Binti

Quand un récit est recommandé par des écrivains que j’admire (Neil Gaiman, John Scalzi), j’ai tendance à leur faire confiance. Ayant vu une promotion sur Binti, la novella de Nnedi Okorafor, je l’ai donc lu…
Et je suis partagée. D’un côté, le ton fluide, passionnant rend un récit court très facile à lire. Presque trop facile même, et surtout beaucoup trop court. De l’autre côté, l’histoire en elle-même est tellement condensée que cela en devient frustrant. Ce serait une vignette dans un ensemble beaucoup plus vaste comme le sont The Churn et Strange Dogs dans la série The Expanse de James SA Corey, je ne n’aurai aucun problème avec cette brièveté. Ce n’est pas le cas ici. Binti est présentée comme la première partie d’une trilogie (suivi de Binti: Home et Binti: The Night Masquerade guère plus longs). Du coup, je me suis retrouvée plongée dans un récit où il me manquait des informations essentielles : quelle est la relation entre les Himba et les Khoush ? Comment les Khoush ont rencontré les Méduse ? Ou même tout simplement Comment cet empire ou fédération galactique a pu se créer ? Et à quelle époque sommes-nous ? Sans parler de Third Fish, le vaisseau vivant qui m’a immédiatement fait penser aux baleines de l’espace de Marvel ou aux vaisseaux de Farscape. Comment a-t-il été conçu ? Est-il conscient d’héberger des passagers ?
Ces frustrations mises à part, j’ai découvert avec Binti, la plume de Nnedi Okorafor et je pense que j’en lirai plus d’elle. Certainement dans un format plus long. J’avoue que sa manière de mélanger science-fiction et traditions africaines m’a beaucoup plus.

Binti
de Nnedi Okorafor
Editions Tor

Celle qui a tous les dons – La part du monstre

N’en déplaise aux amateurs de Walking dead et autres films de Georges Romero, la majorité des histoires de zombies m’ennuient profondément. Pourtant lors de sa sortie en en 2016, The Girl with All The Gifts m’intriguait. Mais comme à mon habitude, j’ai préféré attendre d’avoir lu le livre avant de le voir. Et comme en passant sur le stand de L’Atalante à Livre Paris, j’ai trouvé non seulement Celle qui a tous les dons de M.R.Carey, mais également La part du monstre, son prequel, je les ai pris et lus dans l’ordre préconisé correspondant à l’ordre de parution et non l’ordre chronologique des événements. Vous pouvez faire l’inverse ou lire les deux livres de façon séparée, mais ce choix a certainement influencé l’opinion que vous allez lire.
Celle qui a tous les dons nous place quelques décennies après la contagion. Les affams (comme M.R.Carey appelle ses zombies) ont envahi la Grande-Bretagne. Il ne reste plus qu’eux, des humains revenus à la barbarie en mode Mad Max et quelques ilots de civilisation. Une base militaire fait partie de ces ilots, et l’on y étudie des enfants particuliers. Physiquement ce sont des affams, mais ils ont suffisamment d’intellect pour ne pas se laisser régir que par leur seul instinct les poussant à manger de la viande fraiche.
C’est dans cette base que l’on trouve Mélanie, la fille du titre qui a donc tous les dons. Et si justement ces dons faisait d’elle la clé pour comprendre la maladie à l’origine des affams et sauver l’humanité ? Encore faudra-t-il faire comprendre aux adultes qui l’entourent qu’elle est humaine et qu’elle « ne va pas les mordre ».
De M.R.Carey, je connaissais surtout son œuvre dans les comics (Lucifer et Hellblazer chez DC/Vertigo, X-Men chez Marvel et Vampirella chez Dynamite). Et sa série d’urban fantasy autour de Felix Castor ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Autant dire que Celle qui a tous les dons m’a surpris et en bien. Même si l’on retrouve l’attirance de Mike Carey pour la mythologie dans le titre même du livre et dans les goûts de certains de ses personnages, l’histoire elle-même ne s’y attache pas. Elle est plutôt solide et bien ancrée dans une époque moderne et scientifique. Le ton évoque énormément 28 jours plus tard, et les scènes les plus violentes — cannibalisme zombie oblige — ne sont ni esquivées, ni volontairement trop descriptives. Mais un simple détail mentionné est souvent plus effroyable qu’une scène largement décrite. Si le début est un peu lent à se mettre en place, une fois l’action lancée, le livre ne se lâche plus et la fin reste imprévisible jusqu’au bout.

