Le dragon sous la mer

Il est des livres que vous n’avez pas lus depuis longtemps, et soudain, mentionnés au détour d’une conversation, ils vous reviennent en mémoire. Le Dragon sous la mer de Frank Herbert est de ceux-là. Tout d’abord, parce que ledit Frank Herbert, ainsi que les couvertures de Wotjek Siudmak pour la collection Pocket Science-Fiction, est depuis les années 80 à l’origine de mon amour invétéré pour la science-fiction et les voyages qu’elle propose. Ensuite parce la thématique choisie, bien que n’étant pas ma favorite – un huis clos militaire entre quatre personnes dans un sous-marin, m’avait marqué adolescente lors de la première lecture, et me reparle régulièrement au point de me pousser à le relire. Une fois n’est pas coutume, quand vous lirez ces lignes, moi je serais plongée sous l’océan en compagnie de « Long John » Ramsey et de ses coéquipiers.
De quoi parle ce livre ? Étonnamment ce n’est quasiment pas un récit de science-fiction. Le seul point de départ est une dystopie où au 21e siècle, les États-Unis sont en guerre et utilisent des sous-marins pour vider les puits de pétrole de l’ennemi (qui n’est jamais nommé). Soupçonnant que celui-ci se défend en induisant des psychoses artificielles au sein des équipages, la Marine décide d’embarquer l’inventeur d’un appareil destiné à déjouer celles-ci. Et si tout simplement l’enfermement et le milieu marin ne faisaient que ramener les hommes à un état prénatal et que ce « reboot » était à l’origine de la perte des vaisseaux différents ? Premier roman de Frank Herbert, le récit souffre parfois d’une certaine sécheresse et de transition un peu trop rude. Il est dense. Les 252 pages de mon édition se lisent très rapidement (peu ou prou deux heures à mon rythme de relecture), comme pour tout bon thriller qui se respecte. Les amateurs de Tom Clancy ou de Philip Kerr apprécieront, malgré l’étiquette science-fiction. Et certains thèmes incontournables dans l’œuvre de Frank Herbert — la place respective de la religion et de la science, l’école jungienne de psychanalyse et son concept d’inconscient collectif — sont déjà présents au cœur de ce récit. À découvrir ou à redécouvrir…

Anastème : l’aventure continue

Vous vous souvenez d’Anastème — Révolution, un roman en cours d’écriture financé par le crowdfunding ? L’aventure s’est prolongée en août par l’écriture d’un récit complémentaire — Fragments d’Anastème — diffusé lui aussi par épisodes, mais sur le site Actualitté. L’ensemble de ces épisodes est désormais rassemblé dans un document PDF disponible ici.
Il s’agit d’un texte complémentaire qui ne suit pas les personnages principaux de la saga lisible via Tipeee. En revanche, qui sait ? Puisque l’histoire s’étoffe très vite, si le succès continue, nous verrons peut-être un jour une version papier des aventures de la famille Lumen, avec en addendum un collector des histoires secondaires ?

