Requiem en catastrophe majeure

La vie de consultant en occultisme est faite de hauts et de bas. Et ce n’est pas Évariste Cosson du fond de sa pépinière d’entreprise de La Défense qui dira le contraire. Alors qu’il s’ennuie ferme, que son couple bat de l’aile et que le dépôt de bilan est proche, trois affaires différentes lui tombent dessus. La première est l’exorcisme d’une entreprise dans une zone industrielle en lointaine banlieue. La deuxième est liée à la mort de Jimi Hendrix (amalgamé dans cet univers – horreur absolue – à Johnny Halliday et prêt à allumer le feu). Et la troisième semble être un cas de hantise assez particulier à l’Opéra Bastille. Et c’est sans compter avec un ami sorcier papou soudain obsédé par un vieux tromblon de l’informatique. Vous l’aurez compris, Requiem en catastrophe majeure ne se prend pas au sérieux. Si vous cherchez un roman d’urban fantasy particulièrement rythmé et avec nombre de fulgurances loufoques, mais si vous êtes résolument allergique à la romance paranormale, ne cherchez plus. La suite d’Évariste est faite pour vous. D’autant que, même s’il peut se lire indépendamment du premier tome, ce roman a l’avantage de ne pas s’appesantir sur le fonctionnement de l’univers et les relations entre la magie et l’ingénierie et l’informatique. Heureusement celles-ci sont – pour l’instant – bien moins cataclysmiques que celles de The Laundry Files.
Ici entre deux éclats de rire et grincements de dents (on ne touche ni aux chatons ni aux bébés loutres, bon sang !), le lecteur en prend plein les mirettes et découvre comment les trois affaires d’Evariste sont liées entre elles. Entre polar et comédie, et avec l’horripilant Clippy en guest-star, Requiem en catastrophe majeure tient sa promesse : vous divertir !

Requiem en catastrophe majeure
D’Olivier Gechter
Éditions Mn
émos

 

La Guerre des marionnettes

Andrea Cort est de retour. L’héroïne, qui refuserait probablement ce terme, de Émissaires des morts et de La Troisième griffe de Dieu revient pour un dernier (?) tour de piste avec La Guerre des marionnettes. Autant vous dire qui si vous avez trouvé les deux premiers sombres, celui-ci est nettement pire avec une bonne dose de body horror et de modifications corporelles extrêmes en prime. Un vrai régal quoi !
Comme à son habitude, Albin Michel Imaginaire assortit au roman qui donne son titre au livre deux nouvelles. La première, Les Lames qui sculptent les marionnettes, ne concerne pas directement notre procureure extraordinaire favorite, mais sa lecture est plus qu’utile pour comprendre le roman suivant (et éclairer le passé d’un personnage de La Troisième griffe de Dieu).
Il s’agit ici d’avoir une première présentation de la planète Vhlan, de ses habitants et de leurs rituels, ainsi que de découvrir ce que cela implique pour les autres sentients qui veulent s’en mêler. Plutôt tragique et déjà assez horrifique dans les actes qu’elle décrit, cette nouvelle se lit pourtant d’une traite et interroge sur ce que l’on peut supporter par amour, devoir ou instinct de survie.
La deuxième, La Cachette, arrive à la suite du roman et se situe chronologiquement quelques mois après celui-ci. C’est le texte le plus faible du livre, mais il offre une décompression bienvenue après l’intensité des deux précédents. Et en tant que grande amatrice de New York District et autres embrouilles judiciaires, j’ai particulièrement apprécié ce cas de conscience et la façon dont Maître Cort le résout. Et nous laisse du coup dans le doute sur son avenir.
Et La Guerre des marionnettes donc ? Nous avons tout à la fois un affrontement entre les IA-Sources et les Démons invisibles qui tourmentent Andrea Cort depuis l’enfance, un monde étrange avec des créatures locales fascinantes et toute une tripotée d’individus sentients – diplomates ou non – avec chacun ses objectifs, ses blocages et ses a-priori, et une guerre imminente dont l’issue n’est rien moins que la survie des espèces intelligentes dans leur ensemble et de l’humanité en particulier.Et nous voyons également la relation entre Andrea et les Porrinyard progresser (en mode montagnes russes émotionnelles particulièrement intenses) et même se glisser entre tout ceci une enquête pour disparition. Certains personnages sont particulièrement haut en couleur, comme l’ambassadeur humain (pardon homsap) qui ne doit pas non plus sentir la rose au passage !
Vous l’aurez compris, La Guerre des marionnettes est un roman particulièrement dense. Il marque la fin d’un cycle et doit donc se lire après les deux autres. Mais une fois dedans, vous ne le lâcherez plus et vous ne verrez pas les pages passer. Quitte à perdre des heures de sommeil car vous ne pouvez pas laisser certains personnages dans un tel gouffre de souffrance sans découvrir s’il y a de l’espoir pour eux, notamment les Porrinyard dont chaque moitié n’est pas du tout épargnée. Et vous tournerez la dernière page, en vous demandant quand sort le prochain Adam-Troy Castro.

