Fangs

De Sarah Andersen, je ne connaissais jusqu’ici que ses tranches de vie, compilées sous le nom de Sarah’s Scribbles, souvent très drôles, mais à lire principalement sur le Web, et personnellement à petites doses. Puis j’ai découvert Fangs au coup de crayon radicalement différent et je fus subjuguée. Et pourtant, la comédie romantique n’est pas du tout un genre que j’affectionne. Fangs raconte l’histoire d’amour d’Elsie, vampire de son état, et de Jimmy, un loup-garou ordinaire, de leur rencontre dans un bar jusqu’aux premiers mois de vie commune où le mariage commence à être évoqué. L’histoire est donc celle classique de deux jeunes gens vivant une première histoire d’amour (ou non pour Elsie), entremêlée de problèmes plus spécifiques à leurs conditions. Que ceux-ci soient macabres, comme lorsque Elsie explique qu’elle a saigné et enterré l’ex qui l’a trompé. Ou plus drôle comme la méthode de séchage après la douche très canine de Jimmy. Le tout étant à la fois très sarcastique, teinté d’humour noir et en même temps débordant de tendresse et de bonne humeur.
Si la série a commencé comme l’autre sur le Web, vous pouvez désormais en commander une version reliée chez Andrews McMeel publishing. L’ouvrage, à peine plus grand qu’un livre de poche, est très beau avec sa couverture rouge en tissu et sa tranche noire. Et il met merveilleusement en valeur les planches de l’artiste. C’est à la fois une belle histoire et un beau livre.

Fangs
De Sarah Andersen
Éditions
Andrews McMeel

Les Canaux du Mitan

Après le space opera tentaculaire, après la geste pré-arthurienne, Alex Nikolavitch entraîne désormais ses lecteurs dans un western de fantasy avec Les Canaux du Mitan.
Que vous soyez plus amateur de  Tex en BD, des westerns hollywoodiens oudes westerns spaghetti, Les Canaux du Mitan saura satisfaire vos envies d’Ouest sauvage.
Dans cette version, la plaine est traversée par des canaux construits par les ancêtres des Chokchaws. Les colons ont installé leurs villes pionnières à proximité et des chalands assurent le transport des marchandises, des personnes et des informations. Pourtant les temps changent et l’arrivée de l’héliographe pour l’envoi des messages et des
véhicules à gazogène pour les déplacements. Et si les bateaux parcourant les canaux avaient une autre fonction plus ésotérique. L’un d’entre eux en particulier, un bateau-carnaval avec son cortège de freaks et son mystérieux capitaine qui parfois au cours d’une escale emporte avec lui un enfant « parce qu’il faut toujours un normal à bord du navire. »
L’histoire commence en suivant l’un de ses enfants, Gabriel. Orphelin s’ennuyant ferme dans une ville frontière, il monte à bord du bateau-carnaval pour en découvrir les secrets. À chaque partie, le narrateur change, l’action fait des sauts dans le temps et l’on en apprend plus sur le Mitan, les esprits qui hantent ces terres et ceux qui y ont été amenés de l’autre côté de l’océan par les colons, mais également sur l’histoire des capitaines et la façon dont leur rôle évolue au fil du temps. Le lecteur se retrouve happé par le rythme des canaux, séduit par les tours des saltimbanques, déconcerté par les changements de rythme et de narration, mais ravi par la fin de cette traversée. Et personnellement, j’aimerais en apprendre plus sur le vieux Pays fui par tant de colons… Ou sur les Chokchaws au temps de la construction des canaux. Je vous conseille la version papier si possible de cet ouvrage pour profiter pleinement des illustrations de Melchior Ascaride et notamment de sa couverture à la fois engageante et inquiétante.

