Anastème – Révolution : projet à suivre ?

S’annonçant à mi-chemin entre l’espionnage et la science-fiction classique, Anastème – Révolution se veut le premier roman d’un bourlingueur des littératures de l’imaginaire. Tour à tout blogueur, éditeur de BD numérique pour Glénat, journaliste ou attaché de presse et plus récemment consultant, Sébastien Célimon franchit le pas avec Anastème – Révolution. Et plutôt que s’autoéditer ou écrire dans son coin un manuscrit avant de confier à un éditeur, il le fait en ligne. Ainsi, les deux premiers chapitres (et un bonus) sont disponibles gratuitement sur Tipeee. Si le résultat vous intrigue suffisamment, vous pouvez donner un « tip » de 1 € pour lire le chapitre suivant. Ces tips ponctuels ou récurrents non seulement préfinancent le livre, mais également permettent à l’auteur de mesurer si la direction qu’il prend plaît à son lectorat potentiel, et à créer une communauté autour de son livre avant une parution future.
Personnellement, les deux courts chapitres présentés piquent suffisamment ma curiosité pour que je verse mon obole pour en savoir plus. Attention, ce n’est encore qu’un projet en cours et d’ici à une mise sous presse, beaucoup de choses peuvent encore changer. L’histoire me plaît, et l’idée d’avoir un coin du voile levé sur un procédé créatif aussi. Et vous ?

Le moineau de Dieu

Voici un livre que j’ai lu deux fois. Une première fois à sa sortie chez Presse Pocket et une autre fois récemment lorsqu’un ami m’a prêté le livre. Et les deux fois, je me suis laissée happer par l’histoire. N’étant pas particulièrement religieuse, j’ai pourtant toujours été fascinée par l’ordre des Jésuites (et celui des Dominicains, mais là je blâme Valerio Evangelisti et sa série autour de l’inquisiteur Nicolas Eymerich). Du coup, un livre sur une expédition spatiale financée et menée par des jésuites avec la première rencontre extraterrestre ne pouvait que me tenter.
Même si elle annonce assez vite la couleur – l’expédition est un échec et le seul prêtre survivant est revenu brisé, impur et meurtrier d’un enfant – l’écriture de Mary Doria Russell est pleine de douceur et de délicatesse. L’alternance entre « alors » (de la découverte des extra-terrestres au sauvetage du dernier prêtre) et « maintenant » (le débriefing du survivant et sa lente remise en forme) amène lentement vers la déchéance finale et son retournement. Plus que les événements eux-mêmes, ce qui intéresse Mary Doria Russell, et ce qui m’a intriguée en tant que lectrice, c’est l’évolution des différents personnages : humains comme extraterrestres. Les liens entre eux qui se nouent et se dénouent en permanence.
Au début du livre, vous pouvez avoir droit à de vrais fous rires, et le texte se lit très facilement. Ce n’est pas une raison pour le mettre entre toutes les mains. Même sans s’attarder avec moult détails graphiques, les thèmes abordés sont durs. Ils tournent autour d’une thématique centrale, et récurrente en science-fiction comme en religion : comment un Dieu d’amour et de bienveillance peut tolérer l’existence du Mal et de la souffrance, surtout à l’encontre de victimes innocentes. Et comme l’on s’attache aux personnages, même sans description détaillée, ce qu’ils font ou ce qui leur arrive est encore plus violemment ressenti. Sans apporter de réponse formelle à la question, Mary Doria Russell livre ici un roman qui pousse à s’interroger, croyant ou non, sur la définition même du Mal et sur nos a priori.

Le moineau de Dieu par Mary Doria Russel
Traduction de Béatrice Vierne
Editions Presse Pocket

