Boys of the Dead

Parlons manga, mais parlons d’un titre qui n’est pas tout public – loin de là – et qui est diffusé de manière originale, au compte-goutte. Si vous n’êtes pas allergique au splatterpunk de Poppy Z Brite ou de Clive Barker, si vous aimez les histoires troubles et un graphisme proche des comics, alors Boys of the Dead de Douji Tomita peut vous intéresser.
De quoi s’agit-il ? D’histoires d’amour –  ou de quelque chose qui s’en rapproche peu ou prou –  au fin fond des États-Unis ravagés par une apocalypse zombie. Le manga lui-même se présente comme une anthologie d
e courts récits mettant en scène des humains normaux et des « infectés » à un stade plus ou moins avancé. Malgré des appétits divergents et une montée de la violence, les protagonistes vont essayer d’aller au-delà de la simple survie, en laissant vivre également leurs sentiments. Et en se laissant guider par eux.
Petite particularité technique, ce manga n’est – pour l’instant – disponible qu’en numérique à raison d’un chapitre par mois vendu à l’unité pour moins d’un euro : le premier est sorti le 29 avril dernier, le second le 29 mai et il en restera trois autres pour compléter le manga.
N’étant pas plus amatrice que ça de « boys’ love » (comprenez, je n’en lis pour ainsi dire jamais, je laisse ce plaisir à mon amie Last Eve), j’ai été intriguée par l’aspect horreur de Boys of the Dead. Et de ce côté là, je fus servie. Cela semble aller crescendo d’un chapitre à l’autre pour l’instant. J’y suis restée, car le trait de Douji Tomita est particulièrement envoû
tant et que, malgré le malaise profond qu’elles suscitent (notamment le chapitre 1), les histoires laissent toujours une place à de multiples interprétations à travers leurs sous-entendus et leurs non-dits. Le tout propose une version assez rare du zombie, pas toujours si décérébré qu’il n’y paraît. Aurez-vous le cœur suffisamment bien accroché pour vous laisser séduire ?

Boys of the Dead
de 
Douji Tomita
traduction d’
Alexandre Fournier
Éditions A
kata

La glace et le sel

Que s’est-il passé du 5 juillet au 6 août 1897, à bord de Déméter faisant route de Varna à Whitby ? Si vous avez lu Dracula, vous savez qu’il s’agit du bateau chargé de transporter en Angleterre, le vampire et ses caisses de terres consacrées. Dans son roman, Bram Stoker n’en dit rien de plus qu’une coupure de journal parlant d’un bateau fantôme avec un mort au gouvernail. Dans La glace et le sel, José Luis Zárate nous fait le récit de cette traversée, de manière subjective en se mettant dans la peau tourmentée du capitaine.
Si vous attendez un récit d’action vampirique, passez votre chemin… Dracula lui-même n’est jamais nommé ni clairement montré. Même si La glace et le sel ne contredit à aucun moment le récit de Bram Stoker, nous sommes plus dans une nouvelle onirique où l’horreur et le fantastique s’insinuent peu à peu dans le récit. Celui-ci tient tout à la fois du journal de bord, du récit des rêves du capitaine et de ses pensées intimes, très intimes. En effet, José Luis Z
árate prend un parti pris : celui de présenter le vampire et ses actions comme lié aux désirs et aux pulsions coupables de ses victimes. Le capitaine, narrateur anonyme du récit contrairement à son équipage, se sent en effet coupable. Coupable d’avoir échappé à la mort plus jeune, alors que son jeune amant lorsque leur homosexualité a été découverte, s’est fait lynché, dépecé et enterré en terre impure. Coupable et rongé de désir pour ses hommes, dont il n’ose s’approcher pour tenir un rang qu’il n’est pas sûr de mériter. Coupable enfin d’avoir par ses hésitations et ses rêves qui n’en étaient peut-être pas conduit Dracula aux portes de l’Angleterre.
La glace et le sel est un court roman de 168 pages qui ne plaira pas, de par ses thématiques et son parti pris, à tous les amateurs de Dracula ou de récit vampirique. Il est pourtant intéressant. Et le mélange de descriptifs crus et de poésie, fait qu’une fois entamé, il est difficile de le lâcher avant la fin. À ne pas mettre entre toutes les mains, mais à découvrir…

La glace et le sel
De
José Luis Zárate
traduction de Sébastien Rutés
Éditions
Actes Sud
(confinement oblige, le livre est également disponible en numérique, mais avec DRM, si vous ne pouvez accéder à votre libraire ou bibliothécaire)