Les Travaux d’Apollon : la prophétie des ténèbres

Bien que sa cible soit principalement composée d’adolescents et de préadolescents, Rick Rioardan fait partie depuis quelques années de ces auteurs dont je dévore les livres dès leurs sorties quitte à mettre de côté les autres en cours de lecture. Le deuxième tome de sa série sur Apollon, Les Travaux d’Apollon : la prophétie des ténèbres ne fait donc pas exception et fut acheté aussitôt apparu dans l’une de mes librairies habituelles. Certes, je ne suis pas sa première lectrice dans la maison, mais cela n’explique pas tout.
Ma principale raison est toute simple. Les livres de Rick Riordan mélangent deux de mes péchés mignons : l’action pure et non stop avec une intrigue bien construite, et les contes mythologiques. Et si l’auteur imagine des ados américains aux prises avec les dieux et démons mythiques, il ne fait pas dans la simplification hollywoodienne à la Marvel (Thor blondinet et frère de Loki, sic), DC ou même des versions ciné de son Percy Jackson. Chaque petit détail, chaque monstre ou divinité peut être retracé à une interprétation des mythes connus ou à un fait historique. Le tout enrobé d’une bonne couche d’humour, d’action, de modernisme et de bons sentiments rebelles. Juste ce qu’il faut pour plaire à son public du 21e siècle.
Dans Les Travaux d’Apollon : la prophécie des ténèbres, nous continuons à suivre les aventures d’Apollon exilé une troisième fois par son père Zeus dans une enveloppe mortelle. À savoir pour le coup, un jeune homme de 16 ans boutonneux et légèrement enveloppé, avec comble de l’affront pour le dieu de la Musique, la voix qui mue encore. Le dit Apollon doit protégér les différents oracles antiques de l’action d’anciens empereurs romains mégalomanes. Ici il s’agit de trouver un oracle au fond d’une grotte près d’Indianapolis et d’affronter un Commode toujours plus mégalomane et irascible, portant donc très mal son nom. À l’occasion, Apollon qui a bien connu en son temps divin certains des protagonistes de l’histoire (dont Commode, mais également une ex-Chasseresse divine végétarienne) doit affronter sa propre culpabilité et apprend à affronter son passé pour aider ses amis présents, quitte à faire passer la survie de sa petite personne divine après la leur. Il devient aussi un spécialiste de l’épluchage des carottes et de la couvaison de griffons. Comme à son habitude, Rick Riordan construit une histoire sans temps mort, mais sans non plus tomber dans le travers du cliffhanger à chaque chapitre. Et l’histoire se conclut, ce qui permettra d’attendre le prochain volume sereinement sans souffrir d’un manque causé par une fin de livre vite expédiée.

Les Travaux d’Apollon : la prophétie des ténèbres de Rick Riordan
Traduction de Mona de Pracontal
Éditions Albin Michel (Wiz)

Stone Junction

Une fois la dernière page tournée, il est des livres dont vous doutez de ce que vous venez de lire. Stone Junction est de ceux là. Etait-ce un roman de fantasy ? Un trip hallucinatoire échappé on ne sait trop comment de la grande période de la littérature hippie voire beatnik ? Ou simplement la version littéraire d’un road-trip movie à l’américain où la contemplation des paysages prend le pas sur l’intrigue ? À moins que ce ne fût une étude des caractères rencontrés tout au long de sa vie par le personnage principal ?
Et tout d’abord, que lui arrive-t-il à ce personnage, le si évanescent et bien nommé Daniel Pearse ? De quelques semaines après sa conception à sa mort (ou son avènement ?) vingt-cinq ans plus tard, nous le suivons pas à pas. Faisant son éducation auprès d’une mère jeune, fantasque et pourtant douée d’un solide bon sens, puis d’une collection d’olibrius, anarchistes et magiciens qui lui apprendra des talents indispensables dans sa vie quotidienne. Plutôt variés ceux-ci vont de la fabrication de faux-papiers à la menuiserie fluviale en passant par le trafic, la culture et l’usage de drogues en tout genre, la méditation en forêt, l’art du déguisement et les arts martiaux ou encore le poker et ses infinies variantes. Pourquoi ? Pourqu’il mène à bien deux quêtes. La sienne propre d’abord : trouver qui est responsable de la mort de sa mère. Et celle de son protecteur : trouver le secret de la sphère philosophale, qui se trouve être aussi la plus pure des pierres. Derrière ces deux enquêtes, il y a une même question : qui est Daniel Pearse. Lui apprend la vérité, mais ne nous la dévoile pas. C’est à nous lecteurs de nous créer la notre, suivant les échos que Stone Junction a éveillés en nous. Le tout tissé dans une histoire haletante qui vous happe dès le début et ne vous lâche que 445 pages plus lui sur un « Mais pourquoi ? » final, aussi suivi d’un « au fait oui, c’est logique. »