Les Canaux du Mitan
D’
Alex Nikolavitch
Éditions
Les Moutons électriques

Wait for Night

En achevant Galeux, je m’étais promise de lire d’autres textes de Stephen Graham Jones. L’éditeur américain Tor qui met régulièrement des nouvelles originales en ligne m’a donc permis de tenir mon engagement avec ce court récit, Wait for Night. Il ne fait que 43 pages, soit 25 minutes de lecture en VO d’après Firefox, et pourtant c’est un délice macabre.
Tout commence de façon très prosaïque avec la fin de journée d’un travailleur payé pour déblayer avec d’autres, les ordures d’un ruisseau. Tête de mannequin, vieux livres, branchages… Le travail n’est pas compliqué, mais éreintant et pas forcément bien payé. Quand il trouve un squelette bien conservé coincé entre les racines d’un saule, il compte bien s’en faire quelques dollars de plus en le revendant à un prêteur sur gages peu regardant. Sauf qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et que cette remarque est également valable pour les squelettes fraîchement déterrés.
Wait for Night commence comme Last Night in Twisted River de John Irving et se termine en rappelant les histoires horribles de Poppy Z. Brite, ou un certain Skinner Sweet créé par Scott Snyder et Rafael Albuquerque. Après les loups-garous de Galeux, Shephen Graham Jones utilise une autre figure classique de l’horreur, le vampire, en le mettant dans un cadre très terre-à-terre. Même les immortels hématophages doivent revenir le vendredi pour encaisser leurs 200 dollars de salaires…
En quelques mots, Stephen Graham Jones nous donne à voir et à entendre les personnages. L’un utilisant un mot trop vieux pour l’époque, l’autre droit comme un I pour mener tout le monde à la baguette… Il lui suffit de peu de pages pour installer une ambiance et capter l’attention de son lectorat. Décidément, un auteur que je vais suivre de plus près.

Wait for  Night
De
Stephen Graham Jones
Illustration de
Éditions
Tor

Un café maison

De Keigo Higashino, je n’avais lu que Les Miracles du Bazar Namiya, mais un certain blogueur grand amateur de littérature japonaise m’avait longuement vanté ses polars. Amatrice de café, je me suis laissée tenter par le titre de celui-ci : Un café maison.
Acte 1 — Scène 1. Un homme, une femme : il lui annonce son intention de la quitter pour une autre. Elle part en voyage. Lui meurt empoisonné d’une tasse de café, seul chez eux durant son absence.
Comme dans un épisode de Columbo, le lecteur se doute de l’identité du coupable dès les premières pages. Le tout reste de savoir comment cela s’est produit, pourquoi et surtout est-ce que les policiers japonais arriveront à l’arrêter ?
De ces trois questions, c’est cette dernière qui m’a le plus inquiétée. En effet, je ne sais si ce que décrit
Keigo Higashino décrit des procédures policières est proche de la réalité, mais c’est à se demander comment les enquêtes peuvent aboutir à un quelconque résultat. Nous avons quand même un fait essentiel à l’affaire, à savoir que l’une des inspectrices a identifié la maîtresse de la victime, et son supérieur hiérarchique lui intime l’ordre de ne pas en communiquer l’information à ses collègues, chargés de la même enquête ! Tandis qu’à côté de ça, avoir un professeur d’université en consultant officieux farfouiller sur la scène de crime semble presque normal ! Certes, c’est l’un des deux personnages récurrents de Keigo Higashino pour ses romans policiers, mais tout de même, le respect des procédures semble largement oublié.
L’histoire en elle-même, toute en non-dits, est terriblement classique et suffisamment tortueuse pour que de pages en pages, de fil en aiguille, et de café en thé, le lecteur se retrouve d’un coup à la fin du roman. Je dois y reconnaître une certaine ténacité et ingéniosité dans la conception du crime. Pour un mobile qui finalement ne correspondait pas à celui
qui semblait prévisible aux premières pages. Réflexion faite, j’ai trouvé ce polar moins magique que l’incursion de Keigo Higashino dans l’imaginaire. Néanmoins, il aura fait le travail que je demande à tout bon roman policier : me captiver d’un bout à l’autre sans que j’aie envie de reposer le livre. Bien joué !

Un café maison
D
e Keigo Higashino
Traduction de Sophie Refle

Éditions
Actes Sud

Quitter les monts d’Automne

Que j’aime, que je n’aime pas ou que je reste perplexe, le moins que l’on puisse dire c’est que la sélection de livres d’Albin Michel Imaginaire déjà lus ne manque jamais d’originalité ni de surprise pour son lectorat. Dernier exemple en date ? Ce Quitter les monts d’Automne d’Émilie Querbalec qui sort en ce début septembre. Je ne vous ferai pas lambiner sur toute une colonne : s’il a droit à sa propre chronique, c’est que je l’ai apprécié, malgré une protagoniste qui a une grosse tendance à se laisser porter par les événements et fait preuve d’une belle dose d’égoïsme vis-à-vis de ses amis.
De quoi par ce Quitter les monts d’Automne ? L’action commence dans les fameux monts d’Automne, un endroit reculé à la campagne sur une planète inspirée du Japon pré-époque moderne. Kaori y vit avec sa grand-mère conteuse et une troupe de danseuses et attend désespérément de savoir si elle héritera du Dit, le don de sa lignée. À la mort de sa grand-mère, celle-ci lui lègue en héritage le plus grand tabou qui soit : un texte écrit. En danger elle devra fuir sa planète, découvrir l’univers et les êtres qui l’habitent et finalement comprendre le secret de son parchemin.