La part du monstre se situe donc dans le même univers, mais commence une dizaine d’années auparavant. Mike Carey y applique la même recette : un huis clos, un enfant étrange et des adultes qui s’entredéchirent au lieu d’assurer leurs propres survies. Sauf qu’ici au lieu d’être un affam, l’enfant est un jeune surdoué de 14 ans dont on ne sait trop s’il est autiste ou s’il souffre de stress post-traumatique sévère. Les adultes sont une troupe hétéroclite de scientifiques et militaires entassés dans un camping-car cuirassé à la recherche d’indices pour comprendre l’épidémie qui ravage la planète.
Dans ce deuxième roman, écrit quelques années après Celle qui a tous les dons, l’effet de surprise ne fonctionne plus. Étant un prequel au précédent, l’on se doute que la fin de La part du monstre ne sera pas heureuse. Et il est fort probable que si je l’avais lu en premier ou seul, je ne l’aurais pas chroniqué, car la partie « militaires contre scientifiques » a un côté mille fois vu et lu, sans être aussi drôle que Rampage. En réalité, La part du monstre fonctionne comme la face B d’un 45 tours qui aurait Celle qui a tous les dons comme face A. Il s’apprécie donc par contraste avec le premier. Et par les réponses que ce livre apporte aux questions du précédent : qu’est devenue l’humanité 1.0, que sait-on sur les affams 1.0 et 2.0, et pourquoi Beacon ne répond plus dans le premier récit.
Malgré son côté fin inéluctable, La part du monstre arrive au fil des pages à surprendre le lecteur. Qui va s’attacher à des personnages a priori peu sympathiques, quitte à pleurer leurs disparitions avant la fin de l’ouvrage.
Avec ses deux romans, Mike Carey aura réussi un tour de force personnel. Me faire avaler près de 900 pages de récit post-apocalyptique, ou des zombies font partie des personnages principaux, et non simplement les monstres du jour pour faire avancer l’action. Le tout sans m’ennuyer un seul instant. Chapeau bas !

Celle qui a tous les dons
La part du monstre
de M.R.Carey
Traduction de Nathalie Mège
Éditions L’Atalante.