La Guerre des marionnettes
D’Adam-Troy Castro
traduction de Beno
ît Domis
Éditions Albin Michel Imaginaire

Body Snatchers – L’invasion des profanateurs

Et si l’horreur était finalement aussi familière que votre voisin de palier ou votre reflet dans le miroir ? Et s’il suffisait d’un petit quelque chose d’indéfinissable en moins pour que vos proches deviennent de dangereux inconnus ? De quoi peupler vos cauchemars, non ! C’est exactement le postulat de base de Body Snatchers de Jack Finney, un classique de la science-fiction horrifique pour une première fois dans les années 50 puis remanié dans les années 70. Et à l’occasion de sa réédition (dans une traduction toilettée pour l’occasion et avec une couverture très Lovecraftienne) il était temps de le relire.
Ce roman nous raconte l’histoire de Miles Bennett, médecin généraliste dans la petite ville de son enfance, Mill Valley en Californie. Depuis peu, ses patients viennent le voir avec un étrange symptôme : ils sont persuadés que leurs proches ont été remplacés par des doubles. Et s’ils avaient raison ?
De ce point de départ, Jack Finley nous déroule une histoire d’invasion extraterrestre paranoïaque et terrifiante à souhait même si elle ne contient quasi aucune scène sanglante à proprement parler. Toute la tension est dans l’attente et l’incertitude, avec un rythme allant crescendo au fur et à mesure que le protagoniste se retrouve prisonnier de lieux pourtant très familiers.
Adapté de nombreuses fois au cinéma, le roman a une écriture très scénaristique et sa structure rappelle fortement les épisodes de La Quatrième dimension, même si le « happy end » final est un peu trop miraculeux à mon goût. Il est au même niveau que les microbes tueurs de Martiens dans La Guerre des mondes de H.G.Wells, mais sans la logique pseudo-scientifique (n’étant pas xénobiologiste, je ne saurais dire si deux espèces ayant évolué sur deux planètes différentes peuvent agir ainsi l’une sur l’autre). Le style est également vieillot. Notamment l’importance des lignes de téléphone fixes dans l’intrigue ancre bien le livre dans le XXe siècle. Néanmoins, il fonctionne toujours autant, et je vous garantis qu’après l’avoir refermé vous regarderez votre entourage d’un autre œil.

Body Snatchers – L’invasion des profanateurs
De Jack Finney
traduction de Michel Lebrun
Éditions Le Belial’

Et en bonus, la bande-annonce de mon adaptation cinématographique préférée de ce livre. Et vous, laquelle vous plaît le plus ?

