Les Détectives du Yorkshire — Rendez-vous avec le crime

Les premiers beaux jours arrivent, l’été est bientôt là, et l’envie de lectures légères est de retour. Ça tombe bien, NetGalley France propose un concours de lecture avec quelques titres légers. Si tous n’ont pas retenu mon attention, Les Détectives du Yorkshire – Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman m’a convaincue. Si vous aimez les histoires policières à la sauce british comme les Agatha Christie ou les aventures de l’inspecteur Barnaby, ce premier volume d’une nouvelle série policière est fait pour vous.
Ici, l’histoire se situe dans la campagne du Yorshire au nord de l’Angleterre. Hormis des fermiers, des moutons, les pubs et du rugby, il n’y a pas grand-chose de neuf à Bruncliff. Et pourtant, deux nouvelles agences viennent d’ouvrir : une agence matrimoniale et une agence de détective privé. Quand les clients de la première meurent peu à peu, la deuxième va devoir résoudre l’énigme. Ajoutez-y à ça des personnalités bien campées, à défaut de prénoms très fins comme Samson et Delilah pour les deux héros, et une bonne dose de loufoquerie dans les personnages secondaires.
L’ensemble fournit un roman assez court (300 pages), léger, mais loin d’être idiot. J’ai particulièrement apprécié de le voir situer dans un coin d’Angleterre souvent oublié des intrigues policières, ce n’est ni le Londres de Cormoran Strike, ni le sud de l’Angleterre cher à Agatha Christie et encore moins l’Écosse, pourtant propice aux auteurs policiers.

 

Les Détectives du Yorkshire tome 1 — Rendez-vous avec le crime
de Julia Chapman
Traduction de Dominique Haas
Éditions Robert Laffont – La Bête noire

Luna New Moon/Luna Wolf Moon

Même si ce sont deux livres indépendants, j’ai acheté Luna New Moon et Luna Wolf Moon d’Ian McDonald en même temps. Et ce fut une très bonne idée, vu le suspense sur lequel termine le premier. Une fois passé le premier quart d’exposition de Luna New Moon, le lecteur se retrouve pris dans l’action et avale le total de près de 700 pages sans même les voir passer.
Souvent présentés comme une version SF Hard de Games of Throne, Luna New Moon et Luna Wolf Moon tiennent plus d’une version spatiale de Dallas ou Dynastie si les aventures des Ewing ou des Carrington avaient eu droit à une diffusion sur le câble sans censure concernant la violence ou le sexe. La Lune est en effet devenue le territoire que se partagent cinq grandes familles qui détiennent également les cinq grandes compagnies industrielles du satellite. Le seul droit qui s’applique est le droit civil des contrats. Tout s’achète et se vend, y compris les quatre denrées indispensables que sont l’eau, l’air, le carbone et les données. Et tout se négocie, quitte à régler les conflits devant une chambre de compensation, voire dans un duel rituel au couteau entre avocats.
S’il y a des impératifs scientifiques qui sous-tendent l’intrigue, comme le fait de vivre dans un environnement confiné pour bannir les armes à feu ou la gravité moindre et ses conséquences sur la physiologie des Luniens de souche, la force de ces livres tient plus à la façon dont les différentes cultures d’origine des familles se sont retrouvées adaptées à la Lune et mêlées entre elles. Est-ce parce que Ian McDonald est britannique ? Pour une fois, nous avons un univers hautement technologique et spatial où ni les États-Unis ni le Japon n’ont un rôle de premier plan à jouer. À peine est-il mentionné qu’un des personnages secondaires est une « Norte », venue d’Amérique du Nord. Les cinq familles elles-mêmes sont d’origines brésilienne, australienne, chinoise, russe et ghanéenne. On retrouve ainsi des références à l’umbanda, religion syncrétique afro-brésilienne, au droit coranique des mariages (le nikah servant d’alliance entre les différentes grandes familles) et à la sous-culture gothique des années 80 et 90.
Loin d’être brouillon, le résultat est un feuilleton spatial dense et haletant, mais plutôt aisé à lire. Même si dans un premier temps, vous passerez beaucoup de temps à regarder à la fin du livre qui est qui par rapport à qui dans la liste des personnages.

