My Heart Is a Chainsaw

Depuis Galeux, Stephen Graham Jones est un auteur que je suis et qui ne m’a jamais déçu. Mélangeant discours social et horreur, son style pourtant purement américain parle à l’Européenne fan de films de genre que je suis. Autant dire que lorsque son dernier livre en date est vendu sur la couverture (enfin la page rouge derrière) comme « un hommage aux films d’horreur classique », il fallait que je me le procure.
Et donc My Heart Is a Chainsaw s’annonce comme le premier livre de la trilogie d’Indian Lake. Il pose d’entrée de jeu des bases familières à tout fan de Vendredi 13 : un lac perdu au milieu des bois, un ancien camp de vacances, une petite ville moribonde et un nouveau quartier en construction de l’autre côté du lac pour servir de résidence secondaire à des milliardaires. Très vite, les cadavres vont surgir. Dans un premier temps, ces crimes seront vus comme de simples accidents. Sauf pour Jennifer Daniels, dite Jade, paria de la ville et du lycée et fan absolue des films de slashers, qui veut croire que les événements de ses divertissements favoris se produisent chez elle, le dernier été de son enfance.
Comme dans Night of the Mannequins, Stephen Graham Jones écrit l’histoire du point de vue d’un de ses personnages, comme si nous étions au cœur d’un film d’horreur. Jusqu’au bout, Jade se voit comme l’une des acolytes de l’héroïne : elle est celle qui sait, qui veut avertir du danger, mais que personne ne croit comme Crazy Ralph dans Vendredi 13 ou le Dr Loomis dans le premier Halloween. Jusqu’à la dernière page, le doute règne sur son rôle véritable, mais également sur l’identité du (ou des ?) tueur.
En filigrane, comme souvent dans les très bons films d’horreur comme ceux de Georges Romero ou de Wes Craven (entre autres), Stephen Graham Jones donne un fondement sociétal à son récit. Ici, il s’incarne surtout dans le personnage de Jade, métisse suicidaire et laissée aux « bons soins » d’un père ivrogne et maltraitant tandis que le reste de la ville détourne le regard et ne s’en inquiète pas préférant la classer comme « ado à problèmes. » En revanche, l’auteur ne fait pas dans le pathos et, comme son héroïne qui s’évade de sa réalité glauque dans les films d’horreur, il nous en dit juste assez pour apporter du contexte sans nous faire tomber dans le voyeurisme malsain.
Plus qu’un énième récit d’horreur somme tout ultra-classique dans son déroulé et son dénouement, My Heart Is a Chainsaw est une histoire d’amour aux films d’horreur et à leurs différents rôles : formateurs, cathartiques, ludiques, etc. Comme Scream, premier du nom, démontait les mécanismes du film d’horreur tout en incarnant l’essence même des slashers, ce roman va s’appuyer sur tous les poncifs du genre pour les sublimer, les retourner et finir en une apothéose sanglante (le fameux troisième acte qui voit la « Final girl » vaincre le monstre) particulièrement jouissive.
Et, pour offrir des pauses à son lectorat, Stephen Graham Jones inclut entre les chapitres les essais que Jade envoie à son professeur d’histoire, véritables introductions aux bases des films d’horreur.
En résumé, si vous aimez l’horreur et le cinéma des années 80, ce livre est fait pour vous. À tel point que certaines ont même listé tous les films cités dedans, si vous voulez vous offrir quelques séquences de rattrapage. Et, bien qu’il soit le premier d’une trilogie, il se tient tout seul sans avoir l’impression d’un manque à la fin. Du coup, soyez rassurés et direction Indian Lake pour une bonne dose de frisson ! En attendant, je pars pré-réserver le tome 2 : Don’t Fear The Reaper.

My Heart Is a Chainsaw
de Stephen Graham Jones
Éditions
Saga Press