 

Le chant des géants

Deux livres de fantasy, coup sur coup ? Et oui, et en plus celui-ci plonge ses racines dans les légendes européennes… Il faut dire que ce roman, Le chant des géants de David Bry, vise pour le coup plus l’épopée mythologique et rappelle les légendes celtiques. Et l’objet en lui-même est magnifique, donc…
Commençons par un paragraphe qui ne sera valable que pour le grand format. L’objet est purement t simplement magnifique, avec une couverture ornée de runes et de dessins rappelant le monde celte ou viking (ou Assassin’s Creed Valhalla si vous aimez les jeux vidéo). Les runes se retrouvent à l’intérieur tout autour du texte, avec des illustrations en noir et blanc — elles aussi de la même inspiration que la couverture — disséminées dans le texte. Et petit point de détail, bien pratique si vous êtes adepte de la lecture au lit, le livre propose une petite bande de tissu noire en guise de marque-page. Pour les personnes aimant l’objet-livre, celui-ci est une réussite.
Et en ce qui concerne le fond ? Le chant des géants vous invite à une histoire au coin du feu. Une histoire de rivalité entre frères pour un trône, pour une femme et — in fine — pour la survie d’une île rêvée par trois géants avec chacun leurs affinités (la mort et la musique pour Baile, le brouillard et la nature pour Lebrocham et la guerre et le courage pour Fraech). Ce récit nous est narré a posteriori par deux mystérieux conteurs : l’un au coin du feu dans une auberge, l’autre s’accompagnant de la musique de sa flute.
L’aspect fantasy du livre — les fameux géants et leurs rêves, les mystérieux immortels et la brumenuit — reste finalement très léger par rapport à l’affrontement tragique entre les deux frères Ianto et Bran, et la façon dont ceux-ci de prime abord très unis vont se déchirer. Attention, l’histoire est presque entièrement présentée du côté de Bran, les motivations de son frère et de certains autres personnages resteront donc jusqu’à la fin incompréhensible pour le lecteur (comme elles le sont pour Bran et ses alliés). Seule la cause métaphysique de ce conflit apparaît finalement dans les tout derniers chapitres et rappelle certaines malédictions de la mythologie grecque.
Sans aller plus avant dans l’histoire pour ne pas trop en dévoiler, que dire sur ce livre ? Simplement que son écriture fluide et « chantante » vous envoûte et vous invite à tourner les pages pour en apprendre toujours plus. À tel point que j’ai dévoré la moitié du livre sans m’en rendre compte le premier soir où je l’ai attrapé. Alors oui, vous serez frustré en le lisant. Certains aimeront en savoir plus sur les motivations d’Ianto et de Ronan. D’autres, dont moi, trouveront que Caem n’a pas eu la fin qu’il mérite. Et d’autres encore auraient aimé plus d’expositions sur tel point ou tel autre personnage. Mais c’est le propre des mythes d’avoir des « incarnations » et des zones d’ombres non dites dans l’un des récits qui les composent puis expliquées éventuellement dans un autre, ou par un autre conteur. Et si finalement cette frustration faisait partie du charme du récit ?

Le chant des géants
De David Bry
Éditions L’homme sans nom

Black Sun

À lire les pages de ce blog, vous vous en êtes peut-être aperçus, la fantasy épique n’est pas mon genre de prédilection. Mais quand la nouvelle saga d’une autrice dont j’ai apprécié l’urban fantasy post-apocalyptique est recommandée par un auteur que je lis régulièrement, il est probablement temps de se pencher dessus non ?
Remontons donc ce Black Sun de Rebecca Roanhorse du fin fond de ma liseuse et regardons ensemble ce qu’il vaut. Premier bon point, il ne s’agit pas d’un énième livre de fantasy s’inspirant plus ou moins vaguement de l’Europe médiévale en saupoudrant ses péripéties de créatures de types orcs, trolls, elfes, nains ou fées, même si les noms sont différents. L’univers choisi par l’autrice s’inspire des Amériques (du Nord et surtout du Sud), mais des populations des îles du Pacifique. Pour une lectrice européenne, le dépaysement est assuré. Non seulement, les systèmes de magie et les règles en place sont différents, mais même les créatures présentes se distinguent par leur originalité : corbeaux géants et bavards, mais également araignées d’eau utilisées comme bêtes de trait, avatars divins et
pseudo-sirène aux joyaux en guise d’yeux, le tout est varié.
Côté histoire, en revanche, nous sommes dans une trame classique de vengeance et de querelles politico-religieuse. Et ce d’autant plus qu’il s’agit du premier volume d’une trilogie et qu’il se termine sur un cliffhanger plutôt frustrant. Heureusement le tome 2, Fevered Star, est déjà disponible pour qui veut enchaîner les deux romans à la suite.
Le ferais-je ? Je pense bien. Black Sun souffre peut être d’un
léger défaut de rythme comme l’histoire est éparpillée entre quatre points de vue avec en prime des flashbacks, mais les personnages sont particulièrement intéressants, car pas du tout manichéens. La violence de Serapio s’explique par celle qu’il a subie et le destin qu’on lui a imposé. Xiala la paria Teek ne se révèle que peu mais ses pouvoirs et son caractère curieux m’attirent. Seule la prêtresse du Soleil, Narampa, m’a agacé par sa naïveté tellement importante qu’elle confine souvent à la stupidité. Peutêtre se réveillera-t-elle par la suite, comme semblent le suggérer ses actions dans les derniers chapitres ? À bientôt pour la suite…