Vous avez donc trois genres au moins dans un seul livre : de la fantasy pure, qui tourne au planet opéra à la Jack Vance quand Kaori part pour la capitale, avant de devenir un space opera plutôt bien rythmé dans la dernière partie, bataille à l’intérieur de station spatiale comprise. Vous y rencontrerez de tout : des intelligences artificielles caractérielles, des cyborgs, des humains à différents stades de la civilisation, et vous ne vous ennuierez pas une minute. Le style simple et l’action constante font que ce livre ne se lâche pas facilement. Pour le coup c’est un véritable « page-turner » où la progression semble se faire toute seule. J’ai juste regretté une fin un peu confuse et légèrement précipitée. Malgré cela, ce fut un très beau voyage, parfait pour s’évader avant le traintrain de la rentrée.

Quitter les monts d’Automne
D’
Émilie Querbalec
Édition Albin Michel

Le garçon et la ville qui ne souriait plus

Voici un livre qui en temps normal n’aurait pas forcément retenu mon attention. Mais il a trouvé le chemin de ma boîte aux lettres, fut lu et s’avéra une bonne surprise. Destiné à un jeune public, comprendre pour adolescent et préadolescent à peu près, Le garçon et la ville qui ne souriait plus ne doit qu’à un seul élément de se retrouver dans une collection dédiée à l’imaginaire : c’est une uchronie où la France de 1858 est un Empire où l’Église et ses normes exercent une pression forte sur la population. Tout le reste ne relève ni de la fantasy, ni du fantastique et encore moins de la science-fiction, mais bien plus classiquement du roman d’aventures et du récit d’initiation. Les anormaux de l’ile de la Cité ne sont que des êtres difformes de naissance ou par accident, malades, fous ou dont le comportement ne correspond pas « aux bonnes mœurs ».
Nous y suivons donc Romain, jeune adolescent de la bonne société qui cherche à échapper au carcan de sa famille en s’encanaillant dans les rues de Montmartre ou en franchissant la Seine pour espionner l’objet de ses pensées à la Cour des Miracles. Une conve
rsation surprise dans le bureau de son père va tout changer… La construction de l’intrigue est tout ce qu’il y a de plus classique avec un rythme soutenu et des retournements (pas si prévisibles que ça) qui arrivent au bon moment pour finir sur un happy end digne d’un téléfilm dominical.
Et pourtant, j’ai aimé cette balade dans les rues de Paris en compagnie de Romain, Ambroise, Lion et Akou. La forme un peu surannée m’a rappelée les étés où je lisais Alexandre Dumas au fond de la garrigue. Et le récit de cette découverte de soi par Romain et de l’affirmation de son identité est intéressant. Je regrette juste l’absence de rôles féminins forts, mais Le garçon et la ville qui ne souriait plus reste un excellent récit épique pour finir les vacances ou entamer la rentrée. Et bien plus optimiste que ne le laisse supposer sa couverture.


Le garçon et la ville qui ne souriait plus
de
David Bry
Éditions
Pocket

Central Station

Qui a dit que les histoires cyberpunk devaient être froides et ultraviolentes ? Certainement pas Lavie Tidhar avec Central Station, son récit qui sent bon l’orange, le thé à la menthe et la brise marine. Dans ce roman, l’écrivain imagine un futur pour Central Station, actuellement gare routière à mi-chemin entre Tel-Aviv et Jaffa. Quelques siècles plus loin dans le futur, quand l’humanité aura colonisé le système solaire et fait ses premiers pas à l’extérieur de celui-ci, Central Station sera l’un des principaux spatioports de la planète. Et sous lui, prospèrera un quartier ni juif, ni arabe, mais un peu des deux et des différentes ethnies migrantes qui s’y sont installées. Chinoises, nigérianes ou philippines, mais également des robotniks, cyborgs de guerres passés condamnés à la mendicité et aux trafics, des robots, des Autres — entités virtuelles n’ayant pas renoncé à comprendre l’Univers 1 de leurs créateurs, des dieux et des vampires…
Central Station reprend en livre le principe du film La Ronde, chaque chapitre peut se lire comme une nouvelle et présente une tranche de vie d’un des habitants du quartier ou d’un nouvel arrivant. Et le suivant s’y raccroche avec un personnage accessoire qui devient alors
central dans le nouveau chapitre.
Peu à peu, l’histoire de ce quartier et des jeunes messies qui y sont nés/y ont été crées se trace. On y découvre comment robots, cyborgs, IA et humains se côtoient, partagent les mêmes religions et s’aiment parfois. Lavie Tidhar connaît ses classiques de la science-fiction et y glisse des références savoureuses : comme les vers géants qui hantent le désert du Sinaï, les Martiens ReCrées échappés de la saga d’Edgar Rice Burroughs ou C’Mell le pseudo d’un des personnages dans le monde virtuel qui entoure l’Univers 1. Ou surtout sa réinterprétation de la Shambleau, vampire de l’espace comme dans la nouvelle de C.L.Moore, mais qui ici aspire les données et les souvenirs de ses victimes au lieu de leur force vitale. Face à un homme infirme, car non connecté à la Conversation, le successeur d’Internet, elle se retrouve démunie, mais capable de l’aimer sans risque.
En douceur, par petites touches, Lavie Tidhar raconte un récit choral d’une grande beauté où la cruauté et la détresse se mêlent à la beauté des petits riens du quotidien et à l’espoir. De quoi donner envie d’en lire d’autres du même auteur.