Stone Junction de Jim Dodge
Traduction de Nicolas Richard
Éditions Super 8

Et si la BD devenait mouvante ?

J’ai beau lire aussi bien en version numérique qu’en version papier, pour la BD à quelques exceptions près je préfère de loin le papier. Pourquoi ? Tout simplement parce que je passe suffisamment de temps pour le travail à regarder des écrans, sans en plus me coltiner des reflets brillants sur l’ordinateur ou la tablette en lisant un comics. Surtout si je dois en plus pincer l’écran pour zoomer et dézoomer sans arrêt afin d’apprécier chaque case.

À moins que la BD ne soit pensée directement pour ces supports. Plusieurs expériences sont en cours. Et celle d’André Bergs est particulièrement intéressante. Il propose en effet une très courte BD à télécharger gratuitement — sous iOS uniquement hélas — et particulièrement bien pensée. Avec l’accéléromètre, les personnages bougent en fonction de l’action. Les dessins sont en 2D et en 3D ce qui donne de la profondeur à l’action, et si vous voulez voir plus de finesse vous pouvez taper pour zoomer sur une case. Qui plus est l’histoire, à l’humour assez grinçant, est courte et bien trouvée.  Une expérience à suivre ? Vous pouvez tester par vous-même la BD en téléchargeant l’application sur l’AppStore ou regarder la bande-annonce ci-dessus. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette façon de lire des BD.

Les nourritures extraterrestres

En ce mois d’octobre propice à l’imaginaire, et alors que la météo se refroidit de plus en plus, pourquoi ne pas faire un petit tour en cuisine ? Les livres de recettes inspirés par des œuvres de fiction se multiplient de nos jours : avec le succès des différentes déclinaisons de Gastronogeek dont le dernier vient de sortir, les adaptations de recettes tirées de Star Wars ou même pour les plus aventureux du Disque-Monde, il y a de quoi faire. Mais les livres de science-fiction mêlant recette de cuisine et véritable romans sont nettement moins fréquents. Paru aux Éditions Denoël en 1994, Les nourritures extraterrestres de René et Dona Sussan est à la fois un précurseur des ouvrages précédemment cités et une petite intrigue policière très agréable.

Côté intrigue policière, l’histoire se passe sur Apicius où des jeux interstellaires de gastronomie sont organisés. Un jeune cuisinier terrien va disparaître alors qu’il cherche un ingrédient secret, et son patron, chroniqueur gastronomique refusant absolument de manger autre chose que de la nourriture terrestre, se lance sur ses traces. Au fur et à mesure de son enquête, il croisera des populations bien connues du lecteur amateur de fantasy et de science-fiction que ce soit les Elfes du Seigneur des Anneaux, les Fremen d’Arrakis ou même Valentin de Majipoor. Et il se servira des notes laissées par son cuisinier pour retracer son parcours. Ici nous avons la transition vers le livre de cuisine classique. Les notes en question sont des fiches permettant de réaliser les plats extraterrestres avec des aliments bien terrestres et trouvables assez facilement en France à condition d’avoir une ou deux épiceries exotiques à proximité.

