Snow, Glass, Apples

Et si dans Blanche-Neige, la Reine n’était pas si méchante ? Et si, au lieu de simplement haïr sa belle-fille en raison de sa beauté, elle tentait simplement de sauver son royaume d’un monstre cruel sous ses dehors innocents ? Loin de l’adaptation Disney enfantine du conte, avec Snow, Glass, Apples, Neil Gaiman et Colleen Doran reviennent aux sources de l’histoire pour en faire un récit érotico-gothique de toute beauté.
Dans Snow, Glass, Apples, avec ses cheveux noirs, sa peau blanche et ses lèvres rouge sang, Blanche-Neige devient une vampire mutique et perverse. La Reine, plus jeune que dans les dernières versions du conte, est une adolescente puis une jeune femme qui utilise ses talents de sorcières pour tenter de sauver son mari, puis le royaume qu’il lui a légué de cette créature.
En nous mettant à la place de la Reine, en nous faisant lire ses pensées, Neil Gaiman entretient jusqu’aux dernières pages le doute. Faut-il croire l’imagerie populaire ou la Reine a-t-elle raison de se méfier de sa belle-fille ? Les dessins de Collen Doran, inspirés l’Art déco et le travail de l’illustrateur et artiste verrier irlandais Harry Clarke, sont somptueux et valent le coup de revenir une nouvelle fois sur ce court roman graphique pour en admirer les images après en avoir lu le texte. Attention, ne le confiez pas aux plus jeunes, mêmes fans de la version de Blanche Neige telle que contée par les frères Grimm. En effet, même si les illustrations érotiques sont finalement assez pudiques dans leur genre, certains des thèmes suggérés peuvent être assez dérangeants pour de jeunes esprits. Gardez pour vous cette merveille, cela évitera en plus aux pages d’être abimées.

Snow, Glass, Apples
de Neil Gaiman (scénario) et Colleen Doran (illustration)
Éditions Dark Horse

Fables

L’annonce de la fermeture de sa collection Vertigo, destinée à un lectorat adulte, par DC m’a laissée songeuse… Même si j’ai découvert les comics avec Marvel, c’est Vertigo qui m’a fait découvrir que la BD américaine ne se limitait pas à des histoires de superhéros. J’y ai dévoré avec plaisir Sandman, Hellblazer et bien d’autres titres. Parmi eux, la série Fables de Bill Willingham, achevée en 2015. De plus ce titre combine deux autres éléments que j’apprécie énormément : les contes de fées et une bonne dose de sarcasme dans les dialogues entre les personnages.
En effet, dans Fables, les personnages de contes de fées (dont Blanche-Neige et le Grand Méchant Loup) ont été chassés des Royaumes enchantés par l’Adversaire et se sont sauvés dans notre dimension. Ceux qui ne peuvent passer pour humains (Colin, le dernier survivant des 3 petits cochons, Ma Mère L’Oye, etc.) sont condamnés à vivre dans des endroits
reculés loin des hommes (comme La Ferme en Nouvelle-Angleterre). Les autres s’adaptent tant bien que mal à la vie sur notre Terre. Le Grand Méchant Loup, Bigby pour les intimes, est devenu détective privé/shérif de la communauté des Fables (rassemblant tous ces personnages magiques), Cendrillon vend des chaussures et est une espionne redoutable, Raiponce passe tous les jours chez le coiffeur pour dompter sa crinière et le Prince Charmant use de ses talents de séduction sur l’aristocratie et la bourgeoisie locale pour maintenir son train de vie.
Mais tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Entre terroristes magiques, attaques de l’Adversaire ou autres
créatures maléfiques (comme la Baba Yaga), histoire de cœur, d’espionnage ou de crime, les 150 épisodes de Fables ne laissent pas le temps de s’ennuyer. J’ai juste trouvé la fin de la série un peu moins passionnante, surement parce que Bigby y est moins présent.
En gardant d’un bout à l’autre la main sur le scénario, Bill Willingham a donné une cohérence à sa série et garantit une évolution naturelle de ses personnages. Le ton est lui à l’image de Vertigo sans concession, mais avec une bonne dose d’humour, parfois désabusé. Certaines histoires, notamment les flash-back de Blanche-Neige face aux sept nains et ceux de Frau Totenkinder sont particulièrement éprouvants, d’autres sont nettement plus légè
res comme une grande partie des histoires mettant en scène Jack ou Flycatcher.
Toute la série est disponible en albums reliés, en version originale comme je l’ai lu ou en traduction. Il existe également de nombreuses séries dérivées qui ne sont pas toutes à la hauteur de l’originale.

Fables
Scénario de Bill Willingham
Dessins de Mark Buckingham, Lan Medina, Steve Leialoha et autres
Éditions DC