Luna New Moon
Luna Wolf Moon
de Ian McDonalds
Éditions Gollancz

Un tombeau sur l’île rouge

Souvent un bon roman policier, en plus de proposer un puzzle criminel à résoudre, ouvre une tranche de vie dans les profondeurs de ses personnages. Dans Un tombeau sur l’île rouge, Jean Ely Chab réalise parfaitement ces deux objectifs, mais l’ensemble manque de liant à mon goût. Même si ce roman est une suite de La vallée du saphir, il peut se lire de façon indépendante. À quelques détails près, comme les origines de la rencontre entre Mamabé et Monza, les deux histoires sont indépendantes.
Ici, l’inspecteur Monza a pris de l’expérience, mais il est toujours aussi fougueux. D’une simple mission, rapporter un sac d’ossements au village d’où ils sont originaires, il va faire une enquête avec potentiellement des ramifications internationales. Au fur et à mesure de celle-ci, il croisera des personnages hauts en couleur aussi bien dans les villages de brousse des hauts plateaux qu’à la capitale, Antananarivo. Dans les couches populaires, voire les bas-fonds, comme dans la haute bourgeoisie.
La description des scènes quotidiennes (le dialogue chez le coiffeur du marché ou le passage avec Mamabé chez l’herboriste) et les portraits faits des différents personnages sonnent tous très juste. En revanche, l’ensemble manque de liant. Les errances de Monza au cours de son enquête, ou dans ses relations avec son père, sont certes très agréables à lire, mais bien peu compatibles avec une enquête policière. L’inspecteur semble plus tâtonner sans savoir où il va que prendre la vie comme elle vient à la manière d’un Jean-Baptise Adamsberg. Du coup, la solution finale de l’énigme laisse une impression d’insatisfaction. Loin d’être un gros trafic, tout partait d’une envie mesquine d’un seul homme. Dont les conséquences sont encore plus glaçantes quand on y pense.

Un tombeau sur l’île rouge
De Jean Ely Chab
Éditions du Masque (JC Lattès)

Les 2-en-1 surprises de Forbidden Planet

À l’occasion d’un voyage en Écosse, j’ai découvert une excellente pratique du Forbidden Planet local pour écouler ses stocks de comics et faire découvrir de nouveaux titres à ses clients. En effet, la boutique vendait ce jour-là des lots mystères pour 10 livres (alors que chacun valait au moment de sa sortie plutôt 15 livres). Cédant à la curiosité, j’en ai acheté un et me suis retrouvée avec deux romans graphiques que je ne connaissais pas. Dans deux genres particulièrement différents et constituants, chacun, une histoire complète qui peut soit donner envie d’en savoir plus et d’acheter d’autres livres dans la série, ou à défaut ne frustrera pas le lecteur avec une histoire incomplète alors qu’il n’aurait pas été assez accroché pour acheter la suite.

Sir Edward Grey Witchfinder – City of the Dead
Editions Dark Horse
Une nouvelle histoire de Mike Mignola dans l’univers de Hellboy ne pouvait que m’intéresser. D’autant
plus que ce coup-ci, Mike Mignola se contente de coécrire le scénario avec Chris Robinson. Et laisse la partie graphique à Ben Stenbeck et Michelle Madsen. Or si j’adore la mythologie et l’univers autour de Hellboy, je suis moins attirée par le trait de Mike Mignola. Ici, l’histoire change de continent (de l’Amérique à l’Europe) et de siècle (nous sommes dans l’Angleterre de la reine Victoria). Le personnage principal, Sir Edward Grey est une sorte de James Bond avant l’heure spécialisé dans le surnaturel. De façon tout à fait peu originale, il est confronté dans cette histoire à une épidémie de vampirisme frappant Londres. Celle-ci est plus proche de la série Penny Dreadful que du Dracula de Bram Stoker, mais derrière les monstres assoiffés de sang se cache une divinité ancienne sur le point de s’éveiller.
Bien construit et intrigant juste ce qu’il faut, malgré une histoire ultra-classique, cet album a bien rempli son office. Je ne me précipiterai pas pour ajouter ce titre à ma liste déjà trop longue de comics lus régulièrement, mais à l’occasion, je me relaisserais tenter.

