Clandestin

Avez vous déjà rencontré des auteurs dont le rythme vous emporte, vous berce, même si le fond est dur ? Pour moi, James Ellroy est l’un de ceux-là. Si j’ai du mal avec son nouveau quatuor de Los Angeles, ses romans plus anciens me fascinent et m’horrifient à chaque lecture ou relecture. Et là, entre deux poussées de fièvre, j’ai choisi Clandestin, son second roman pour accompagner ma convalescence.
Ici, malgré la présence ponctuelle de Dudley Smith l’Irlandais, nous suivons la destinée de Freddy
Underhill durant les quatre dernières années de sa jeunesse. Agent de police orphelin et ambitieux, sa vie va prendre un tournant radical lorsqu’une de ses conquêtes d’un soir est retrouvée étranglée chez elle. Pourquoi ? De fausses pistes en dérive en Californie et dans le Wisconsin, il démêlera au fur et à mesure les affaires clandestines des différentes personnes impliquées et changera le cours de sa propre vie. Si Clandestin n’est pas un polar aussi cadré que les autres livres de l’auteur, c’est parce qu’il semble s’éparpiller dans tous les sens en s’attardant parfois sur la vie privée de Freddy Underhill et parfois sur celle des différents suspects et victimes. Et pourtant, parmi toutes ses errances, alors qu’Underhill cherche les « merveilles » qui l’attirent tant dans les bas-fonds de LA ou les recoins cachés de l’âme des personnes qu’il rencontre, l’histoire se tisse peu à peu. Si vous n’avez jamais lu de livres de James Ellroy, Clandestin peut paraître une introduction brouillonne, mais séduisante dans son univers. Si vous l’avez déjà lu, et surtout si vous avez lu son autobiographie, Ma Part d’Ombre, vous y découvrirez un nouveau niveau de lecture, et vous retrouverez que James Ellroy a mis beaucoup de lui-même, aussi bien dans son personnage principal, Freddy Underhill que dans certains des personnages secondaires, comme le jeune Michael. Le tout avec un rythme alternant entre frénésie et nonchalance, et se terminant pour une fois heureusement.

PS : Confinement lecture oblige, le roman est disponible en numérique.

Clandestin
de 
James Ellroy
traduction de Freddy Michalsky

Éditions
Rivages

The Institute

Décidément, il ne fait pas bon être un enfant dans les livres de Stephen King. Son dernier en date, The Institute (L’Institut en français) en est la preuve formelle. Reprenant l’idée de Charlie avec des enfants dotés de pouvoirs psychiques rassemblés et soumis à des expériences pour le « bien commun », dans son dernier roman Stephen King modernise l’idée et montre ce qu’on pourrait en faire en 2019. Sa Charlie s’appelle désormais Luke Ellis et, à défaut d’allumer des feux, peut bouger les plats à pizza -vides- d’une pensée. Le jeune Luke, 12 ans, est également un prodige s’apprêtant à entrer simultanément au MIT et à Harvard, mais cela n’intéresse pas l’Institut. Seuls ses quelques talents télékinétiques et sa télépathie latente intéressent l’organisme qui le gère. Sauf que… à force d’expérimentation et de séances de tortures, les membres de l’Institut vont réveiller leur pire ennemi et amener ainsi leur destruction complète. Voire, s’ils disent vrais, peut être plus…
Est-ce la période ? Lire confinée une histoire où l’enfermement et l’isolation tient une si grande place n’est pas des plus faciles. Est-ce le fait que Stranger Things, hommage plus qu’appuyé à l’œuvre précédente
de Stephen King, soit passé par là ? Toujours est-il que The Institute est un roman solide de l’auteur, mais pas un roman inoubliable ou marquant. La rencontre entre le flic désabusé et le jeune mutant échappé (Hopper et Eleven dans Stranger Things, Tim et Luke dans The Institute) m’a donné l’impression d’avoir été vue et relue plus d’une fois. Plutôt dense (859 pages dans la version anglaise), le roman a une construction éclatée entre le Maine et la Caroline du Sud passant d’un protagoniste à l’autre. Cette narration permet d’apercevoir cet Institut sous toutes ses facettes, mais n’est pas des plus faciles à suivre. En revanche, j’ai apprécié qu’à part une vague mention en passant à Jerusalem’s Lot (la ville de Salem entre autres), les autres œuvres de Stephen King ne soient pas mêlées à l’histoire. Et contrairement à L’Outsider, même si l’auteur reprend des thèmes qu’il a maintes fois abordés, The Institute reste suffisamment original pour que même le lecteur le plus averti de Stephen King ne puisse prévoir complètement ce qu’il va se passer dans les pages suivantes. Toujours aussi bien écrit, le roman se lit très facilement et ne se lâche pas aisément. Une valeur sure sans être un chef-d’œuvre.