Ceux des profondeurs

Au-delà du Cycle des épées, Fritz Leiber est un écrivain américain que j’apprécie, car il passe aussi bien d’un ouvrage à l’autre de la fantasy à la science-fiction pure ou au fantastique. En changeant à chaque fois de tonalité et de style, mais le plus souvent avec un égal talent. Logiquement donc, lorsque j’ai vu ce très court texte dans les allées de Livre Paris, et que je me suis rendu compte que c’était un inédit, j’ai craqué et acheté Ceux des profondeurs.
Avant toute chose, si vous ne connaissez pas bien l’univers de Lovecraft, reposez ce livre immédiatement et choisissez un autre livre de Fritz Leiber à lire : Demain les loups, Ballet de sorcières, Le Vagabond ou Epées et Démons par exemple. Fritz Leiber est un fin connaisseur de la mythologie de Cthulhu et s’amuse beaucoup avec l’œuvre du reclus de Providence dans ce texte. Si dans ses premiers récits, Fritz Leiber était fasciné par Lovecraft, cette nouvelle plus tardive peut se lire comme un pastiche du genre et une critique déguisée de ses travers.
Ceux des profondeurs met en effet en scène un homme encore jeune, mais déjà coupé du monde moderne vivant dans sa maison étrange aux portes du désert californien. Malade et difforme, il raconte comment toute sa vie il a rêvé d’étranges souterrains courant sous la colline. Ses rêves attirent l’intérêt d’Albert Wilmarth, professeur à l’université de Miskatonic et fin connaisseur de la mythologie de Lovecraft (qui dans la nouvelle est un écrivaillon qui base ses récits sur les mésaventures de ses voisins bien réels d’Arkham). Forcément leur rencontre va mal se finir, mais ceci nous le savons dès la première page.
J’ai apprécié Ceux des profondeurs en tant qu’exercice littéraire finement joué par Fritz Leiber, mais il ne restera pas dans ma mémoire comme une œuvre absolue à lire de lui. C’est une incursion intéressante dans l’univers de Cthulhu avec l’originalité de créer un lien souterrain avec le dieu endormi marin. Mais la trame de l’histoire reste très classique et sera vite oubliable. En revanche, le côté ironique de certaines descriptions de personnages ou de remarques en passant est un vrai régal pour les amateurs de fantastique et de Lovecraft lui-même. De quoi se délasser les neurones avec bonheur lors d’un voyage en train ou d’une soirée tranquille.

Ceux des profondeurs
de Fritz Leiber
Traduction de Jacques Van Herp
Éditions Mnémos

Parasite

Depuis 1974, l’amour d’Arnaud Codeville pour Stephen King n’est plus à présenter. Et son dernier roman, Parasite, est une ode aux Stephen King de la grande période et plus particulièrement à IT (Ça en VF). Une ode et non un plagiat. Parasite se passe en effet en partie dans les années 80 avec un groupe d’adolescents et en partie de nos jours avec l’un d’entre eux devenu adulte, mais ce n’est pas un décalque du roman de Stephen King.
Déjà parce que Parasite est pleinement ancré dans son terroir (le nord de la France) et son époque (la fin de la grande industrie minière dans la région et ses conséquences sur les familles). Mais également parce que le parasite du titre n’a pas les mêmes motivations, les mêmes cibles ni même les mêmes moyens d’action que Pennywise ou plus récemment que L’Outsider.
Plus court que 1974, Parasite n’en est pas moins dense. Alternant d’une époque à l’autre au fil des chapitres, ce livre raconte une histoire de possession démoniaque particulièrement horrible aussi bien par les victimes que le démon fait que par celles qu’il choisit comme véhicule pour exister dans ce monde. Ben, le personnage principal, est nettement plus sympathique à mes yeux que celui de 1974. Du coup, ce qui lui arrive enfant comme adulte, se révèle plus touchant et encore plus angoissant. Et, même si vous y croiserez des personnages du roman précédent dans celui-ci, vous pourrez lire les deux de façon indépendante et dans l’ordre que vous voulez. Sachez juste une chose : une fois entamé, vous ne lâcherez plus Parasite avant la dernière page.

Parasite
d’Arnaud Codeville
Autoédition

Space opéra

Parmi les conteurs de la science-fiction, il y a Jack Vance. Même si ses histoires s’appuient le plus souvent sur une structure classique, son style varie suffisamment au fil des ans pour séduire, inviter à la lecture et à la relecture. Space opéra n’est pas son livre le plus connu, mais l’histoire se laisse agréablement découvrir ou redécouvrir pour qui a envie d’une comédie spatiale légère.
De quoi s’agit-il ? D’une tournée d’une troupe d’opéra, orchestre symphonique compris, en tournée dans l’espace pour faire découvrir la musique humaine aux oreilles extra-terrestres. Entre des mélomanes méprisants pour les autres genres musicaux voulant porter la « bonne parole » musicale aux sauvages des étoiles, et une collection d’extra-terrestres et de Terriens ayant quitté la planète mère hauts en couleur comme Jack Vance en a le secret, les différentes rencontres sont explosives et provoquent leur lot de quiproquos comiques. Jack Vance y ajoute des ressorts classiques de la comédie théâtrale avec une jeune première manipulatrice au cœur pur, un capitaine de vaisseau vénal, et un jeune premier un peu benêt vivant aux crochets de sa riche parente caractérielle.
Le tout fait un texte court, très plaisant à lire, même si la fin est un peu précipitée. Pour l’occasion, j’ai ressorti ma vieille édition Presse Pocket avec une peinture de Wojcieck Siudmak magnifique en couverture, même si celle-ci n’a que peu de rapport avec le texte intérieur. Et j’avoue que la manipulation de l’objet papier a fait aussi partie du plaisir pris à ma lecture. Si vous ne l’avez pas, sachez que Jack Vance est régulièrement réédité comme ici.