SuperZero Volume 1
Editions Aftershock

Pour la deuxième surprise du paquet, je me suis retrouvée avec cette histoire écrite et dessinée par Amanda Conner et Jimmy Palmiotti. Et j’avoue que je suis mitigée. Rien à dire du côté des graphismes : ils ont ce qu’il faut de peps et de couleur pour cette histoire d’adolescente en mal de super-pouvoirs. L’idée de base est aussi plutôt bonne : Dru Dragowski qui lit peut-être un peu trop de BD pour son bien s’est mise en tête de devenir une superhéroïne pour sauver l’Humanité. Et elle va tester toutes les méthodes
possibles pour se doter de super-pouvoirs, quitte à mettre sa vie et celle de son entourage en péril. Pour qui connaît bien l’histoire des comics en général, le volume est truffé de clins d’oeil. Mais il a un je-ne-sais-quoi de trop peu. Les motivations de Dru sont quand même assez fumeuses, et les personnages au final ne sont pas si attachants que ça. Dans le genre, les premiers pas d’une adolescente au pays des super-héros, Ms Marvel ou Hit-Girl, deux titres très différents m’avaient plus intéressée. Pour SuperZero, je ne retenterais pas.

Fil rouge 2018 : Le Poids de son regard

En relisant mes choix thématiques pour le Fil rouge de ce mois de mai, j’avoue que je me suis posé une colle à moi-même. Ne lisant quasiment jamais de romances pures, aller trouver un texte parlant d’amour me semblait compliqué. Puis étant professionnellement plongée au milieu des vampires, je me suis souvenue d’un livre de Tim Powers qui m’avait profondément marquée : Le Poids de son regard. Relecture faite, il convient parfaitement dans cette thématique, dans le genre amour contrarié, amour non réciproque.
L’histoire commence de façon classique, comme La Vénus d’Ille, une nouvelle de Prosper Mérimée pour les plus anciens, comme le début de Noces funèbres pour les plus jeunes. Fin saoul à l’occasion de son enterrement de vie de garçon, Michael Cooper, docteur britannique de son état, passe l’anneau nuptial au doigt d’une statue de pierre dans le jardin. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’avec ce simple geste, il avait épousé une créature follement amoureuse, jalouse et terrifiante : une Nephilim. Cette humanité de silice datant d’avant l’avènement de l’humanité de carbone (la nôtre) est dotée d’immenses pouvoirs physiques et psychiques, mais elle a besoin du sang, de l’esprit et de l’âme de ses proies pour survivre et continuer à se mouvoir, sous peine d’être transformée en statut ou en montagne.
La Nephilim amoureuse va, après avoir massacré sauvagement la jeune épouse dans son lit de noce, poursuivre du poids de son regard Michael Cooper en Angleterre, en Suisse et en Italie. Chemin faisant, il croisera d’autres victimes de ces muses de pierres (certaines volontaires, d’autres involontaires comme lui : Percy et Mary Shelley, John Keats, John Polidori, Lord Byron et même François Villon… Au-delà de la simple aventure fantastique et horrifique consistant à se débarrasser de cette vampire, avec Le Poids de son regard, Tim Powers écrit une ode enfiévrée au romantisme anglais du 19e siècle, peuplé de sueur, de sang et de larmes, en incluant des éléments tragiques de la vie réelle des écrivains susmentionnés dans le récit. Et en y apportant une explication imaginaire : les nephilims qui se sont tous entichés d’eux-mêmes sont tellement jaloux que non seulement ils les tuent à petit feu en absorbant leur force vitale, mais ils s’attaquent à tous leurs proches : conjoints, amants, parents, enfants…
Avec Le Poids de son regard, Tim Powers alterne les passages d’action pure et les passages hallucinatoires où le narrateur est sous l’influence de sa lamie, sans oublier une description des bas-fonds des villes européennes et des drogués cherchant l’étreinte de ceux ayant un peu de sang nephilim à n’importe quel prix. L’amour, thème du mois dans notre Fil rouge, est dépeint dans de multiples facettes : il est tantôt la pulsion qui pousse les nephilims et leur arme la plus efficace, ou dans sa composante familiale (l’amour qu’un parent porte à son enfant et vice-versa) leurs plus grandes faiblesses. En menaçant les liens du sang entre les protagonistes de carbone, les créatures de silice précipitent leurs pertes. À noter que l’auteur a écrit une suite en 2012, Parmi les tombes, parue chez Bragelonne. Est-ce le changement de traducteur ? Ou plus surement le fait que l’auteur n’était plus si inspiré par cette période ? Le deuxième livre se lit plutôt bien, mais il est loin d’avoir la puissance évocatrice du premier.