Les Histoires de Franz

Avez-vous un ou des auteurs qui vous font acheter leurs livres sans même regarder le résumé en couverture sachant que vous ne serez pas déçu ? Personnellement j’en ai plusieurs, et le plus souvent ces auteurs comme John Irving ou Fred Vargas sont souvent synonymes de temps de sommeil écourté tant j’ai du mal à lâcher leurs univers. Martin Winckler fait parti des élus, depuis que je suis tombée par hasard sur La Maladie de Sachs. Autant vous dire que le dernier en date, Les Histoires de Franz, aussitôt aperçu en vitrine d’une de mes librairies fétiches s’est retrouvé tout en haut de ma pile à lire (grâce à un cadeau d’anniversaire tardif).
Ce nouveau roman est la suite d’Abraham et Fils et reprend les mêmes personnages : Abraham, le père médecin rapatrié venu d’Algérie reprendre un cabinet dans la Beauce, Franz son fils, Claire sa deuxième épouse et Luciane, la fille de cette dernière. Et là où le premier roman décrivait l’installation du père et du fils au milieu des années soixante dans une petite ville de province, le deuxième s’intéresse plus particulièrement à l’adolescence du fils à la fin de cette même décennie, avec les changements radicaux entre la période pré-Mai 68 et la bourrasque de liberté post-Mai 68 qui retombera bien assez vite.
La construction du roman est particulièrement intéressante : il s’agit d’un dossier d’inscription envoyé par Franz à un mystérieux organisme (dont nous ne saurons de quoi il s’agit qu’à la fin). Retranscrivant ses journaux intimes, des extraits de ses fictions, ou les lettres de recommandation adressées par ses proches, le portrait de Franz et de sa famille se dresse par touches impressionnistes, même si certaines scènes sont plus chargées en action et en émotion. La seule chose qui ne m’a pas semblé indispensable sont les passages contés par la maison elle-même. La touche de fantastique qu’elle apporte semble un peu hors de propos par rapport au reste du récit, tant par la forme que par le fond.
Notons qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu Abraham et Fils pour apprécier Les Histoires de Franz. Avec les mêmes personnages et se suivant chronologiquement, les récits restent largement indépendants l’un de l’autre et les quelques références sont expliquées directement sans accrocs. Vous pouvez même lire le premier après Les Histoires de Franz si ce dernier vous a plu. Ou le relire en attendant le troisième volume des aventures de Franz Fargas. Changement de continent, changement de décennie, j’ai déjà hâte de connaître la suite.

Les Histoires de Franz de Martin Winckler
Éditions P.O.L

Urban Enemies

Si la fantasy classique n’est, à quelques exceptions près, pas mon genre de prédilection, j’ai un faible pour les romans d’urban fantasy, en particulier ceux qui mêlent le genre policier et des éléments fantastiques. En revanche, j’ai une profonde détestation pour la bit-lit où la romance prend le pas sur le reste de l’action. Hélas, la bit-lit tend à prendre de plus en plus de place dans les rayons. Comment faire son choix alors ? En mettant le nez dans une anthologie récente, comme Urban Enemies. Choisie parce qu’elle s’ouvre sur un texte de Jim Butcher dans l’univers de ses Dresden Files, celle-ci comprend 17 nouvelles. Toutes s’inscrivent dans des univers plus vastes de sagas d’urban fantasy déjà existantes, et toutes ont pour particularité de prendre des antagonistes et non les héros principaux (ou secondaires) de ces univers.

L’avantage est donc d’avoir des histoires à lire sans accroc, même si l’on ne connaît pas les univers d’origine, et d’avoir une bonne mise en bouche pour faire son choix sur les sagas à lire ou non. Ainsi, même si toutes se lisent très bien et savent accrocher le lecteur, cette sélection m’a permis de faire mon choix. Ainsi The Hellhound Chronicles de Caitlinn Kittredge, Black Magic Outlaw de Domino Finn ou Jill Kismet de Lilith Saintcrow pourront faire partir de mes lectures. Le texte dans l’univers de InCryptid m’a suffisamment intriguée pour que je me penche un peu plus sur l’œuvre de Seanan McGuire et son univers rappelant la série TV Sanctuary. En revanche, l’univers trop « macho » de Lawson Vampire de Jon F Merz, celui trop lu et relu des Horngate Witches de Diana Pharaoh Francis et celui de Kelley Amstrong m’ont laissée de marbre. Outre quelques heures de détente, cette anthologie a donc brillamment rempli sa mission.