PS : Confinement lecture oblige, le roman est disponible en numérique aussi bien dans la version originale que dans sa traduction française.

The Institute
de 
Stephen King
Éditions
Scribner

L’homme truqué

Assez discrète, l’Opération Bol d’air dévoile de petits bijoux littéraires durant cette période de lecture confinée. Elle proposait notamment la semaine dernière de découvrir un texte historique de la science-fiction française : L’Homme truqué de Maurice Renard. Et pourtant, écrit en 1921, le texte portait sur une thématique qui ne m’attire pas particulièrement : la Première Guerre mondiale et ses « gueules cassées ». Mais je me devais de lire l’un des pionniers de la science-fiction française.
Et je ne fus pas du tout déçue. L’histoire a un style daté proche des feuilletons paraissant alors dans les journaux, mais l’écriture est claire, légère et peu encombrée. À peine ai-je dû jeter un œil dans le dictionnaire pour me faire une idée du son d’une serinette. Courte, l’histoire commence comme un polar par la découverte du corps du narrateur,
visiblement tombé dans un traquenard le long d’une route de campagne. Par miracle, son récit caché dans une poche intérieure de son costume n’a pas disparu.
Et là, le récit entre de plain-pied dans la science-fiction avec le retour miraculeux d’un voisin que l’on croyait mort au front. En réalité, l’homme devenu aveugle lors d’une bataille a été récupéré par les Allemands et envoyé vers l’arrière dans un mystérieux château. Là, on lui greffa des yeux mécaniques d’un genre nouveau. Ayant réussi à s’évader, il est revenu dans son village natal
pour y finir ses jours. En paix ?
Très court, avec à peine 145 pages, L’Homme truqué est un récit pourtant complet avec des bases scientifiques solides (pour l’époque), sans être trop jargonneux, et un équilibre plutôt bon entre l’action, la description des états d’âme des différents personnages et l’aspect scientifique. S’il n’entre pas dans les détails, la honte ressentie par cet aveugle défiguré par la guerre et la science est bien décrite, ainsi que son envie légitime de ne plus servir de cobaye, même vis-à-vis de son ami médecin, pourtant bien intentionné. Tout juste peut-on reprocher à l’auteur un retournement de situation plutôt prévisible, et au narrateur une certaine naïveté ?