Côté cuisine donc, comment sont ces recettes ? J’avoue, je n’ai pas testé les 102 recettes que retranscrit ce livre. Certaines comme les papillons glacés de Chula sont trop longues et minutieuses à réaliser pour ma non-patience légendaire, d’autres comme les coquelicots de la zone crépusculaires par manque de goût pour les ingrédients terrestres utilisés, voire par manque d’attrait pour le plat originel. Qui donc voudrait manger le bourron égalitaire servi à tous et à chaque repas sur la Wyst inventée par Jack Vance ? D’autres recettes sont en revanche devenues des classiques de ma cuisine, comme le gâteau au cassis de l’Amas d’étoiles issu également de l’imagination fertile de Jack Vance, la rascasse sanzaret de Douglas Adams, le coulis au paradan de Caraban de mon cher Frank Herbert (qui accompagne à merveille un poulet grillé) ou les œufs de Korvil dont la couleur impressionnante fait toujours son petit effet au moment d’Halloween. Du salé au sucré, en passant par les boissons chaudes et froides, avec ou sans alcool, ce livre a de quoi satisfaire tous les goûts. Et que vous fassiez un repas (ou plusieurs) autour de votre genre littéraire préféré, ou simplement que vous tentiez une recette ou deux pour épater le voisinage sans rien dire, il vaut le coup d’être conservé précieusement. La trame de l’histoire est plaisante, mais convenons-en, ce n’est pas le point fort de ce livre. Qui m’a fait au passage découvrir Damon Knight, comme sa nouvelle Comment servir l’homme joue un rôle important dans l’enquête. Bonne lecture et bon appétit !

Les nourritures extraterrestres de René et Dona Sussan
Éditions Denoël

Origins: fourteen billion years of cosmic evolution

Dans toute bonne histoire de science-fiction, il y a de la fiction et de la science, en proportion variable suivant les auteurs et les récits. Délaissons pour une fois la fiction pour nous intéresser à la partie science, avec Origins: fourteen billion years of cosmic evolution, de Neil DeGrasse Tyson, l’astrophysicien chouchou de la télévision américaine, et Donald Goldsmith. En 295 pages, les deux compères ambitionnent de nous raconter la plus longue et formidable histoire jamais narrée : celle de l’univers de ses débuts explosifs à nos jours. Ou plus exactement à l’an 2004, année où ce texte a été rédigé. Depuis certaines avancées scientifiques, notamment la découverte de planètes extra-solaires de type terrestre et le déclassement de Pluton de planète à planète naine en 2006, ont rendu quelques pages de ce récit obsolètes. Comme tout ouvrage scientifique au fur et à mesure que la recherche progresse.
Le texte d’Origins: fourteen billion years of cosmic evolution se divise en cinq parties inégales : l’origine de l’univers, l’origine des galaxies et de la structure cosmique (paradoxalement la plus ardue à aborder pour un néophyte), l’origine des étoiles, l’origine des planètes et enfin l’origine de la vie elle-même. A chaque fois, les auteurs ne prétendent pas donner une réponse définitive. Ils expliquent ce que l’on sait dans chaque partie, la façon dont on est arrivé là, quelles sont les différentes hypothèses que l’on peut formuler, et quels types d’expérience seraient nécessaires pour les valider. Le tout parsemé agréablement de traits d’humour et de paraboles bien trouvées pour faire comprendre certains sujets ardus (comme la physique quantique) aux lecteurs que nous sommes. Loin d’être une thèse scientifique entre pairs où le texte se noie sous les équations et les références, là il s’agit d’une vraie histoire, même si le glossaire et les références bibliographiques représentent à eux seuls près d’une quarantaine de pages vers la fin. Après avoir laissé traîner ce livre dans ma PAL (pile à lire pour les non-initiés) depuis un passage au Museum of Science and Industry de Chicago en avril dernier, je l’ai dévoré en quelques jours cette semaine. Comme un bon roman.

Origins: fourteen billion years of cosmic evolution
de Neil DeGrasse Tyson et Donald Goldsmith
Editions Norton

 

Et en bonus, la bande-annonce de Cosmos, la série documentaire présentée par Neil DeGrasse Tyson en 2014 sur Discovery Channel et disponible actuellement sur Netflix.