Urban Enemies édité par Joseph Nassise
Éditions Gallery Books

La tour de Babylone

Lorsque j’ai vu au cinéma Arrival (Premier contact), j’ai été bluffée par ce film qui a généré pas mal de réflexions et d’échange philosophiques entre amis après sa sortie. Du coup, j’ai voulu lire l’histoire à l’origine du film. Celle-ci, L’Histoire de ta vie, est une nouvelle de Ted Chiang, qui figure dans le recueil La Tour de Babylone rassemblant la moitié de la production fictionnelle de l’auteur.
Après avoir vu le film, L’Histoire de ta vie ne m’a pas surprise par rapport à son contenu, même si Denis Villeneuve, le réalisateur, et Éric Heisserer, le scénariste, l’ont passablement modifié pour avoir assez de contenu pour un long-métrage. J’ai en revanche apprécié le fait que chaque vaisseau avait un message différent, et la fin plus claire que le film.
Mais personne n’achète un livre que pour lire une nouvelle, non ? Et non, et c’est tant mieux. Même si elles sont très différentes les unes des autres, les huit nouvelles de ce recueil sont de petits bijoux. Si vous aimez l’action, passez votre chemin. Ted Chiang est plus un adepte de l’anticipation contemplative et philosophique, sans pour autant que le lecteur ne s’ennuie d’une page à l’autre. En revanche, si bousculer un peu vos idées préconçues ne vous dérange pas, ce recueil est parfait. Hormis Comprends que j’ai trouvée bien trop longue pour arriver au final, les différentes nouvelles ont toutes un style très différent. Elles se lisent très facilement, mais chacune d’elles ouvre la porte à la réflexion. À court terme juste après en avoir fini la lecture, ou des mois plus tard, au détour d’une conversation ou d’une autre lecture.

La Tour de Babylone de Ted Chiang
Traduction de Pierre-Paul Durastandi et Jean-Pierre Pugi
Éditions Folio SF

En cadeau, la bande-annonce du film :

Le Paris des Merveilles – Les enchantements d’Ambremer

De Pierre Pevel, j’avais lu le tome premier du Haut-Royaume et celui des Lames du Cardinal. Le style était assez clair et enlevé pour m’emmener jusqu’au bout des livres, mais mon peu d’intérêt pour ces histoires de fantasy sommes toute très convenues ne m’avait pas donné envie d’aller plus loin. Or, si je ne suis pas une grande amatrice de fantasy dite « classique », j’ai un très très gros faible pour la littérature steampunk et la fantasy humoristique. Profitant d’une des GrosseOP de Bragelonne, j’ai donc pris le tome 1 du cycle Le Paris des Merveilles en promotion à 0,99 €.

Et là, Pierre Pevel s’est révélé beaucoup plus intéressant à mes yeux que lors de mes précédentes tentatives. Certes je n’y retrouve pas l’ironie, les bons mots ou l’inventivité dont fit preuve Terry Pratchett dans sa saga Discworld, mais j’ai dévoré ce court roman en quelques heures d’insomnie avec grand plaisir. Pour une fois qu’un roman steampunk ne se passe pas à Londres ni à la toute fin du 19e siècle, cela change !

J’ai particulièrement aimé la création de créatures originales comme les chats-ailés ou les arbres parlant, ainsi que certains clin d’œil comme l’apparition de la fine équipe des Brigades du Tigre en précurseur de la police scientifique. L’histoire, à la différence du souvenir que j’avais gardé des deux autres livres, est également moins prévisible (sauf la fin) , tout en progressant assez rapidement.