Space opéra
de Jack Vance
Traduction d’Arlette Rosenblum
Éditions Presse Pocket

The Five — The untold lives of the women killed by Jack the Ripper

J’avoue, j’avoue. L’histoire de Jack l’Éventreur (ou Jack the Ripper en anglais) m’a toujours fascinée. L’enquête elle-même avec le mystère toujours non résolu 130 ans plus tard sur son identité, les histoires qu’il a inspirées, du From Hell d’Alan Moore au Anno Dracula de Kim Newman, tout m’intrigue. Et pourtant, plus mystérieuses encore que l’identité du tueur est la personnalité des victimes. Polly Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Kate Eddows, Mary Jane Kelly : si leurs noms sont connus, leur vie avant de rencontrer en 1888 le couteau du tueur l’est moins. C’est cette lacune qu’a voulu réparée l’historienne Hallie Rubenhold dans son livre, The Five — The untold lives of the women killed by Jack the Ripper. Extrêmement bien documenté, avec même des photos d’époque, ce livre se lit comme un roman. Ou plutôt comme cinq longues nouvelles retraçant l’histoire de chacune de ses femmes.
Hallie Rubenhold ne s’attarde pas sur les meurtres et ne les décrit même pas. Ce qui l’intéresse c’est le parcours de ses femmes et comment il les a guidés jusqu’à Whitechapel et ses bas-fonds. Vous pensiez que les cinq victimes avaient en commun leurs professions ? Détrompez-vous ! Sur les cinq, seules deux étaient des prostituées avérées (Elizabeth Stride alors qu’elle était encore en Suède, et Mary Jane Kelly) et rien n’indique que les trois autres aient, même occasionnellement, vendu leurs charmes. En revanche, à l’exception de Mary Jane Kelly morte dans son lit, elles avaient toutes la particularité de n’avoir pas d’endroit où dormir ce soir-là. Et toutes, sans exception, n’avaient pas la « protection » d’un homme au moment des faits. Plus qu’une supposée profession ou un mode de vie douteux, ce qui a précipité leur fin se résume en deux choses : elles étaient nées femmes et dans un milieu où le moindre accident de parcours (une maladie, un compagnon qui vous quitte, des grossesses trop nombreuses, un emploi perdu) peut vous entraîner dans une spirale descendante sans possibilité de remonter.
The Five est surtout un témoignage de la vie à l’ère victorienne bien loin des fantasy steampunk, des enquêtes de Sherlock Holmes ou de l’histoire mettant souvent en scène la noblesse ou la haute bourgeoisie. Avec chacune des victimes, Hallie Rubenhold s’intéresse à une nouvelle facette de la vie des classes pauvres et moyennes de la société, qu’elles soient originaires de Londres, menant une vie nomade dans toute la Grande-Bretagne ou issue de l’immigration. Vous y apprendrez énormément de choses sur le mode de vie et les habitudes alimentaires de l’époque, sur le type d’éducation prodigué aux uns et aux autres et même sur la récolte du houblon ! Que vous soyez comme moi fasciné par ces crimes anciens, ou simplement amateur d’histoire intéressé plus par le quotidien que par les grandes dates, ce livre est indispensable. Et une fois entamé, vous ne le lâcherez plus de sitôt.

