplaire a vécu : acheté neuf, il fut lu et relu tant de fois. Trop pour être comptées. L’histoire a quasiment le même âge que la lectrice. Et pourtant… Le monde selon Garp de John Irving fait partie de ces compagnons de vie que je relis régulièrement (et que visiblement je prête tout autant même si je n’en ai guère le souvenir).
Choisi à l’époque en raison de sa couverture intrigante, Le monde selon Garp servit de déclencheur pour découvrir peu à peu l’ensemble de l’œuvre de John Irving, mais également une porte d’entrée pour découvrir tout un pan de la littérature américaine qui fait toujours d’intéressants petits.
Mais alors, de quoi parle Le monde selon Garp ? De la vie de S.T. Garp (T.S.Garp en VO), américain né en Nouvelle-Angl
eterre en 1943 de sa conception particulière jusqu’à sa mort. Écrivain, lutteur, fils, père, mari, grande gueule : S.T. Garp endossera tous ces rôles et bien d’autres encore. Résumée ainsi, l’histoire pourrait sembler banale. Et pourtant le sens du baroque de John Irving va se révéler par le biais d’une galerie de personnages plus excentriques les uns que les autres et pourtant tellement réalistes. Que ceux-ci ne croisent que brièvement la vie de Garp, comme le trio de prostituées viennoises ou Mrs Ralph,  ou qu’ils y soient plus durablement comme sa mère Jenny Fields, leur amie commune Roberta ou la famille Steering Percy.
Que ce soit dans sa façon de raconter les petites situations du quotidien (la préparation d’une sauce tomate par exemple) ou de raconter les drames et les joies de son héros, John Irving arrive toujours à surprendre son lecteur de page en page et parfois de paragraphe en paragraphe. De plus dans Le monde selon Garp, il décrit un moment particulier de l’histoire américaine de la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 80, juste avant l’apparition du Sida, sans
pour autant tomber dans les clichés de la littérature de cette époque. Ainsi, John Irving ne parle pas de la guerre du Vietnam (et pour cause, l’auteur a fui la conscription en s’installant au Canada où il vit toujours actuellement) ni de la période hippie ou du maccarthysme. En revanche, de l’essor économique du pays et des choix de vie non conventionnels de Garp et de sa mère à la montée du féminisme et à ses différents courants, sans oublier les différentes facettes de la concupiscence, John Irving aborde de nombreux thèmes avec lucidité, franchise et toujours énormément d’empathie pour ses personnages, même pour ceux qui sont antipathiques comme Michael Milton. De plus, en entrecoupant son récit avec les écrits de la « plume » de son héros, il peut s’essayer à d’autres styles littéraires.
Le résultat est un joli pavé de près de 600 pages qui se dévore de la première à la dernière ligne quasiment d’une traite. Dans Le monde selon Garp, il faut avoir de l’énergie. Dans Le monde selon Garp, « nous sommes tous des Incurables ». En finissant Le monde selon Garp, même très tôt au petit matin après une nuit blanche, on en ressort heureux et plein d’amour pour l’humanité.

Le monde selon Garp
de
John Irving
Traduction de
Maurice Rambaud
Éditions
Points