Pour autant, certains détails m’ont agacée, comme le fait que le narrateur parle directement à son lecteur pour lui faire remarquer tel ou tel détail de son récit. Frédéric Dard était certes coutumier du fait, dans ses San-Antonio, mais comme il le faisait en tant que Commissaire San-Antonio racontant ses aventures avec toute l’exagération liée à son caractère, ces écarts ne sortaient pas le lecteur du récit en cours. Ici ce ne sont ni Griffont, ni Isabel de Saint-Gil ni aucun autre des personnages qui écrivent après coup les aventures. Ces interventions arrivent comme un cheveu sur la soupe. La fin semble aussi très vite amenée et emballée. Du coup, dans l’édition de Bragelonne (je ne sais si cela était déjà le cas dans l’édition originale), on se retrouve avec une courte nouvelle liée à l’univers de Jules Verne. Certes la nouvelle est plaisante, mais j’aurais préféré une fin un poil plus longue pour être moins bâclée.
Du coup, vais-je lire les deux autres tomes ? Oui, certainement si Bragelonne les ajoute à sa prochaine GrosseOP, ou si je les trouvent à l’occasion. Mais je ne précipiterai pas pour aller les commander de suite chez mon libraire.

Le Paris des Merveilles – Les enchantements d’Ambremer
de Pierre Pevel
Éditions Bragelonne

Le cinéma d’horreur

Il n’y a pas que la fiction dans la vie. Ni que les livres comme loisir. Il y a aussi le cinéma. Et de beaux ouvrages qui en parlent, comme Le cinéma d’horreur, une anthologie de ce « mauvais genre » sur grand écran. Partant des tout premiers films d’épouvante, comme le Frankestein de 15 minutes tournés par les studios Edison jusqu’aux œuvres plus récentes, il s’interroge sur notre fascination pour le gore, l’épouvante et le frisson sur grand et sur petits écrans. Non content de dresser un panorama historique, ce livre divise en plusieurs catégories suivant la nature du monstre à affronter : tueurs psychopathes, cannibales, mère Nature, extra-terrestres, morts-vivants, fantômes, démons, sectes, vampires et loups-garous, et pour finir les monstres au féminin. Même si certains des films cités se retrouvent du coup dans différentes catégories, l’ensemble est particulièrement intéressant si vous aimez frissonner sur grand écran, et ce quelque soit votre genre d’horreur préférée (slashers, monstres classiques, hantises ou autres possession). Et richement illustré avec des photographies, y compris des scènes de tournages, issues des archives de David Del Valle. Savoir que les Gremlins ne sont que des vulgaires marionnettes comme le Muppet Show, retire beaucoup de l’aspect effrayant à ces animaux domestiques devenus fous.
En revanche, j’ai quelques reproches à faire au livre. D’une part, il ne tient pas du tout compte de la production francophone, hormis une brève mention d’Alexandre Aja. Ce qui est dommage car le film de genre, l’horreur y comprise est l’un des points forts du cinéma français (que pourtant j’apprécie peu), comme le prouve tout récemment Grave. D’autre part, certaines illustrations auraient gagné à être mises en tête ou en fin de chapitre, et non pas au milieu entre deux paragraphes. Quand pour suivre le texte, il faut survoler deux, quatre ou six pages de photos aussi intéressantes soit-elles, on n’y revient pas toujours. Enfin, et là c’est plus un aspect purement esthétique : le papier noir glacé est souvent une mauvaise idée. À moins de lire ce livre avec des gants, vous y laisserez forcément vos empreintes d’une page à l’autre… Pratique pour un détective, dérangeant pour le propriétaire d’un beau livre d’images comme celui-ci…

Le cinéma d’horreur de Jonathan Penner et Steven Jay Schneider
Traduction de Arnaud Briand, France Varry et Anne Le Bot
Éditions Taschen