L’Homme truqué
de
Maurice Renard
Éditions L’A
rbre vengeur

Les Futurs Mystères de Paris

Il est des séries que je ne me lasse pas de lire et relire. Outre mon cher Dune et ses suites, Les Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner en fait partie. Parue d’abord chez Fleuve Noir puis chez L’Atalante, cette série policière met en scène un détective privé affligé d’un étrange don. En effet, Tem, de son nom complet Temple Sacré de l’Aube radieuse, est un transparent. C’est-à-dire dans un univers alternatif où les États-Unis ont été emportés par la Grande Terreur primitive de 2013 laissant un grand vide entre le Canada et le Mexique, un mutant dont les gens et même les bases de données numériques et les caméras de surveillance ne remarquent pas l’existence, voire l’oublient très vite s’il ne se fait pas remarquer par différents stratagèmes dont un borsalino vert fluo des plus seyants.
Les Futurs Mystères de Paris reprend tous les codes des polars des années 50 et 60, à quelques détails près. Après ladite Grande Terreur, l’Humanité est devenue nettement plus pacifique et les crimes violents sont en chute libre. L’Humanité elle-même ne se divise plus en pays ou en ethnie, mais entre multinationales surpuissantes (les technotrans) et une multitude de tribus rassemblées suivant des affinités de goûts et de sectes religieuses de tous poils.
Ajoutez-y des intelligences artificielles en pagaille, dont certaines anarcho-marxistes ou amatrices de rock’n’roll, des Archétypes issus de l’inconscient collectif humain (et félin) remontant aux balbutiements d’homo sapiens dans les plaines africaines ou issus des tout derniers usages technologiques. Saupoudrez le tout d’une bonne dose de cyberpunk, de nostalgie hippie, d’action échevelée (mais le plus souvent donc non-violente !) et de personnages hauts en couleurs (dont un cochon !) et vous obtiendrez une série
de neuf romans et une collection de nouvelles et novella parus entre 1996 et 2007. À savoir dans l’ordre, pour les romans : La Balle du néant, Les Ravisseurs quantiques, L’Odyssée de l’espèce, L’Aube incertaine, Tekrock, Toons, Babaluma, Kali Yuga, Mine de rien. Et pour les nouvelles, citons : Honoré a disparu, S’il n’était vivant, Le Retour du parasite, l’Esprit de la Commune,… et Personne n’est venu.
Comme tous les romans entrant plus ou moins dans la case « cyberpunk », les récits des Futurs Mystères de Paris sont datés. Déjà nous sommes en 2020 et les États-Unis sont encore là… Et à la différence de ce que sous-entend La Balle du Néant, le premier roman paru en 1996, les disquettes informatiques ont disparu depuis belle lurette de la circulation dans les centres d’études scientifiques. Et pourtant, pourquoi les lire et les relire ? Tous simplement parce que ces romans et les nouvelles qui constituent ce cycle s
ont des petits bijoux qui plairont aussi bien aux amateurs de polars qu’aux fans de science-fiction. Et qu’ils dégagent une telle énergie que vous finissez l’un d’entre eux avec un grand sourire aux lèvres.

PS : #Confinementlecture oblige, l’intégralité de Les Futurs Mystères de Paris est disponible en numérique

Les Futurs Mystères de Paris
de
Roland C. Wagner
Éditions L’
Atalante

Lee Winters, shérif de l’étrange

Toujours dans le cadre des lectures confinées, j’ai récupéré ce livre étonnant chez Les Moutons électriques. Amatrice de pulps, je connaissais plutôt ceux qui comme les vieux « penny dreadful » tiennent de l’horreur gothique, soit ceux très orientés science-fiction avec tenue spatiale argentée et monstres extraterrestres. Jusqu’à présent, je n’avais pas eu l’occasion d’en lire dans le genre western. Jusqu’à Lee Winters, shérif de l’étrange. Cet ouvrage regroupe onze nouvelles de Lon T. Williams parues dans des magazines spécialisés au cours des années 50.
Elles mettent en scène le même protagoniste, le shérif adjoint Lee Winters (Note au traducteur : Winters est le nom de famille — ou surname en version originale —, pas le prénom comme indiqué dans les premières nouvelles), et les alentours de Forlon Gap où il est en poste. Dans cette ville de l’Ouest américain, après le passage de la Ruée vers l’or, les maisons se vident et les alentours se peuplent de créatures étranges. À chaque nouvelle, le surnaturel tient un rôle. Parfois sous couvert de fantômes et de monstres, ce sont des bandits en chair et en os
qui effectuent leurs méfaits. Parfois, les fantômes cherchent à se venger et guident le shérif pour obtenir réparation. D’autres fois encore, il se retrouve plongé au milieu d’événements réinterprétant les mythes amérindiens, grecs ou bibliques, voire des pans d’histoire lointains, sans réellement comprendre ce qu’il fait là. À chaque fois, son entêtement, son bon sens et son six-coups lui permettront de se tirer des plus mauvais pas.
Alignées les unes derrière les autres, et non étalées dans différents magazines sur plus de huit ans, ces onze histoires ont une structure assez répétitive avec des passages obligés dans le salon de Doc juste avant la fermeture par exemple. Malgré tout, leur style suranné, mais restant parfaitement lisible et le choix assez original des thématiques leur donnent un côté rafraichissant.
Une excellente découverte…