 

Le Samouraï virtuel

Être spécialiste d’un genre littéraire ne laisse pas à l’abri d’avoir de grosses lacunes. Ainsi depuis ma lecture de Neuromancien et de Mona Lisa s’éclate de William Gibson dès leurs sorties françaises en poche, peu de livres dans la catégorie cyberpunk m’avaient échappé. Sauf, et c’est plutôt surprenant, car j’ai lu de nombreux autres titres de l’auteur dont le récent Reamde, Le Samouraï virtuel (Snow Crash) de Neal Stephenson. Erreur réparée ce week-end en tombant totalement par hasard sur un exemplaire passablement abimé dans un vide-grenier.
Et là, la critique n’est pas aisée. À la pointe de la modernité à l’époque de son écriture en 1992, le moins qu’on puisse dire est que techniquement, Le Samouraï virtuel a pris un sacré coup de vieux. Le Metavers s’est effondré ou éparpillé façon puzzle à la façon d’un Second Life ou autres mondes virtuels passés de mode depuis l’avènement des réseaux sociaux, eux-mêmes en pleine mutation permanente. Côté politique, capitalisme ou non, les différents franchulats et autres banlises présentés dans ce livre sont loin d’être similaires. Même si certaines comme la Nouvelle-Afrique du Sud ou l’importance du prosélytisme religieux ont une vraie résonance dans notre époque actuelle (étrangement en plus violent dans la réalité je trouve). Enfin, avouons-le : le tout nucléaire pour alimenter les principales nouveautés du moment (des chienchiens de garde à Raison en passant par des motos ou des poids lourds), est sacrément daté. Et a des vieux relents de nanars de SF des années 80.
Côté récit, l’histoire est prenante et les deux protagonistes principaux ont un ton mordant et acide bien rafraichissant. Certaines scènes ou réflexions de personnages sont si grotesques que j’en éclatais de rire dans le métro. L’action progresse également très vite malgré quelques longueurs nécessaires pour expliquer tel postulat technique, biologique ou religieux. Et justement là est le cœur de l’intrigue. La Snow Crash elle-même, au départ à la fois virus informatique dans le monde virtuel et drogue IRL (In Real Life — dans la vie réelle), se révèle au fil du temps être une version moderne d’un virus antique élaboré biologiquement par des intellectuels sumériens. Vous êtes perdus ? C’est normal : mélanger linguistique et résultats biologiques est déjà assez complexe à suivre sans en plus y rajouter une surcouche binaire pour obtenir un hybride biocybernétique. Après tout, il y a bien des expériences en cours pour stocker des données dans de l’ADN. Pourquoi pas y stocker des applications informatiques ? Le pont entre la linguistique et une maladie contagieuse aussi rapide que celle dépeinte dans le livre me semble plus difficile à franchir pour ma crédulité. Au final, lu en 2017, Le Samouraï virtuel est un bon petit thriller qui fleure bon la nostalgie technologique avec une forte dose de sarcasme et de dérision très plaisante. Seul reproche, la couverture de l’édition de poche est à côté de la plaque. J’aime beaucoup le style de Manchu, mais son samouraï n’a quasi rien de commun avec Hiro Protagoniste (vous l’avez deviné le protagoniste de l’histoire) qui est un métis né d’une mère coréenne et d’un père noir américain. Identité tellement visible qu’à plusieurs moments dans le récit, elle se retourne contre lui.

Le Samouraï virtuel de Neal Stephenson
Traduction de Guy Abadia
Éditions Le livre de Poche

Avis d’invitée : Drawings from the gulag

Ce blog s’ouvre parfois à des invités qui nous font partager leurs coups de coeur. Ici, Tris a délaissé pour un temps sa plate-forme, Projet Arcadie, pour nous parler d’un livre qu’elle juge dure mais essentiel, Drawings from the gulag de Danzig Baldaev. Je lui laisse la parole.

En France et dans d’autres pays de l’Europe de l’Ouest, il existe encore et toujours des nostalgiques de l’URSS, qui aiment souvent vous expliquer à quel point, cette période était fantastique. Pour toutes les personnes qui viennent d’Europe de l’Est, la réalité était tout autre. Nulle rivière de miel, aucune douceur dans ce qui faisait le quotidien des prisonniers du Rideau de Fer et encore moins pour les personnes qui ont connu les goulags.