Le Poids de son regard
Tim Powers
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Editions Bragelonne
(lu personnellement chez J’ai lu SF, avec cette magnifique couverture de Caza choisie en illustration)

Head On

Bien qu’adorant l’œuvre de John Scalzi depuis longtemps, la sortie de Lock In en 2014 avait été une révélation. Autant vous dire que quand la suite, Head On, était annoncée, je l’ai précommandée immédiatement. Et je l’ai dévoré en moins de 24 heures, encore une fois happée par le style clair de John Scalzi.
Nous sommes dans le même futur proche que dans Lock In. Plus exactement, nous sommes un an après les événements du premier livre. Le personnage principal, Chris Shane, et sa partenaire, l’agent Vann sont toujours membres du FBI et affectés aux affaires touchant les Halden. Ces derniers, dont Chris Shane, sont des malades atteints d’une variante du locked-in syndrome. Ils ont accès à la fois à un monde virtuel dédié, et au monde physique à l’aide d’androïdes où ils peuvent télécharger leurs consciences. Ces malades sont encore une fois au cœur de l’histoire. Il s’agit de comprendre pourquoi Duane Chapman est mort en pleine partie de Hilketa alors qu’il allait être décapité pour la troisième fois et servir de ballon pour son équipe.
Comme d’habitude, l’action de Head On est très rapide et ne manque pas d’humour. John Scalzi y ajoute un regard critique sur le monde sportif professionnel et ses dérives, tant en matière médico-financière qu’en matière de racisme glorifié vis-à-vis des joueurs. Il s’interroge également sur la prise en charge des malades de longue durée dans un pays où la protection sociale ne va pas de soi. Notons qu’outre les conséquences pour les malades et leurs familles, ce sont également les conséquences pour l’ensemble de la société qui sont abordées. Que vont devenir les aides-soignants des Halden, si ceux-ci ne peuvent plus les payer ? À quoi ressemblerait une société où chacun peut changer de corps suivant ses besoins ? Et surtout, un chat peut-il reconnaître son humain si celui-ci se balade d’androïde en androïde ? En 332 pages, John Scalzi aborde tous ces points au détour d’une intrigue policière bien sanglante et alambiquée comme il faut. Chapeau bas !