Lee Winters, shérif de l’étrange
d
e Lon T. Williams
traduction de Stéphan Lambadaris

Éditions
Les Moutons électriques

Et Dieu se leva du pied gauche

C’est bien de trouver de vous dire où trouver de la lecture en période de confinement, mais autant en profiter soi-même, non ? C’est ce que j’ai fait en récupérant chez Confinementlecture, Et Dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller, autrice qui m’intriguait depuis longtemps.
Et Dieu se leva du pied gauche n’est pas le premier volume de sa série de romans mettant en scène son enquêteur, Évariste Fauconnier, et l’assistant de celui-ci, Isabeau Le Du, ni l’institut Sainte-Cécile. Certaines références ont pu m’échapper du coup, mais rien qui ne gêne réellement la lecture.
Nous sommes en 1951. Un séminaire d’entreprise a mal tourné à Venise. Partageant une même suite, sept de ses participants sont retrouvés morts, sans explications. La huitième personne est elle saine et sauve, bien que fortement imbibée. Devenue la suspecte idéale pour la police italienne, elle va faire appel à un vieil ami. Et de fil en aiguille, l’institut Sainte-Cécile mettra son meilleur enquêteur sur le coup. Évariste Fauconnier entre en scène. L’enquête le mènera loin de Venise, explorer les dessus d’un hôpital psychiatrique à Neuchâtel. Le récit de celle-ci est entrecoupé par les pensées d’un tortionnaire pervers, mais également par le journal tenu par une personne enfermée dans un camp de concentration en 1943 où avaient lieu des expérimentations sur la psyché humaine.
Très vite, il semble clair que le passé et le
présent sont liés, mais il est difficile de faire la part des choses, jusqu’à la résolution finale.
Le style d’Oren Miller est très agréable et s’adapte en finesse au côté suranné de l’époque qu’elle décrit. Si l’usage de l’horreur du nazisme pour expliquer les pulsions de l’assassin est un cliché lu et relu dans le polar, l’autrice arrive à en dégager un angle original en menant jusqu’au bout le lecteur en bateau. De quoi donner envie de découvrir plus de livres de sa plume.

Et Dieu se leva du pied gauche
d’
Oren Miller
Éditions
L’Homme sans nom

Tamanoir

Présenté par l’auteur comme une farce policière née de l’idée de confronter un privé anarchiste similaire au Poulpe à un univers fantastique, Tamanoir est un livre déjanté comme en publie régulièrement Aux forges de Vulcain. Ici tout commence au Père-Lachaise de nuit, plus exactement dans un recoin pentu et assez reculé du cimetière. Deux tueurs abattent froidement trois hommes : un clochard et deux assistants sociaux. Le clochard se relève et part avec son chat sous le bras. Quelques jours plus tard, dans un café, Nathanaël Tamanoir voit passer un entrefilet sur ses meurtres et décide d’enquêter. Entre magouilles à l’aide sociale, mafia gitano/serbo-croate et guéguerres entre divinités et puissances démoniaques, l’enquête de ce Tamanoir va être décousue, pleine d’action et d’envolées lyrico-anarchistes ou de passages oniriques pas piqués des hannetons. Le tout calquant un peu trop fidèlement la structure des histoires du Poulpe, même si cette version de Cheryl a abandonné la coiffure pour le professorat universitaire et si l’armurier de la bande est italo-marseillais et non ibérique.
J’avoue ne pas avoir lu l’autre livre de Jean-Luc A. d’Asciano, Souviens-toi des monstres, il y a donc des références qui ont pu m’échapper. En revanche, j’ai eu du mal à lâcher ce Tamanoir et surtout ses personnages secondaires plutôt attachants. En particulier, Jacquot et ses teckels de traineaux
m’ont fait beaucoup rire. En revanche, le fantastique n’est au final que peu présent. Au début avec le clochard qui se relève et dans le quart final du roman quand l’on découvre enfin en partie l’identité dudit clochard et ce qui se tramait derrière les meurtres. Tout le reste est à classer dans la catégorie polar politico-humoristique. En tout cas, j’avoue que l’idée est bonne et j’aimerais bien que ce Tamanoir fasse des petits, écrits par le même auteur ou par d’autres. Je me demande ce qu’en ferait un Romain Ternaux ou un Karim Berrouka par exemple.

