Bob, textile futé

Vous êtes invité et vous n’avez pas envie d’apporter des fleurs, des chocolats ou une bouteille ? Vous organisez un Secret Santa avec des amis et vous n’avez pas d’idée ?  Offrez de quoi lire ! Et pourquoi pas une petite nouvelle au prix minuscule de 2 € comme Bob, textile futé de Luce Basseterre (qui figure également au sommaire d’une des anthologies de l’éditeur si votre budget cadeau est tout petit peu plus large) ? Ou tout simplement, faites-vous plaisir le temps d’un trajet en métro, bus, tram ou autre funiculaire ou vaporetto favori de par chez vous.
De quoi parle Bob, textile futé ? De l’alliance improbable entre un styliste féru de mode et de légèreté et d’un ingénieur aux dents longues. Les deux se sont associés autour du développement d’un nouveau prototype d’habillement, le fameux Bob du titre. Mais quand le cartésien décide d’exploiter dans le dos de l’artiste le produit de leur recherche commune, les choses tournent très mal dans les tours de la Défense et un bout de tissu ne sera pas de trop pour nettoyer tout ce sang.
La nouvelle étant extrêmement courte (27 pages !), je n’en dirais pas plus pour ne déflorer tout le sujet. Sachez simplement qu’ici, Luce Basseterre explore une thématique très loin des space opéra déjà chroniqués ici et , et beaucoup plus proche de notre réalité actuelle. Et que c’est agréable de voir une fois de plus une intelligence artificielle fictionnelle qui ne cherche pas à détruire ou asservir l’humanité, mais au contraire à en protéger certains éléments. Le tout étant écrit avec un style aussi léger que de la mousseline et précis comme de la dentelle. Un petit régal !

Bob, textile futé
de Luce Basseterre
Éditions 1115

Melmoth furieux

« Me prend soudain l’envie d’aller brûler Eurodisney. » Dès les premières pages de Melmoth furieux, Sabrina Calvo annonce la couleur. Ou plutôt l’un des tons de son roman, tour à tour rageur, fantasque, drôle, mélancolique, triste, doux, violent, rêveur, sarcastique… À moins que celui-ci ne soit une geste poétique écrite non en vers, mais en prose ?
Toujours est-il que ce livre nous raconte l’histoire de Fi, banlieusarde réfugiée dans la Commune de Belleville après que son frère se soit immolé par le feu lors de l’inauguration du parc d’attractions. Ce geste fut l’un des premiers d’une série aboutissant à la chute des différents gouvernements et au fait que Mickey et consorts tombent le masque.
Dans un monde à la fois proche du nôtre et très éloigné, sur la colline de Belleville, une poche de résistance lutte à coup d’idéal collectif, d’entraide, de jeux vidéo et de mode, de récupération et de sentiments. Dans cet endroit, Fi coud, aime et câline, mais, hantée par son frère, elle rêve de vengeance et de libération. Et se demande qui est Villon ? Comment lui et son canard à trois pattes sont-ils entrés dans sa vie ? Pourquoi ? Et peuvent-ils l’aider contre Melmoth ?
Laissez-vous porter par les mots et ne cherchez pas de linéarité dans ce récit : il n’y en a pas. L’œuvre est comme les tenues et les pensées de Fi : entremêlée et nouée jusqu’à la révélation finale. La protagoniste mélange les temps comme les tissus : son passé avec son frère dans une cité de banlieue, son présent dans un Belleville recrée à l’image de la Commune de 1871 entre peur et utopie joyeuse et un futur possible, celui de sa Croisade des enfants contre Eurodisney.
Alors que l’histoire se dévide, elle passe d’un réalisme fantaisiste au pur féérique en passant par la noirceur de certains assauts évoquant Strange Days. Il y a de la magie à l’œuvre dans ce texte, entretissé de références croisées et détournées, qu’elle soit détournée par des puissances mercantiles ou renouvelée et réemployée par Fi et les autres communards. L’histoire comme la mode ne sont-elles pas une éternelle réinvention du monde ?
Avec Melmoth furieux, laissez-vous surprendre dans les rues de la ville, casque sur les oreilles, à partager ses joies, ses luttes et ses peines tout en contemplant le plus beau panorama de Paris.

Melmoth furieux
de 
Sabrina Calvo
Éditions
La Volte