Retour de vacances, vite lu

Toutes les pages parcourues cet été ne se sont pas retrouvées — jusqu’à présent — en chronique sur ce site. Pourquoi ? Parce que comme les deux dictionnaires d’argot dénichés chez mon bouquiniste chéri ou comme La Cuisine Romaine Antique de Brigitte Leprêtre, elles ne s’y prêtent pas. Ce sont des ouvrages qui sont destinés à être des livres de référence pour un usage pratique, peut-être professionnel ou culinaire. Et pour les autres ? Simplement par manque de temps ou d’intérêt particulier pour les livres en question. Voici donc quelques titres auxquels vous avez échappé :
– Si Signore de San-Antonio : Un San-Antonio classique des années 70. Drôle et enlevé comme d’habitude, mais rien de très remarquable dans l’innovation du genre. Lu et acheté pour compléter ma collection, mais il ne figure pas en place pour les meilleurs.
– Les Magiciens de James E. Gunn : présenté par l’éditeur comme l’une des toutes premières œuvres de fantasy urbaine, c’est certainement l’une des plus ennuyeuses. Bourrée de cliché concernant les détectives privés, les sorciers blancs ou noirs, elle également d’un ton misogyne qui convenait peut-être à la fin du XIXe siècle/début XXe quand Déjah Thoris passait pour une égérie féministe, mais passe mal pour un texte écrit en 1976. Résultat ? Sur 191 pages de texte, je me suis arrêtée à la 105e et je ne sais quand je continuerai. Si je continue.
– Enquête sur les plantes magiques de Michèle Bilimoff. Ouvrage intéressant sur la façon dont les plantes sont mêlées à la magie européenne (de l’Antiquité à l’époque actuelle). Il est en revanche très court, et du coup passe rapidement sur certaines notions où l’on aimerait s’attarder plus. Dommage, car l’autrice traite le sujet de façon scientifique sans a priori, ni prêchi-prêcha pourtant courant sur ce sujet.
– Seule survivante de Dean Koontz : polar fantastique partant des conséquences d’une catastrophe aérienne et arrivant à une mauvaise déclinaison de Carrie ou Charlie de Stephen King. Dean Koontz est un auteur inégal que je réserve souvent à l’été. Facile à lire, il est capable de faire de très bons livres d’horreur ou, comme c’est le cas ici hélas, de mauvais succédanés des romans de Stephen King. Il a néanmoins un mérite, m’avoir mis en tête le temps de la lecture Sole Survivor de Blue Oyster Cult.
– Lazare en guerre – l’artefact de Jamie Sawyer : décidément la science-fiction militaire, hormis la série du Vieil homme et la guerre de John Scalzi et Starship troopers de Robert Heinlein, n’est pas du tout ma tasse de thé. Même si le style est bon et l’intrigue sort un peu de l’ordinaire (quoique des adversaires aliens aux mœurs et allures insectoïdes…), je n’ai aucun atome crochu avec ce Lazare que ce soit dans le présent du texte ou dans les différents flashbacks. Et les autres personnages du récit sont tellement bidimensionnels qu’ils n’offrent aucune prise pour que le lecteur s’intéresse à eux, ou même retienne leurs noms. Vite lu, vite posé dans la pile des « à revendre ».
– Strange Dogs de James SA Corey : cette nouvelle je l’attendais depuis longtemps, je l’ai acheté et lu dès sa sortie. Pourquoi ne pas l’avoir chroniqué ? Parce qu’elle se passe dans l’univers de The Expanse et qu’elle se situe quelque part entre le tome 5 et le tome 6 des romans. Un jour, je consacrerais une chronique à cette série de science-fiction plus que brillante, mais plus surement à l’occasion de la sortie du tome 7 qu’à celle d’une simple sortie de nouvelle. D’autant que celle-ci est très courte et ne met en scène aucun des personnages principaux.
Ajoutez-y quelques relectures par-ci, par-là, les nouveaux chapitres d’Anastème et les livres précédemment chroniqués et vous aurez une idée de mes vacances loin des écrans de télé…