Tamanoir
de
Jean-Luc A. d’Asciano
Éditions
Aux Forges de Vulcain

Dr. Greta Helsing

Souvent l’urban fantasy soit joue la carte de la romance soit reprend les codes du polar en plongeant le ou la privé dans un monde où ses suspects sont des êtres surnaturels. Pour sa trilogie autour du Dr Greta Helsing, Vivian Shaw choisit elle l’angle médical. À l’image de son illustre ancêtre, et en ayant laissé tomber le Van de son patronyme, Greta Helsing est médecin généraliste à Londres. Ce sont ses clients qui ne correspondent pas à la norme. Entre croquemitaines allergiques et bébé goule atteint d’otites, elle doit aussi traiter des sanguinovores dépressifs de différentes espèces, des démons atteints de bronchites chroniques ou des momies aux os fragiles.
Loin d’être une simple série de cas assemblés les uns derrière les autres, la vie du Dr Helsing va se trouver mêlée à plusieurs ruptures de la réalité, et il faudra l’aide de ses amis humains ou non pour restaurer la situation.
Le premier livre, Strange Practice, nous entraîne à Londres et dans ses sous-sols à la poursuite d’un ordre religieux dévoyé ; le deuxième, Dreadful Company se passe à Paris où un clan de vampire sème la zizanie dans les catacombes ; et le troisième, Grave Importance nous entraîne à Marseille dans une maison de santé pour momies. Attention pour les lecteurs français connaissant ces deux dernières villes,
il y a quelques belles incohérences. Ainsi, même si l’autrice a visiblement visité les lieux et fait quelques recherches, j’attends toujours de voir comment faire en 45 minutes l’aller-retour entre Montmartre et le cimetière du Père-Lachaise dans le noir du sous-sol et sans grimpette ou descente excessive.
Cette précision apportée, que retenir de cette trilogie ? Qu’elle est finement drôle ! En effet, Vivian Shaw connaît ses classiques de l’horreur tant en livres (Le Vampire de Polidori, Entretien avec un Vampire d’Anne Rice, Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux et bien d’autres) qu’en films (avec les apparences de ses différents personnages). Et elle en détourne les clichés avec intelligence, tout en proposant des histoires
légères à lire sans tomber dans les travers des pages turners anglo-saxons. Seul reproche, elle vous donne envie de relire certains classiques. Pour ma part ce sera le théâtre de Goethe avec Faust. Et vous ?