Central Station
de
Lavie Tidhar
Éditions
Tachyon

The Dresden files

À l’occasion de la sortie de Peace Talks, le seizième roman dans cet univers, et des vingt ans de la série de Jim Butcher, laissez-moi vous présenter aujourd’hui The Dresden Files. Il s’agit d’une série d’urban fantasy originale, car mélangeant une multitude de mythologies en plein cœur de Chicago et de ses préoccupations bien modernes.
L’histoire commence par Storm Front, où nous faisons la connaissance d’Harry Dresden, seul sorcier officiellement inscrit dans l’annuaire de Chicago, alors qu’il va devoir retrouver un mari disparu et aider la police locale à résoudre une affaire de meurtre rituel commis visiblement à l’aide de la magie. Les premiers épisodes se lisent comme des polars surnaturels. L’univers autour d’Harry Dresden et du monde surnaturel qu’il côtoie se construit au fur et à mesure. Vous y découvrirez les sorciers humains du White Council qui se méfient de lui bien qu’il en fasse partie de plein droit, le monde des fées (divisé entre les cours de l’Eté et de l’Hiver, plus des indépendants comme la Horde fantastique ou les pixies proches de la fée Clochette et amateurs de pizza), différentes sortes de vampires (psychique, monstrueux ou morts-vivants tradition
nels), de loups-garous, des créatures issues de la mythologie nordique, tibétaine, amérindienne ou grecque (et le salon d’Hadès aux Enfers si confortable), des anges déchus ou non, et même des entités mystérieuses venues du Grand extérieur… Peu à peu, toutes ses enquêtes vont se révéler liées les unes aux autres et Harry Dresden va se retrouver mêlé à un complot ne visant rien de moins qu’à déstabiliser les accords entre les différentes nations surnaturelles pour éradiquer l’Humanité, si faible et pourtant si dangereuse pour le reste des créatures. Comme souvent dans ce genre de saga de fantasy, Harry Dresden va prendre du galon et passer de simple sorcier détective au rang de puissance à lui tout seul parmi la communauté surnaturelle. Mais son rayon d’action reste limité majoritairement à Chicago, même si certaines de ses aventures dans les nouvelles ou les comics liés l’entraînent à d’autres endroits de l’Amérique du Nord. Et suivant un corollaire du Tao de Peter Parker, de grands pouvoirs impliquent de grandes difficultés… Pour Harry Dresden, les enjeux ne vont que crescendo culminant avec la fin de Peace Talks, le dernier opus en date, où Chicago est menacée de destruction par la dernière des Titans. Autant vous dire que je n’ai qu’une hâte : me jeter sur Battle Ground quand il sortira fin septembre.
Mais si vous avez la chance de ne pas encore connaître cette série, pourquoi la lire ? Déjà parce qu’outre Harry Dresden, Jim Butcher a su créé une galerie de personnages humains ou non, particulièrement attachants et construits tout en nuance : La policière Karrin Murphy, Gentleman Jim Marcone truand de profession, ou Lea marraine féérique d’Harry, Bob esprit piégé dans un crâne ou encore la famille Raith dans son ensemble succubes de leur état, ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Aussi puissantes qu’elles puissent l’être, les créatures
ont des limites strictes et ne peuvent s’en écarter : les fées ne peuvent mentir, les Raith sont brûlés par le contact d’une personne pleinement amoureuse, Harry ne peut utiliser de technologie postérieure aux années 70 sans tout faire sauter. Ce qui le condamne le plus souvent aux pannes de voitures et aux douches froides à répétition… Et l’auteur sait parfaitement alterner les moments épiques avec les petits détails de la vie quotidienne, comme un personnage s’inquiétant de la réaction de sa mère à ses nouveaux piercings alors qu’elle est en train de sauver l’univers en se battant dans la la forteresse de l’Hiver. Ou Harry faisant une note mentale d’inscrire sa fille à l’école alors qu’il va faire un cambriolage dangereux dans la forteresse du plus grand mafieux de Chicago. Les références à la culture geek (BD, livres, films, TV et autres) sont également nombreuses et toujours bien amenées. Je vous garantis que chaque livre vous apportera votre dose de suspense, de fou rire, d’émotion et d’action. Amateur d’urban fantasy, foncez lire The Dresden Files. Pour ceux qui lisent uniquement en français, la série a été traduite partiellement en français sous le titre Les Dossiers Dresden chez Bragelonne.