La question est : comment le raconter ? Comment détailler le vécu de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été enfermés, torturés, battus, sans tomber dans le misérabilisme et en esquivant l’habituel procès en divagation ?

Drawings from the gulag, par Danzig Baldaev, y arrive. Il convient de s’attarder un instant sur l’auteur. Orphelin — ses parents étaient considérés comme « ennemis du peuple » — il grandira dans un orphelinat pour enfants de prisonniers politiques. Il sera soldat pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il sera gardien à Kresty.

C’est dans ce camp qu’il commencera à dessiner les tatouages des prisonniers, nous laissant une encyclopédie très riche en la matière et toujours utilisée, ainsi que des dessins sur la réalité des goulags.

L’ouvrage n’existe pas en français, les textes russes ont été traduits en anglais, mais les images sont suffisamment explicites pour ne pas avoir besoin de plus de détails. Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il n’est certainement pas pour des enfants et j’aurais même tendance à penser qu’il ne convient pas à tous les adultes.

De façon générale, les œuvres de Danzig Baldaev ne sont pas à mettre entre toutes les mains, mais elles sont essentielles. Les régimes totalitaires des pays de l’Est ne sont tombés que très récemment. Que ce soit en Russie, en Ukraine, en Roumanie, en Moldavie ou ailleurs, nous n’avons pas encore fait notre travail de deuil et notre devoir de mémoire. Nos archives ne sont pas encore ouvertes, nous ne savons pas ou plutôt, nous savons, mais dans les grandes lignes. On connaît l’histoire, mais on ne connait pas les détails et il est compliqué de tout mettre sur la table quand les protagonistes sont encore vivants.

Dessiner le goulag, pour comprendre ce qu’était l’URSS et comme ce pays — pour reprendre l’un des chapitres du livre — est devenu un goulag à lui tout seul.

Drawings from the gulag de Danzig Baldaev
Traduction de Polly Gannon & Ast A. Moore, sous la coordination de Julia Goumen.
Éditions
Fuel

 

 

 

Cormoran Strike – J.K.Rowling lâche la magie pour le policier

J.K.Rowling n’est pas que la créatrice d’Harry Potter et de son monde magique. Sous le pseudonyme de Robert Galbraith, elle s’est essayée dès 2013 au polar et a créé son détective, Cormoran Strike. Adaptées en ce moment par BBC One avec Tom Burke dans le rôle-titre, les enquêtes de Cormoran Strike font à l’origine l’objet de trois livres : The Cuckoo’s Calling (L’Appel du coucou), The Silkworm (Le Ver à soie), Career of Evil (La Carrière du mal). En attendant un quatrième qui devrait sortir sous peu, enfin dès que J.K.Rowling en aura fini l’écriture.
Tout aussi british que les histoires policières de Sir Arthur Conan Doyle ou d’Agatha Christie, ces romans sont pourtant bien ancrés dans ce début de 21e siècle. Et contrairement à ses prédécesseurs, les enquêtes emmènent les protagonistes dans toutes les strates de la société anglaise, des beaux quartiers de Londres au fin fond de la campagne en passant par les taudis et le milieu des petites frappes.
Comme Sherlock Holmes et Hercule Poirot, Cormoran Strike est un détective privé. Il ne se distingue pas par ses capacités de déduction exceptionnelles, mais tout simplement par sa ténacité et ses expériences passées qui lui donnent une bonne connaissance de l’humanité. Ancien policier militaire, il est revenu amputé d’une jambe d’Afghanistan et a ouvert son agence. Au début du premier roman, sa vie est au plus bas. Sa jambe le fait souffrir, une rupture sentimentale l’a contraint à emménager dans son agence, et les clients ne se bousculent pas tandis que les dettes s’accumulent. Et comble de malchance, une erreur d’agence d’intérim lui met dans les pattes, Robin Ellacott, une jeune femme fraichement arrivée de sa province comme secrétaire. Le duo d’enquêteur ainsi constitué va apprendre à s’apprivoiser au fil des romans et des enquêtes.
Si vous aimez les policiers britanniques, vous l’aurez compris, vous serez servis. Le troisième roman particulièrement nous entraîne en différents lieux de Grande-Bretagne, avec en version originale une restitution assez fidèle des phrasés et du vocabulaire qui leur sont propres. Les amateurs de polars nordiques bien noirs également. Si The Cuckoo’s Calling a des moments un peu glauques, ce n’est rien par rapport à The Silkworm et à Career of Evil et son tueur en série. Pour autant, J.K.Rowling n’est pas tombée dans les travers de certains auteurs de thriller qui mettent page sur page de gore au détriment de l’intrigue elle-même.
Sans commune mesure avec les Harry Potter, l’univers de Cormoran Strike n’échappe peut-être pas aux clichés classiques du genre choisi, mais il a sa propre voix. À la différence d’Une place à prendre (The Casual Vacancy), son autre roman pour adultes, J.K.Rowling a trouvé ici le ton juste. Ses personnages sortent naturellement de sa plume, et l’on s’y attache sans qu’ils deviennent prévisibles, trop guimauve ou trop dur.