Cinq nouvelles fantastiques du XXIème siècle

Si souvent fantastique rime avec horreur ou épouvante dans l’esprit des gens, en littérature européenne ce n’est pas toujours le cas. Que ce soit Le Horla de Guy de Maupassant, La Peau de Chagrin d’Honoré de Balzac, Le K de Dino Buzzati ou Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, le fantastique est souvent l’intrusion d’un élément étrange dans un univers pourtant bien réel. Étrange et féérique, étrange et épouvantable ou simplement étrange et portant matière à réflexion. Et qu’en est-il du genre dans ce début de 21e siècle ? Cinq écrivains et deux illustrateurs français ont chacun, à leur façon, apporté un début de réponse dans les textes du recueil Cinq nouvelles fantastiques du XXIème siècle.
À la lecture, on peut en conclure que le fantastique se porte toujours aussi bien. Que la trame du récit soit finalement assez classique comme dans Personne d’Alain Sevestre ou Poupée à sorts de Xavier Mauméjean, plus tortueuses comme Froid de Gaëlle Obiégly ou Vie posthume d’Edward Markham, ou hélas un peu trop ancrée dans le réel à mon goût pour À l’horizon des événements d’Éric Pessan, les récits de ce court livre ne se lisent pas d’une traite. Chaque texte, et les illustrations qui vont avec, se déguste lentement et se savoure. Pour tout vous dire, moi qui d’habitude dévore les livres que j’aime très vite – trop vite parfois- là j’ai pris mon temps : au mieux une nouvelle par jour. Certes la reprise du travail est là, mais il s’agissait surtout de digérer les textes, de les laisser reposer pour mieux les apprécier. D’ailleurs, je pense que je reviendrais à ce recueil d’ici quelques mois. En y lisant une nouvelle par-ci, une autre par-là.

Cinq nouvelles fantastiques du XXIème siècle
de Alain Sevestre, Éric Pessan, Gaëlle Obiégly, Pierre Cendors et Xavier Mauméjean
Illustrations d’Adrien Demon et Élise Dupeyrat
É
ditions Capricci

Sorcières associées

Des détectives enquêtant dans un monde de fantasy, c’est assez classique. C’est même devenu l’un des clichés de l’urban fantasty, voire de la bit-lit, comme le prouvait encore récemment Dirty Magic. Pour autant, Sorcières associées d’Alex Evans arrive habilement à détourner le genre. Premièrement, nous ne sommes ni dans un environnement urbain moderne ni dans un Moyen-âge revisité à la sauce fantastique. Jarta, la cité où s’activent nos sorcières est une version steampunk de Singapour ou de Hong Kong, sans que les machines à vapeur n’y soient omniprésentes.
Deuxièmement, nos protagonistes, Tanit et Padme ne sont pas à proprement parler des détectives, mais deux sorcières dans la force de l’âge (fin de trentaine, début de quarantaine). Vétérans des guerres meurtrières ayant déchiré il y a quelques années leur monde, elles ne sont pas des donzelles s’agitant en tout sens en attendant l’âme sœur, n’est-ce pas Charlaine Harris et Laurell K Hamilton ?
Certains clichés de polars sont quant à eux respectés. Comme dans Amicalement Votre, l’une est issue d’un milieu aisé, l’autre a grandi dans la misère et la criminalité. Comme dans Des Agents très spéciaux, elles furent avant de se connaître combattantes dans des camps opposés. Il en reste d’ailleurs de nombreux non-dits entre elles. Et comme dans la majorité des histoires policières, les deux affaires présentées au début n’en font qu’une et ont des ramifications avec le passé des sorcières. De quelles affaires s’agit-il ? Oh trois fois rien. D’une part, trouver qui a attiré et piégé un vampire dans la dimension des humains, tout en empêchant son client de tuer pour se nourrir. D’autre part, enquêter sur une série de dysfonctionnement dans une usine automobile où les ouvriers ont été remplacés par des zombies.
Le tout est particulièrement bien écrit avec un ton propre à chacune des narratrices. Et les 276 pages se dévorent en quelques heures. Action, humour (notamment avec la fille de l’une des sorcières qui se décide à apprivoiser un gremlin) et réflexion, tous les ingrédients pour une lecture de détente de fin d’été sont réunis avec goût.

Sorcières associées d’Alex Evans
Éditions ActuSF