The Dark Tower 1 — The Gunslinger

Maudit Stephen King ! Cet écrivain est un auteur à part dans mes lectures. Autant certains de ses livres (Shining, Salem’s Lot, Ça, Brume, Bag of Bones) me ravissent et je les lis et relis avec plaisir. Autant d’autres, pourtant connus comme ses plus gros succès comme Gerald’s Game, Misery ou From a Buick 8, me rebutent au point — rarissime ! – de les abandonner en cours de lecture. La saga de la Tour sombre faisait partie de ce dernier lot. Et je n’aurais pas pris de plaisir à lire Les Yeux du Dragon où d’ailleurs l’homme en noir fait également une apparition, j’en aurais simplement conclu que la fantasy telle que l’écrit Stephen King ne me convient pas. Mais, j’ai insisté, sinon vous ne liriez pas ce pavé.
Ma première tentative date de la parution en livre de poche de la traduction française. Lasse, je n’ai pas dépassé le tiers du roman avant de le revendre. Des années plus tard, je retente l’aventure, mais en version originale au cas où le problème viendrait de la traduction. Ce coup-ci je pousse jusqu’à mi-chemin, et la rencontre avec Jake avant d’abandonner. Ce n’est donc pas un problème venu du traducteur.
Pourquoi persévérer alors ? Parce que je suis une maniaque qui préfère lire le livre avant de voir le film. Or, sort prochainement une adaptation ciné de la saga, avec deux acteurs que j’aime beaucoup (Idris Elba et Matthew McConaughey), même s’ils ont eux aussi leurs lots de navets au compteur. Profitant d’une promotion — début mai ! – sur le site américain de Kobo, j’achète à nouveau The Dark Tower 1 – The Gunslinger. Ce coup-ci, il s’agit d’une version révisée par Stephen King lui-même, à l’occasion de la sortie du volume 6. Stephen King explique d’ailleurs dans son préambule que la version précédente (celle que j’ai dû avoir entre les mains auparavant) a été écrite à 19 ans, avec un style nettement plus lourd que ses livres suivants.
Fin juin, après l’avoir mis de côté plus d’une fois, j’arrive enfin au bout. Et je hais le sale tour que joue Stephen King à ses lecteurs. En effet, The Gunslinger n’est pas un livre, ni même le premier volume d’une saga de fantasy. C’est une introduction au tout dernier chapitre du volume, qui lance lui-même la saga, et s’annonce lui prometteur. Mais pour en arriver là, que de chemin parcouru ! Tant par Roland (et là, cela aide de mettre un visage sur le nom, même si Idris Elba n’a visiblement pas la « pallid skin » du roman), que pour le lecteur. Les personnages vont et viennent et palabrent beaucoup, l’action se traîne et il n’y a guère de prise pour un semblant d’empathie. Avec deux exceptions, Jake le garçon perdu qui s’attache aux pas de Roland et David son faucon vieillissant. Or, au moment où l’histoire démarre enfin, c’est-à-dire environ trente pages avant la fin, tous les deux sont morts. Pour le moment. Dire que je me suis ennuyée à la lecture de ce livre est un euphémisme. Mais, en raison de ces trente dernières pages, Stephen King m’a suffisamment intrigué pour que je donne sa chance au deuxième volume. Mais s’il retente le même coup pour m’intéresser au trois, ce sera sans moi. Il y a tellement de livres à découvrir que je n’ai pas le temps de me trainer avec des boulets dans un roman !

The Dark Tower 1 – The Gunslinger par Stephen King
Editions Scribner

 

En cadeau, la bande annonce du film attendu en août. Avouez qu’elle donne envie ?

Avis d’invitée : La mécanique du coeur

Ce blog s’ouvre parfois à des invités qui nous font partager leurs coups de coeur. Ici, Fiona, 10 ans, nous explique pourquoi lire La Mécanique du cœur de Mathias Malzieu


Jack est né le jour le plus froid du monde, en 1874 à Édimbourg et son cœur en reste gelé. Le D
r Madeleine lui installe une horloge à la place. Du coup, son cœur fait toujours : tic-tac tic-tac. Jack n’a pas le droit de se mettre en colère ou de tomber amoureux, ce qui déréglerait son horloge-cœur. Mais le jour ou il voit une petite danseuse de flamenco à l’âge de 10 ans, il en tombe instantanément amoureux ; il va donc aller à l’école pour la retrouver, mais ne la trouve pas et subit beaucoup de moqueries de la part de ses camarades, surtout par un dénommé Joe (ancien amoureux de la petite danseuse). Trois ans après, ça dégénère et Jack est obligé de partir. Il va se mettre en tête de retrouver Miss Acacia, la petite danseuse de flamenco et va découvrir de nouvelles personnes… Et en retrouver certaines.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui exprime bien les pensées de quelqu’un qui est différent (en l’occurrence Jack) et qui se lit facilement. Il y a évidemment quelques passages où l’on se perd un peu, mais dans l’ensemble, il est très bien. Il est drôle, émouvant, avec parfois une pointe de dureté. Je vous le conseille vivement.