Head On
de John Scalzi
Éditions Tor

Peril in the Old Country

Voici encore un texte étrange déniché via NetGalley. Si vous aimez Kafka, l’absurde et vous demandez à chaque instant où cette histoire va vous mener, Peril in the Old Country de Sam Hooker est fait pour vous. Si vous aimez des aventures de fantasy plus construites, avec un vrai héros partant — à contrecœur ou non — dans une quête claire et avec une fin heureuse, en revanche passez votre chemin.
Sloot Peril est un comptable tout ce qu’il y a de plus ordinaire et de plus étriqué dans la Old Country. Pusillanime, respectueux du règlement à la virgule de la note de bas de page près, froussard, il n’a absolument rien de ce qui pourrait constituer le héros d’un récit d’aventures. Ni même à vrai dire un personnage non-joueur avec une ligne de dialogue ou du dans n’importe quel Livre dont vous êtes le héros. Et pourtant c’est le personnage principal de Peril in the Old Country. Du jour où il apprend que sa mère est un agent dormant de Carpathia, l’ennemi héréditaire de Old Country, et où il doit reprendre son rôle au pied levé, tout va aller de mal en pis. De son petit travail routinier d’employé de bureau modèle à financier personnel d’un plus si jeune lord aussi stupide que fantasque, de la Old Country de toujours aux terres lointaines de l’autre côté du mur peuplées de berserkers, de fantômes, mais curieusement sans gobelins… D’un ennemi connu à un amour malencontreusement affublé d’un philosophe mort en colocataire neuronal, en passant par une société secrète maléfique, le pauvre Sloot va en voir des vertes et des pas mures et devenir espion, agent double, triple et peut être quadruple avant la fin du livre, sans jamais avoir eu de réelle formation en plus !
En tant que lectrice, contrairement à mes habitudes, je n’ai pas lu ce livre facilement. Non qu’il ne soit pas totalement loufoque ou intéressant, bien au contraire. J’ai trouvé l’humour de Sam Hooker très insistant par moment, et le style forçant beaucoup trop dans le genre vieille Europe du 19e siècle alors que le livre a été écrit au 21e siècle par un Américain. Peut être aussi parce que si j’aime l’absurde, le dosage de Peril in the Old Country est un peu trop fort pour moi. Je ne l’ai pas pour autant abandonné, car malgré tous ses défauts, le personnage est attachant, et les personnages secondaires (avec une mention particulière pour Greta, Ms Knife et Vlad pour ma part) savent aussi piquer la curiosité. Surtout nous sommes dans un roman de dark fantasy, vous ne saurez jamais qui va mourir ni de quelle manière…

Peril in the Old Country
de Sam Hooker
Éditions Black Spot Books

Smoke gets in your eyes

Sur un blog consacré aux livres et à la littérature de genre, si je vous parle de mort, vous allez penser : mort violente dans un thriller, mort accidentelle dans l’espace ou aux griffes d’une horrible créature ? Avec Smoke gets in your eyes de Caitlin Doughty, vous n’y êtes pas du tout. Les morts que vous croiserez sont d’origine diverse (maladie, vieillesse, accident, suicide…) et se passent toujours avant l’arrivée des personnages concernés dans les pages.
En effet Smoke gets in your eyes (and other lessons from the crematorium) n’est pas un roman, mais le récit des premières années de Caitlin Doughty dans l’industrie funéraire. D’anecdotes tendres, tragiques ou comiques en précisions sur la façon dont les différentes cultures humaines abordent la Mort, Caitlin Doughty nous livre son propre point de vue. Elle plaide plus particulièrement pour que la Mort ne soit plus totalement évincée de notre quotidien. Au contraire, selon elle, si les gens affrontent leurs peurs et s’organisent pour leurs futurs trépas, si des rituels refont leurs apparitions pour aider les proches à faire leurs deuils, la Mort sera mieux acceptée et la Vie sera à nouveau pleinement vécue.
Malgré sa thématique, ce livre est tout sauf morbide. Au travers des morts et des vivants que l’on croise. Smoke gets in the eyes est un hymne à la vie et à la race humaine. Une Danse macabre bien joyeuse en quelque sorte.

