Le Pacte des esclavagistes

Avant de commencer à parler du livre précisément, rappelons que Le Pacte des esclavagistes est d’abord paru aux Éditions de la Baleine dans la collection Macno, le pendant SF de sa collection Le Poulpe où plusieurs auteurs s’essayaient à écrire un polar avec des personnages récurrents prédéfinis et une certaine charte à suivre. Et pour compliquer le tout, Le Pacte des esclavagistes n’est pas le premier de la série, mais… le quatorzième. Donc si vous trouvez que certains concepts passent rapidement, c’est peut-être, car ils ont été évoqués et expliqués dans les romans précédents. Cette version a été remaniée, réactualisée et augmentée par rapport à l’édition originale de 2000 (que je n’ai pas lu), mais elle en garde les traces.
Pour qui connaît l’œuvre de Roland C. Wagner et en particulier Les Futurs mystères de Paris, Le Pacte des esclavagistes ne surprend pas : nous avons une IA autonome hantant ce qui reste du Net et n’en faisant qu’à sa tête,
une secte prônant la non-violence (ou presque) dont certains membres sont dotés de pouvoirs psy, des corporations transnationales qui ont largement remplacé les États, etc. Sauf que… Nous ne suivons pas une enquête d’un détective affublé d’un chapeau improbable. Le Pacte des esclavagistes est en effet un roman choral qui suit plusieurs lignes d’intrigues : celle de Yalmiz le ridicule, sociologue de son état qui cherche à en savoir plus sur le mouvement mysthiques qui se répand comme une traînée de poudre dans la population mondiale et annonce l’Ultime Communion, celle de Fred Russell, policier qui enquête sur la mort de gens s’étant intéressé d’un peu trop près à ces mysthiques, celle d’un nouveau venu dans la secte et celle, ailleurs, d’un magnat de la finance pervers et corrompu qui n’est pas sans rappeler un certain Donald T., ex-président des États-Unis. Évidemment, les différentes intrigues vont se rejoindre et le Macno qui donne son nom à la collection se mêler à cette histoire. Même s’il n’est pas mon préféré de Roland C. Wagner, ce roman se lit, comme toujours avec ses œuvres, tout seul. Si parfois certaines traîtrises se voient venir de loin, l’ensemble est très addictif et les rebondissements ne manquent pas. Il manque peut-être une touche d’humour à mon goût, mais je n’ai pas du tout regretté ma lecture. Bien au contraire…


Le Pacte des esclavagistes
de 
Rémy Gallart et Roland C. Wagner
Éditions
Les Moutons électriques

Avant 7 jours

Quand une autrice aussi fan de films d’horreur que moi écrit un roman reprenant nombre des classiques du genre, et y mêle des mythes celtes, je ne pouvais que me pencher sur l’ouvrage en question. Celui-ci, Avant 7 jours est donc le dernier livre de Nelly Chadour. Il vous propose un huis clos sur Unscilly, une petite île au large de l’Irlande. Là, la communauté qui s’y trouve se limite strictement à 999 membres (nourrissons et vieillards compris). Tout changement dans le nombre des habitants doit être rectifié par l’éviction ou l’ajout de nouveaux habitants en provenance « des grandes iles » dans un délai de sept jours sous peine d’une catastrophe… Laquelle ? Pour Siofra, Agnès, et les autres ados coincés sur l’île, le mystère reste entier. Cette catastrophe et les autres rituels que les adultes leur imposent comme passer la nuit de la Samain enfermés tous ensemble dans le gymnase, ne leur seront expliqués qu’à leur majorité, mais ils seront alors coincés sur l’île et forcés de prendre la relève de leurs parents. Quand la fille du Fossoyeur revient sur l’île, les forces en présence vont être déséquilibrées et les ados devront passer outre les mensonges et omissions des adultes pour garantir leurs propres survies.
Croisement improbable entre The Demon-Bear Saga de Chris Claremont et Bill Sienkiewicz et de n’importe quel film d’horreur mettant en scène une communauté religieuse refermée sur elle-même (comme Midsommar, Apostle ou The Wicker Man), Avant 7 jours est un pur livre fantastique. Raconté principalement du point de vue de Siofra, adolescente extrêmement émotive de 16 ans et souffre-douleur des autres gamins de l’île en raison — croit-elle — de son hypersensibilité, Avant 7 jours nous dévoile peu à peu les éléments surnaturels de l’île, jusqu’au crescendo final. Et à l’épilogue qui rebat les cartes et renverse finalement les points de vue sur le rôle des uns et des autres dans l’histoire. En « final girl », Siofra semble un choix totalement improbable au début du livre avec ses phobies et ses crises de larmes. Pourtant, au fil des pages (comme dans un bon film d’horreur), elle s’affirme. Et même si elle commet des erreurs et en découvre plus que prévu sur l’île, ses habitants et son propre passé, elle sera l’un des atouts majeurs pour la survie et l’élimination des monstres… J’avoue, j’ai eu du mal à m’attacher à elle au départ, lui préférant la punkette de service, Jodie. Mais à peu près à mi-parcours, l’intérêt pour les deux protagonistes s’est inversé. Et le livre s’est lu d’une traite, jusqu’à la dernière page. Qui, comme toute bonne œuvre d’horreur, laisse la porte ouverte à une suite…

Avant 7 jours
de
Nelly Chadour
Éditions
Les Moutons électriques