La mécanique du coeur par Mathias Malzieu
Editions Flammarion (et J’ai lu en poche)

The Collapsing Empire

Après un polar futuriste réussi, Locked In (paru chez L’Atalante sous le nom Les Enfermés), John Scalzi revient avec The Collapsing Empire à ses premières amours : le space opera. Situé dans un univers différent de celui de sa saga entamée avec Le Vieil homme et la guerre, ce roman est le premier d’une longue série (avec le deuxième volume The Last Emperox attendu pour l’an prochain), toute aussi pleine d’humour et de piques bien senties sur notre propre culture économico-politico-religieuse. Ici, dans un futur lointain, l’Humanité a perdu tout contact avec la Terre. Elle a construit un empire galactique en s’appuyant sur un courant spatial permettant de contourner la barrière physique de la vitesse-lumière. Sauf que ce courant est un phénomène naturel que l’Humanité ne maîtrise pas. Quand certaines de ses branches disparaissent coupant ainsi des systèmes stellaires entiers du reste de l’empire, elle ne peut rien faire pour les retrouver. À l’heure où un nouvel Emperox monte sur le trône, c’est l’ensemble du courant qui s’apprête à changer de route, laissant l’humanité à sec sur les bas-côtés spatiaux, chacun dans son système. Comment s’y préparer ? Comment éviter les profiteurs qui chercheront à s’enrichir avec cette catastrophe annoncée ? Comment gérer l’inertie naturelle des bureaucrates et autres tenants de la politique de l’autruche ? Telles sont les questions abordées par The Collapsing Empire. En revanche, les réponses viendront dans un second tome.
J’ai adoré lire The Collapsing Empire. Les personnages sont attachants, particulièrement Lady Kiva et ses manières si raffinées. L’histoire est à la fois prenante et très drôle, avec comme souvent chez John Scalzi une résonance assez forte avec l’actualité du moment. Oui, mais… Le livre s’achève là où tout commence. Et il faudra attendre la suite pour savoir de quoi il retourne exactement. Avouez que c’est particulièrement frustrant.

The Collapsing Empire par John Scalzi
Editions Tor

Après Seul sur Mars, Artemis ?

Avant d’être un film événement un peu longuet à la gloire de Matt Damon (acteur quasi-inexpressif à la Ben Affleck), Seul sur Mars était avant tout un livre de science-fiction prenant et stupéfiant écrit par Andy Weir. Dès que j’ai su qu’un autre livre de lui allait sortir, je l’ai précommandé en import. Il devrait donc être chroniqué d’ici décembre 2017. Conçu comme un polar se passant dans la seule ville de la Lune, il m’intrigue fortement. Et ce qu’en dit son auteur dans cette vidéo promotionnelle, ne lève pas le voile sur le mystère, mais semble encore plus alléchant.

 

Une nouvelle maison d’édition : Les plumes du Web

Avec le Web, il n’y a pas que les blogs qui se multiplient.  Les auteurs et les maisons d’édition aussi. Les Plumes du Web, créée dans la banlieue toulousaine, est l’une d’entre elles. Sa particularité ? Elle cherche à publier des auteurs venus du Web. Notamment de la communauté Wattpad, où la fondatrice de Plume du Web, Caroline Sobczak, a fait ses premiers pas. Outre la distribution en mode numérique, et sans DRM (Digital Right Management) quand la plate-forme de vente l’autorise dont la boutique du site, Les Plumes du Web proposera également des versions papier de ses livres. Le premier, A la folie de Cindy Lia est disponible dès à présent. Il est également dans ma liseuse, et même si a priori, il ne correspond pas réellement à mes lectures habituelles, j’en ferai sûrement une chronique. A suivre…

Eschatôn

Si mes années lycée m’ont bien appris une chose, c’est que la prière est totalement inutile pour changer le cours d’une dérivée ou parvenir à absoudre n’importe quelle équation mathématique. En revanche, les coups de gueule et les tapotages au pifomètre de claviers peuvent soit dompter les ordinateurs les plus rétifs soit les précipiter dans des abysses insondables du plantage irrécupérables. Lire Eschatôn, c’est en quelque sorte revivre ces mêmes expériences en 269 pages. Ou plutôt regarder les différents personnages de cette saga futuriste incongrue les vivre à la place du lecteur. Sur à une rupture du multivers dans un voyage interstellaire jusqu’ici sans histoire, deux espaces-temps différents sont entrés en collision et l’humanité a du se confronter à des êtres gluants, visqueux, tentaculaires et sans forme (toute ressemblance avec les Grands Anciens d’un certain HPL étant parfaitement volontaire). Des générations plus tard, la confrontation avec ces Puissances étrangères s’est déplacée sur le champ de bataille religieux. Puisque la science – pardon la sapience – est responsable de cette catastrophe stellaire, bannissons toute science (y compris le calcul autre que compter sur ses doigts ou les machines dépassant la carriole) et comptons sur la prière, et une variation de la Force échappée de Star Wars pour nous en sortir. Toute tentative pour quitter le chemin sacrée est punie de mort. Et pourtant quelques soldats croisés vont se retrouver confrontés à l’impensable. Pris entre la science, leurs propres systèmes de croyances et l’esclavage des Puissances, abandonnés dans une planète perdue au milieu de nulle part, ils devront faire leurs propres choix. Et au final, sortir l’humanité de cette nouvelle période d’obscurantisme. Si la mise en place de l’histoire est un peu lente à se mettre en place, alors que la fin est expédiée en — soyons généreuses — trois pages et un épilogue d’une page, le livre se déguste très bien. Le postulat de base est original et, une fois qu’on apprend à les connaître les personnages sont attachants, particulièrement dans mon cas, Alania et Lothe. Il y a tout de même un grand manque, j’aurais aimé avoir le point de vue d’une des Puissances échouées dans notre univers.