Dr Greta Helsing
(Strange Practice, Dreadful Company et Grave Importance)

d
e Vivian Shaw
Éditions
Orbit

Célestopol

La Lune à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Une ville sous un dôme avec ses canaux, ses palais, ses fastes et ses bouges. Un peuple bigarré d’humains, de chats et d’automates aux accents slaves. Telle est Célestopol, la ville qui sert d’écrin aux quinze nouvelles de ce recueil.
Dans Célestopol, Emmanuel Chastellière nous livre donc quinze vignettes à différentes périodes de ce qu’aurait pu être la vie sur la Lune dans une dystopie steampunk où l’empire russe a anéanti Bonaparte et où la Révolution d’octobre n’a jamais eu lieu. Si chacune des nouvelles est indépendante, elles sont classées par ordre chronologique des événements et certaines ne sont compréhensibles qu’en rapport avec les précédentes. Nous y retrouvons souvent les mêmes personnages : le duc régnant sur la ville lunaire, mais également des aventurières dont l’une accompagnée d’un ours sage et sentencieux, des escortes mécaniques ou un voleur bien entreprenant. Au fi
l des récits, Emmanuel Chastellière nous emmène découvrir toutes les strates de la société lunaire, de vieux baroudeurs gardant le barrage ou guidant les trains à l’extérieur du dôme protecteur, aux petits et grands bourgeois profitant de la beauté de la ville en passant par les étudiants, les ouvriers des niveaux souterrains ou le milieu interlope.
Attention toutefois, malgré tous leurs charmes ne vous attachez pas trop aux personnages. Que les histoires s’apparentent aux contes de fées, à la science-fiction pure, au fantastique ou au récit de mœurs, les quinze nouvelles de Célestopol ne sont pas des histoires heureuses. Les morts y servent souvent de chute, que
celle-ci soit flamboyante, déconcertante, tragique ou même mezzo vote.
Pourtant malgré ce ton mélancolique ou, peut-être à cause de lui, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce recueil.

Célestopol
d’
Emmanuel Chastellière
É
ditions Libretto

Harrison Harrison

Un livre jeunesse chez Le Bélial’ ? Et oui, c’est possible ! La preuve avec Harrison Harrison de Daryl Gregory. Ce roman revisitant, une fois de plus, les mythes lovecraftiens, met en scène le fameux Harrison Harrison ou H2. Ce lycéen suit sa mère scientifique à Dunnsmouth, petite ville de la côte de la Nouvelle-Angleterre où le temps semble s’être arrêté. Essayant de s’adapter dans un nouveau lycée et de survivre avec son aquaphobie dans un environnement tout entier tourné vers la mer, H2 va bientôt être confronté à une autre catastrophe. Sa mère disparaît et les habitants de Dunnsmouth ne sont pas si humains que ça…
Le moins que l’on puisse dire est que Daryl Gregory connaît bien le mythe autour des Grands Anciens de H.P. Lovecraft, qu’il ait été décliné en livre
s ou en BD ou bien en films. Et l’illustrateur choisi pour l’édition française, Nicolas Fructus également. Même si son infirmière évoque plus Resident Evil que Re-animator. Si le lecteur dispose des mêmes références, les clins d’œil plus ou moins appuyés aux différents aspects du mythe seront savoureux. Et sinon ? Sinon il reste un roman solide à destination des plus jeunes. Mélangeant humour, enquête et horreur, Harrison Harrison est accrocheur. J’ai personnellement eu du mal avec les tout premiers chapitres, le temps que tous les personnages prennent place et qu’on nous présente le lycée et la ville. J’ai été réellement emportée par l’histoire avec l’enlèvement de la mère et surtout l’apparition de la tante de H2, personnalité fantasque et attachante s’il en est. La rencontre avec Lub vaut également le détour. En revanche, mais le reproche est également valable pour les œuvres de Lovecraft, les motivations des antagonistes sont peu claires. Et la plupart d’entre eux n’ont pas de réelles profondeurs. Seul le Scrimshander avec sa façon si particulière de disposer de ses victimes sort du lot.
Au final, Harrison Harrison ne correspond pas tout à fait à ce que j’en attendais, mais j’ai apprécié cette lecture, nettement plus légère que celles auxquelles m’avait habituée cette maison d’éditions. Et j’ai des envies de homards… Comme en a le héros de l’histoire.

Harrison Harrison
de Daryl Gregory
traduction de Laurent Philibert-Caillat

Éditions
Le Belial’