The Cuckoo’s Calling, The Silkworm & Career of Evil de Robert Galbraith (J.K.Rowling)
Éditions Sphere

En bonus, la bande-annonce des téléfilms diffusés par BBC One (en attendant une diffusion en France)

Le dragon sous la mer

Il est des livres que vous n’avez pas lus depuis longtemps, et soudain, mentionnés au détour d’une conversation, ils vous reviennent en mémoire. Le Dragon sous la mer de Frank Herbert est de ceux-là. Tout d’abord, parce que ledit Frank Herbert, ainsi que les couvertures de Wotjek Siudmak pour la collection Pocket Science-Fiction, est depuis les années 80 à l’origine de mon amour invétéré pour la science-fiction et les voyages qu’elle propose. Ensuite parce la thématique choisie, bien que n’étant pas ma favorite – un huis clos militaire entre quatre personnes dans un sous-marin, m’avait marqué adolescente lors de la première lecture, et me reparle régulièrement au point de me pousser à le relire. Une fois n’est pas coutume, quand vous lirez ces lignes, moi je serais plongée sous l’océan en compagnie de « Long John » Ramsey et de ses coéquipiers.
De quoi parle ce livre ? Étonnamment ce n’est quasiment pas un récit de science-fiction. Le seul point de départ est une dystopie où au 21e siècle, les États-Unis sont en guerre et utilisent des sous-marins pour vider les puits de pétrole de l’ennemi (qui n’est jamais nommé). Soupçonnant que celui-ci se défend en induisant des psychoses artificielles au sein des équipages, la Marine décide d’embarquer l’inventeur d’un appareil destiné à déjouer celles-ci. Et si tout simplement l’enfermement et le milieu marin ne faisaient que ramener les hommes à un état prénatal et que ce « reboot » était à l’origine de la perte des vaisseaux différents ? Premier roman de Frank Herbert, le récit souffre parfois d’une certaine sécheresse et de transition un peu trop rude. Il est dense. Les 252 pages de mon édition se lisent très rapidement (peu ou prou deux heures à mon rythme de relecture), comme pour tout bon thriller qui se respecte. Les amateurs de Tom Clancy ou de Philip Kerr apprécieront, malgré l’étiquette science-fiction. Et certains thèmes incontournables dans l’œuvre de Frank Herbert — la place respective de la religion et de la science, l’école jungienne de psychanalyse et son concept d’inconscient collectif — sont déjà présents au cœur de ce récit. À découvrir ou à redécouvrir…

Anastème : l’aventure continue

Vous vous souvenez d’Anastème — Révolution, un roman en cours d’écriture financé par le crowdfunding ? L’aventure s’est prolongée en août par l’écriture d’un récit complémentaire — Fragments d’Anastème — diffusé lui aussi par épisodes, mais sur le site Actualitté. L’ensemble de ces épisodes est désormais rassemblé dans un document PDF disponible ici.
Il s’agit d’un texte complémentaire qui ne suit pas les personnages principaux de la saga lisible via Tipeee. En revanche, qui sait ? Puisque l’histoire s’étoffe très vite, si le succès continue, nous verrons peut-être un jour une version papier des aventures de la famille Lumen, avec en addendum un collector des histoires secondaires ?