 

Eschatôn de Alex Nikolavitch
Editions Les Moutons électriques

Monstress

Débutée en 2015 chez Image la série Monstress est l’un de ces comics inclassables. L’histoire oscille entre l’aventure de fantasy et l’horreur pure entre pseudo-cannibalisme et tentacules Lovecraftiens à souhait. Le trait lui est à mi-chemin entre les anime issus du Studio Ghibli et le trait plus affirmé classique des BD américaines. Le tout se situe dans un univers où les mythologies nordiques, asiatiques et égyptiennes se croisent et s’incarne. Ce premier volume Awakening — l’éveil — nous présente un monde après la guerre entre des Humains classiques contrôlés par des sorcières Cumea et des Arcaniques, hybrides entre les Humains et les Anciens dotés de talents et dont les corps sont la source de la magie de Cumea. Dans ce monde abritant d’autres races comme les Chats, les Anciens et les Vieux Dieux, une jeune femme Maika Halfwolf est prête à tout pour comprendre ses origines. Particulièrement savoir d’où vient ce monstre qui se tapie en elle, et comment en contrôler la faim sans détruire son entourage. Ce monde est peut-être en paix, mais il n’est pas apaisé. Les traces de la guerre sont toujours là, les horreurs des batailles encore tapies au creux des cauchemars et des cœurs. Et la haine, la méfiance et la rancœur restent bien présentes d’une race à l’autre, que ce soit entre les ennemis d’hier, ou les alliés d’aujourd’hui. Pour autant, entre les failles, certains moments de tendresse et de confiance arrivent à rapprocher pour un temps les personnages au-delà de leurs différences et de leurs peurs. Les personnages, principalement des femmes à l’exception notable de Master Ren, un matou tigré roux à deux queues et à la langue bien pendue, sont tout en nuances. Un instant capable des pires atrocités, et l’autre faisant preuve d’une infinie douceur. Même celles qui n’ont qu’un rôle transitoire dans l’histoire sont étoffées au-delà d’un simple coup de crayon vite oublié. Acheté sur un coup de tête avant de prendre l’avion, Monstress m’a séduit. Et me frustre, car à l’issue de ce premier tome, je veux en savoir plus sur Maika et sur son univers. À bientôt pour une chronique du second volume ?

Monstress – Volume One Awakening
Ecrit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
Editions Image Comics

L’herbe du Diable et la petite fumée

À mi-chemin entre le roman et la thèse d’anthropologie, Carlos Castañeda raconte dans L’herbe du Diable et la petite fumée la première étape de son apprentissage auprès de Don Juan, un sorcier Yaqui. Celle-ci était-elle un véritable voyage initiatique ? Ou une blague qu’un vieil Indien joua à un étudiant trop sûr de lui ? Ou, plus simplement en pleine période hippie, une supercherie de l’auteur sachant que tout récit mélangeant drogues hallucinogènes et « sciences » alternatives était alors sûr de trouver son lectorat ? Jamais l’auteur ne tranchera sur la réalité de son expérience. Le livre s’arrête en effet au moment où Carlos Castañeda, poussé par la peur, interrompt son apprentissage après un combat — réel ou simulé — avec une diablera (sorcière utilisant son savoir à des fins personnelles) ennemie de Don Juan.
Quoi qu’il en soit, Carlos Castañeda réussit à accrocher son lecteur en mélangeant épisodes humoristiques comme sa première rencontre avec Mescalito et suspense, notamment lors de ses essais avec la petite fumée. Malheureusement, le lecteur reste sur sa faim lorsque le récit s’achève sans avoir apporté d’explications ni sur les motivations de Don Juan ni sur les conséquences de cet apprentissage dans la vie de Carlos Castañeda. Son style, alliage de naïveté et de sens critique, renforce encore l’aspect vécu de cette narration. Si les neuf épisodes suivants répondent enfin aux questions laissées en suspens à la fin de ce premier livre, il leur manque la fraîcheur et la distanciation de celui-ci.

L’herbe du Diable et la petite fumée de Carlos Castañeda
traduction de Michel Doury
Editions 10/18