Boys of the Dead

Parlons manga, mais parlons d’un titre qui n’est pas tout public – loin de là – et qui est diffusé de manière originale, au compte-goutte. Si vous n’êtes pas allergique au splatterpunk de Poppy Z Brite ou de Clive Barker, si vous aimez les histoires troubles et un graphisme proche des comics, alors Boys of the Dead de Douji Tomita peut vous intéresser.
De quoi s’agit-il ? D’histoires d’amour –  ou de quelque chose qui s’en rapproche peu ou prou –  au fin fond des États-Unis ravagés par une apocalypse zombie. Le manga lui-même se présente comme une anthologie d
e courts récits mettant en scène des humains normaux et des « infectés » à un stade plus ou moins avancé. Malgré des appétits divergents et une montée de la violence, les protagonistes vont essayer d’aller au-delà de la simple survie, en laissant vivre également leurs sentiments. Et en se laissant guider par eux.
Petite particularité technique, ce manga n’est – pour l’instant – disponible qu’en numérique à raison d’un chapitre par mois vendu à l’unité pour moins d’un euro : le premier est sorti le 29 avril dernier, le second le 29 mai et il en restera trois autres pour compléter le manga.
N’étant pas plus amatrice que ça de « boys’ love » (comprenez, je n’en lis pour ainsi dire jamais, je laisse ce plaisir à mon amie Last Eve), j’ai été intriguée par l’aspect horreur de Boys of the Dead. Et de ce côté là, je fus servie. Cela semble aller crescendo d’un chapitre à l’autre pour l’instant. J’y suis restée, car le trait de Douji Tomita est particulièrement envoû
tant et que, malgré le malaise profond qu’elles suscitent (notamment le chapitre 1), les histoires laissent toujours une place à de multiples interprétations à travers leurs sous-entendus et leurs non-dits. Le tout propose une version assez rare du zombie, pas toujours si décérébré qu’il n’y paraît. Aurez-vous le cœur suffisamment bien accroché pour vous laisser séduire ?

Boys of the Dead
de 
Douji Tomita
traduction d’
Alexandre Fournier
Éditions A
kata

Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley

Parfois au détour d’une librairie, un accord particulier entre une couverture et un titre attire votre regard. Vous n’achetez pas ce jour-là le livre, mais il vous trotte dans un coin de la tête et vous le prenez à la visite suivante. En le regrettant à la lecture, ou pas. Pour Les douzes balles dans la peau de Samuel Hawley de Hannah Tinti, je ne regrette quasiment pas cet achat quasi impulsif. L’autrice m’était totalement inconnue, mais le titre m’intriguait et le résumé en 4e de couverture a fini de me convaincre. En voici un extrait : « Après des années de cavale, Samuel Hawley et sa fille Loo posent enfin leurs valises à Olympus, Massachusetts. Criminel repenti, Samuel compte désormais offrir à sa fille une vie normale. Mais les douze cicatrices sur le corps de son père ne cessent d’attiser la curiosité de Loo pour un passé qu’elle n’a pas connu, notamment la mort étrange de sa mère, peu après sa naissance. » Je vous fais grâce du reste légèrement erroné.
Le récit va se poursuivre à deux voix. D’une part on suit Loo durant toute son adolescence, enfin posée dans une maison bien à elle et essayant de se construire une vie normale dans un village côtier où pêcheurs et écologistes s’affrontent. D’autre part, au fil des balles sur le corps de son père, on remonte l’histoire de ce dernier de ses débuts dans la vie criminelle au moment présent où celle-ci le rattrape brutalement.
Comme le fil du récit, plusieurs genres s’entremêlent dans Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley. Il y a d’un côté l’entrée à l’âge adulte d’une enfant presque sauvage vivant de façon fusionnelle avec un père qu’elle connaît finalement très peu, de l’autre son enquête sur la vie de sa mère et les causes de sa mort, et enfin la découverte du passé de son père et de ses pérégrinations criminelles aux quatre coins des États-Unis. L’ensemble est loin d’être décousu. Dès les premières pages, le lecteur s’attache à ce père taiseux et à sa fille au caractère bien trempé.
Et le décalage entre la façon dont Samuel Hawley apparaît aux yeux de sa fille, et ce qu’il ressent et vit dans les chapitres où il est le personnage principal achève de le rendre encore plus intéressant. Au final, est-il une crapule, un homme qui a pris un mauvais chemin et tenté d’élever sa fille du mieux qu’il pouvait, ou un paumé en deuil depuis des années ? La fin ouverte ne vous propose aucune solution. Et je soupçonne que le verdict sur Samuel Hawley et sur l’avenir de Loo changera au fil des relectures. Car oui Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley est de ces livres qui méritent plus d’une lecture.

Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley
de Hannah Tinti
Traduction de Mona de Pracontal
Éditions Folio