The Five — The untold lives of the women killed by Jack the Ripper
de Hallie Rubenhold
Editions Doubleday

Les Encombrants

Les opérations promotionnelles massives de Bragelonne ont deux avantages : faire le plein de livres pour sa liseuse à bas coût et faire découvrir des auteurs nouveaux. Elles ont aussi un inconvénient : vous entassez tellement de nouveaux livres qu’il s’écoule parfois beaucoup de temps entre l’arrivée d’un livre et sa lecture. C’est ce qui s’est produit avec Les Encombrants de Jeanne Faivre d’Arcier. Je ne sais plus lors de quelle promotion je l’ai acheté, mais je ne l’ai lu que récemment au creux de la nuit.
De quoi parle Les Encombrant
s ? De Pigalle, de ses habitants et de sa faune mêlant bobos, haute bourgeoisie déclassée, prostitué·e·s, ivrognes. Et d’un bébé, trouvé dans le tiroir d’un meuble jeté sur le trottoir en attendant le ramassage des encombrants ? Qui est-elle ? Comment est-elle arrivée là ? Que va-t-elle devenir ?
Les Encombrants est un polar typiquement parisien où l’on suit en parallèle la vie du voisinage ayant recueillis le nourrisson et tentant coûte que coûte de s’en occuper et de trouver sa mère sans pour autant que la police ne le trouve et ne l’envoie aux services sociaux, et celle de l’adolescente prostituée à la dérive qui l’a mise au monde et abandonnée. Si le fond est très dur — notamment sur les raisons ayant poussé l’adolescente à la rue et à l’abandon de son enfant, la forme est, elle, plus enjouée.
Et l’autrice, même en n’hésitant pas à dépeindre une réalité assez sordide, ne s’attarde pas plus que le strict nécessaire sur les détails. Elle se consacre plus à dépeindre et rendre vivant le coin de Pigalle où l’action se passe. Vous croiserez dans Les Encombrants une galerie de personnages hauts en couleur de tous les côtés de la barrière. Et il y a de vraies fulgurances comiques, notamment avec la paire de pieds nickelés qui recueillent en premier l’enfant et la baptisent Cerise. L’intrigue elle-même est solide et l’on devine la solution ultime qu’à la toute fin en se maudissant de n’avoir pourtant pas vu les indices avant.
Au final, ce roman est une lecture parfaite pour les transports en commun ou ce creux de la nuit où vous vous réveillez sans pouvoir vous rendormir. Ou si vous aimez les polars à l’ancienne.