Smoke gets in the eyes
de Caitlin Doughty
Éditions Cannongate

Qui je suis

Fourni on ne sait trop pour quelle raison par Netgalley, Qui je suis de Mindy Mejia s’est retrouvé dans ma liste de lecture un soir d’insomnie. S’il est vendu comme un polar, ne vous laissez pas abuser. Ce récit a pour trame une tragédie ordinaire du Midwest américain.
Le lieu d’abord : une petite bourgade agricole à quelques heures de route de Minneapolis entourée de champs de maïs et de soja à perte de vue. Les personnages ensuite : la victime, Hattie, est une adolescente manipulatrice et mal dans sa peau qui cherche par tous les moyens à s’échapper de la ferme parentale ; l’enquêteur, Del, est un shérif désabusé marqué par la guerre du Vietnam et meilleur ami du père d’Hattie ; Peter, professeur d’anglais citadin et végétarien venu s’enterrer à la campagne par amour d’une femme qu’il ne reconnaît plus.
A partir de la découverte du corps, Mindy Mejia, sous couvert de raconter une histoire policière nous présente une galerie de portrait avec une succession d’aller et retour entre l’enquête actuelle et le passé récent.
Pour être franche, l’intrigue et sa résolution ne sont guère surprenantes. Un triangle amoureux, un drame de la jalousie et voilà une jeune fille morte poignardée au bord d’un lac. L’intérêt du livre de Mindy Mejia réside surtout dans la façon dont elle présente ses personnages sans particulièrement chercher à rendre sympathiques les plus déplorables, mais en conservant les nuances propres à chaque être humain. Ainsi, pour tout son talent et sa ressource, Hattie m’a juste fait l’effet d’une petite capricieuse et hypocrite qui a grandi sans se donner les moyens de ses ambitions. D’autres lecteurs pourront la trouver très attachante.
Il n’empêche que l’écriture de Mindy Mejia est un vrai piège. D’une page à l’autre de Qui je suis, l’on se laisse prendre au jeu et l’on cherche à comprendre qui a fait quoi jusqu’au dénouement final, étrangement très satisfaisant. Et pour une fois apaisant, car il ne laisse pas libre cours à un déchainement de violence vindicative.

Qui je suis
de Mindy Mejia
Traduction de Jean Esch
Éditions Mazarine

InCarnatis – Le retour d’Ethelior

Le livre ne se limite plus au format papier ou au fichier numérique simple. Au-delà des différentes expérimentations croisées dans ma vie professionnelle, j’ai voulu tester sur un plan plus personnel la chose. En tant que lectrice, le livre augmenté va-t-il me séduire ? C’est chose faite avec InCarnatis – La Vénus d’Emerae et son premier tome Le Retour d’Ethelior de Marc Frachet.
Sur le fond, il s’agit d’un roman de science-fiction post-apocalyptique assez original, tant par la cause de l’apocalypse que par ses conséquences. Et, fait rare en 2018, garanti sans zombie ! Le style d’écriture m’a fait penser à certains romans francophones parus dans les années 80/90 dans la collection Anticipation. J’aurais apprécié un peu plus de profondeur dans les personnages secondaires et peut-être un peu moins de manichéisme. Et j’avoue avoir été très frustrée par la fin abrupte de cette première partie. L’histoire se met à peine en place et l’on rentre enfin dans le vif du sujet quand… « la suite au prochain numéro. » Les concepts présentés sont néanmoins suffisamment intrigants pour donner envie de lire cette fameuse suite.
Sur la forme, j’ai utilisé l’application maison fournie gratuitement pour lire sur mon smartphone le contenu multimédia. Chez soi et en plein jour, cela fonctionne très bien. Il suffit de scanner le QR code et l’image apparaît ou l’animation sonore se lance. L’écoute peut se faire en même temps que la lecture du texte se poursuit sans que cela pose problème. Même les séquences radio passent bien et les informations reçues par ce biais ne m’ont pas gênée pour comprendre ce que je lisais ou vice-versa. En revanche, de nuit ou dans les transports en commune, cela manque vraiment de discrétion. Certes vous pouvez ajouter un casque à votre smartphone, mais personnellement j’ai préféré m’en passer : casque, smartphone et bouquin, ça commence à faire beaucoup en équipement à mon goût ! Et la qualité médiocre du réseau mobile de la RATP interdit tout simplement toute connexion Web dans le métro pour récupérer les éléments. Dans ces cas-là, je me suis contentée de la lecture simple, en cochant les pages avec QR Code pour y revenir plus tard.
Fond et forme réunis, cette expérience fut agréable. Est-ce que je lirais d’autres livres augmentés, hormis les tomes 2 et 3 de InCarnatis – La Vénus d’Emerae ? Pourquoi pas, si les médias sont justifiés et apportent un complément à l’histoire sans freiner la lecture ? Mais ils ne remplaceront pas de sitôt mes autres formes de lectures. Ils n’en ont pas l’ambition d’ailleurs.

Incarnatis – La Vénus d’Emerae
T.1 Le retour d’Ethelior
de Marc Frachet
Éditions ACCI Entertainment