The Dresden Files
de 
Jim Butcher
Storm Front, Full Moon,
Grave Peril, Summer Knight, Death Masks, Blood Rite, Dead Beat, Proven Guilty, White Night, Small Favor, Turn Coat, Changes, Ghost Story, Cold Days, Skin Game, Peace Talks et une série de nouvelles et de comics associés
Éditions
Ace books

La Cité de l’orque

Encore une fois, voici un livre qui m’a été chaudement recommandé par différentes connaissances, et que j’ai mis du temps à lire. Et pourtant… La Cité de l’orque de Sam J. Miller joue habilement avec les codes du cyberpunk pour conter une histoire à la fois épique et intimiste, plutôt originale. Jugez-en… Nous sommes au 22siècle, la montée des eaux et la course effrénée à l’immobilier ont entraîné un effondrement des grandes puissances comme les États-Unis au profit d’autres acteurs : pays comme la Chine ou la Suède, compagnies ou mystérieux « actionnaires » anonymes. Pour survivre, l’Humanité s’entasse dans des cités flottantes, dont Qaanaaq au cercle arctique, où se déroule le récit. Dans cette ville cosmopolite dirigée par un conglomérat de logiciels (qui ne sont pas des intelligences artificielles, mais des programmes évolutifs conçus par les architectes de la ville), une femme débarque un jour à dos d’orque accompagnée d’un ours blanc encagé.
La Cité de l’orque est à la fois l’histoire d’une révolution contre un système tout aussi oppressif qu’il est impersonnel, que celle de la réunion d’une famille étrange où chacun de ses membres est ressorti meurtri de la violente séparation qui leur a été imposée. Aux éléments classiques du cyberpunk que sont l’utilisation de drones, de systèmes de surveillance par implants ou de nanites, La Cité de l’orque va ajouter des éléments comme les « failles » une maladie donnant accès aux souvenirs et à la conscience des autres malades, la possibilité de partager sa conscience avec un animal ou divers éléments autour des différents genres humains et de la façon dont ils s’envisagent à cette époque.
Non dénué de défaut
s dont quelques longueurs et un choix étrange du pluriel pour faire parler le seul personnage non-binaire du lot, La Cité de l’Orque surprend par son originalité et la force de ses personnages. L’auteur développe un point de vue intéressant qui fait que je me pencherais volontiers sur ses autres romans.

La Cité de l’orque
de Sam J. Miller
traduction de
Anne-Sylvie Homassel
Éditions Albin Michel Imaginaire

Mascarade

Après Carnaval, Ray Celestin poursuit son City Blues Quartet avec Mascarade. Dix ans après les événements du précédent roman, nous y retrouvons Michael et Ida, les deux détectives de chez Pinkerton et Louis Armstrong. Ayant tous quitté La Nouvelle-Orléans, ils ont refait leurs vies à Chicago.
En reprenant la même formule que le premier opus, Ray Celestin va nous décrire deux enquêtes en parallèle. Dans l’une, Michael et Ida enquêtent sur la disparition d’une riche héritière et de son fiancé. Dans l’autre, un photographe de la police essaie de faire la lumière sur un meurtre sanglant qui lui rappelle une autre affaire. Le tout sur fond de Prohibition et de guerre des gangs entre Al Capone et Bugs Moran.
S’inspirant une fois de plus de faits réels, quitte à en changer légèrement les dates, Ray Celestin mêle avec talent le monde du jazz, la description du Chicago des années 20 et 30 et un polar sommes toutes classique, mais non dénué de rebondissements surprenant. Plus sombre que le précédents, Mascarade laisse ses protagonistes survivants dans une situation plus précaire, mais particulièrement intéressante. Néanmoins, j’ai personnellement regretté le manque d’interaction entre Louis et Ida et le rôle très annexe du jazzman dans l’histoire par rapport au roman précédent.


Mascarade
de Ray Celestin
Éditions 10/18