Les Encombrants
de Jeanne Faivre d’Arcier
Éditions Bragelonne

Clean Room

Et si X-Files, Project Blue Book, V et autres histoires d’enlèvements par des extraterrestres n’étaient que de gentilles fables destinées à nous rassurer sur ce que veulent réellement les « aliens » ? Avec Clean Room, une série écrite pour DC Vertigo, Gail Simone au scénario et Jon Davis-Hunt puis Walter Geovani au dessin, lèvent le voile sur ces entités : démons, anges, extraterrestres ou créatures extradimensionnelles ? Celles-ci s’attachent à l’humanité depuis des millénaires, attirées par la mort et la douleur. Elles s’infiltrent parmi nous en possédant des corps, les remodèlent et s’en servent pour infliger encore plus de peine autour d’elle. Invisibles pour les humains, sauf pour les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente, elles vont trouver Astrid Mueller sur leurs routes. Sous couvert d’une organisation quasi sectaire de développement personnel, celle-ci a mis au point une façon de les combattre et de sauver une partie de l’humanité.
Quand Philip, le fiancé de Chloé Pierce se suicide après avoir suivi les enseignements d’Astrid, la journaliste enquête prête à faire tomber toute l’organisation. À moins que…
Clean Room fait partie des séries sacrifiées lors de la remise à plat de Vertigo, la collection adulte de DC Comics. Du coup, la série s’est arrêtée au bout de 18 numéros (soit trois grands formats). Heureusement, Gail Simone a eu le temps de conclure de façon satisfaisante l’histoire qu’elle voulait raconter, même s’il reste des questions annexes sans réponse.
Si vous avez aimé X-Files et La Malédiction, si pour vous l’horreur en BD ou ailleurs ne se limite pas à l’accumulation de scènes gore, n’hésitez pas à vous jeter sur Clean Room. Les différentes protagonistes sont fortes, têtues et prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Sauveuse de l’humanité, Astrid Mueller est tout sauf une sainte. De mon côté je peux même dire que les deux seules choses bonnes en elle sont sa préférence pour le thé Earl Grey et sa passion pour les échecs. Les entités monstrueuses ne ressemblent à rien de connu et se révèlent pourtant effroyables. Notons quelques clins d’œil de leur part, comme la pire d’entre elle, le Chirurgien, qui adopte comme apparence humaine, un corps très proche de L’Homme à la Cigarette dans X-Files.
Attention, Clean Room est libellée comme une série « suggested for mature readers » c’est-à-dire « à réserver aux adultes ». Ou je dirais plutôt à réserver aux personnes ayant l’estomac bien accroché. L’avertissement est largement justifié. Certaines images vous hanteront longtemps, comme le Ponyman pour moi. Et la thématique sous-jacente a de quoi faire frémir. Malgré tout si vous commencez, vous ne pourrez plus arrêter de le lire. Et vous refermerez la dernière page avec un mélange de soulagement pour les personnages survivants et de satisfaction. Celle d’avoir lu une excellente histoire d’épouvante moderne, originale, humaine et horriblement terrifiante.


Clean Room
Scénario de Gail Simone
Dessins de Jon Davis-Hunt et Walter Geovani
Éditions DC/Vertigo

L’Outsider

Impossible de passer à côté du dernier livre de Stephen King. Entre la publicité sur les bus et dans les couloirs du métro et les commentaires sur les réseaux sociaux, L’Outsider est partout. Autant faire alors comme Oscar Wilde et céder à la tentation pour mieux y résister et éviter d’avoir l’intrigue divulguée avant de l’avoir ouvert.
Si Stephen King fait partie des écrivains qui j’achète facilement, car je sais que son histoire me distraira, il m’a également apporté son lot de déception y compris avec certains de ses romans les plus connus.
Heureusement L’Outsider ne fait pas partie de cette dernière catégorie. Il reprend les classiques qui font la force des Stephen King : une petite bourgade, un mal mystérieux, des victimes enfantines. Et il joue sur les deux registres que maîtrise à la perfection l’écrivain : l’horreur bien sûr, mais également le polar.
La première partie débutant avec l’arrestation de Terry Maitland pour le meurtre atroce du jeune Franck P. n’est qu’un pur thriller. Est-il innocent ou coupable alors que des preuves solides plaident en faveur d’un côté ou de l’autre de la balance. Du jour de la mise en accusation, le récit bascule peu à peu dans le fantastique tout en gardant de solides bases policière. Qui est derrière la mort de l’enfant ? Fera-t-il d’autres victimes ? Comment l’arrêter.
Les connaisseurs de Stephen King pourront s’amuser à trouver les références plus ou moins importantes au reste de son œuvre littéraire. Et elles sont nombreuses. À mon avis, le parallèle entre Ça et L’Outsider est tellement évident qu’on devine la confrontation finale arriver à des kilomètres… À se demander si les deux créatures ne sont pas apparentées.
En revanche, si vous aimez le Stephen King auteur de polar, finissez la trilogie de Mr Mercedes avant de lire ce livre. Reposez immédiatement L’Outsider et allez vous procurer les suites : Carnets noirs et Fin de ronde. L’un des personnages de ces livres joue un rôle majeur dans la seconde moitié de L’Outsider et dévoile des éléments clés sur la trilogie et le destin des personnages. Revenez à L’Outsider quand vous serez à jour.
Dans mon palmarès personnel, L’Outsider ne sera pas un grand Stephen King : il reprend trop les vieilles recettes de ses livres plus anciens, et si je trouve la créature dégoutante, elle n’est pas si terrifiante que Ça. Peut-être parce qu’à la différence du clown tueur, les enfants n’ont qu’un rôle négligeable dans l’histoire. Ce sont des adultes expérimentés, et souvent entrainés qui affrontent cet Outsider. Une fois passée l’incrédulité, l’issue de l’affrontement est prévisible. En revanche, Stephen King reste un maître de l’écriture qui happe sa lectrice de la première ligne à la dernière. Et j’avoue que quitter le Maine pour l’Oklahoma est un changement bienvenu. À noter qu’à l’occasion de la sortie de ce livre, Albin Michel a fait traduire Laurie, la nouvelle écrite par Stephen King pour son anniversaire, et l’a mise à disposition gratuitement sur les e-librairies.

L’Outsider
de Stephen King
Traduction de Jean Esch
Éditions Albin Michel

Darwin’s Blade

Je ne sais pas vous, mais j’ai l’habitude d’acheter toujours un ou deux bouquins avant de longs voyages. Et parfois, une chose en entrainant une autre, je n’ai pas le temps de les lire sur le coup et retrouve le ou les livres en question des années plus tard au fond d’une valise ou d’un sac à dos. C’est ce qui est arrivé à ce pauvre Darwin’s Blade que j’ai dû acheté en même temps que The Wrong Side of Goodbye de Michael Connelly, principalement parce que je connaissais Dan Simmons l’auteur de science-fiction et d’horreur. Autant vous dire tout de suite qu’après l’avoir vu traduit en français (l’Épée de Darwin) et m’être rappelé l’existence du livre dans ma pile à lire, j’ai dévoré les 464 pages de Darwin’s Blade en deux nuits et je regrette amèrement de l’avoir laissé traîner si longtemps de côté.
Avec ce roman, c’est une nouvelle facette du talent de Dan Simmons que j’ai découvert : l’auteur de polar. Entendons-nous bien, Darwin’s Blade n’arrive ni à la hauteur de L’Échiquier du Mal (Carrion Comfort) ni à celles des Cantos d’Hypérion dans l’œuvre de Dan Simmons. Ce n’est pas l’un de ses chefs-d’œuvre qui vous hanteront longtemps après avoir tourné la dernière page. En revanche, c’est un polar très solide à l’américaine, bien documenté, plein d’actions et avec un postulat original. Ici le personnage principal, Darwin Minor, est un spécialiste des accidents, plus particulièrement automobiles. Basé à San Diego, il travaille pour une compagnie d’assurance et essaie de déterminer les causes d’accidents tous plus saugrenus les uns que les autres (avec une mention spéciale pour la tentative de nonnicide à coups de canon à poulet). Il va se retrouver peu à peu impliqué dans une vague d’arnaques à l’assurance à grande échelle et va, pour protéger sa propre vie, remonter à la tête de ce réseau mafieux.
Écrit dans au début des années 2000, ce livre date un peu en ce qui concerne la technique (surtout quand on parle d’un ordinateur portable Gateway dernier cri), mais il ne manque ni d’humour, ni d’action. Évidemment le héros a un passé militaire mystérieux qui l’aidera bien (surtout sur la fin du roman), et Darwin’s Blade n’est pas à l’abri de quelques clichés. Mais il se lit très bien et accroche le lecteur dès les premières reconstitutions d’accident qui n’ont pourtant aucun lien avec l’intrigue principale. Si vous cherchez un bon polar pour vous changer les idées, celui-ci est fait pour vous.

Darwin’s Blade
de Dan Simmons
Éditions Mulholland Books