Black Sun
de Rebecca Roanhorse
Édition
s Saga Press

Opexx

Bien que je l’ai réellement découvert récemment avec un roman steampunk, Les Temps ultramodernes, Laurent Genefort est surtout connu pour ses histoires de space-opéra. Alors quand il arrive dans la collection Une Heure-Lumière pour un très court roman dans son univers de prédilection, Opexx, je me suis précipitée dessus. Et ? Ce fut une excellente idée.
Opexx nous présente un futur où le Blend, une confédération de différentes espèces extraterrestres réparties sur plusieurs galaxies, a pris contact avec l’Humanité. Non pour lui demander de les rejoindre,
car elle n’est pas considérée comme assez évoluée. Mais pour, en l’échange de quelques babioles technologiques, exploiter sa tendance naturelle à la violence. Et c’est ainsi que sont nées les Opexx, des opérations où des militaires humains servent de Casques Bleus dans différents conflits galactiques et dont la mémoire est soigneusement nettoyée entre deux missions.
Le narrateur du récit est l’un de ces soldats. Il a une particula
rité d’être atteint d’un déficit empathique et d’un besoin constant de nouveautés, ce qui l’immunise peu à peu contre les remises à zéro mémorielles. Et d’une mission à l’autre, sa propre espèce lui apparait aussi étrangère que les extraterrestres qu’il rencontre. Si vous cherchez une grande aventure multipliant les péripéties à travers l’espace, ce n’est pas le titre qu’il vous faut. Dans la même collection, préférez-lui Sur la route d’Aldébaran. En revanche, si vous aimez vous balader aux quatre coins de l’univers pour avoir un aperçu de mondes et d’espèces variées et si vous n’être pas contre un peu de réflexion philosophique, Opexx vous satisfera amplement. Détaché de tout, son narrateur est un parfait observateur et guide pour nous, lectrices, qui n’avons pas – et pour cause – l’occasion de nous aventurer dans les étoiles. Et la pirouette finale de son histoire s’avère après tout une conclusion fort logique de sa réflexion.

Opexx
de Laurent Genefort
Édition
s Le Bélial’

Les Sept Jours où le monde fut pillé

Au détour d’une conversation littéraire sur Twitter, Tolstoï arriva sur le tapis. Non pas le Léon de Guerre et Paix, mais l’autre, celui qui écrivait de la SF : Alexeï. Cousin éloigné du premier et également membre de l’aristocratie russe, il vécut en exil après la révolution de 1917 quelque temps avant de rentrer dans ce qui était devenu l’Union soviétique. Et pour découvrir son œuvre et sa plume, autant commencer par un court récit. Les Sept Jours où le monde fut pillé, qui fait moins de 100 pages, fut choisi.
Le point de départ de l’intrigue est intéressant. Lassé des différentes tensions internationales qui mettent à mal ses affaires commerciales, le grand magnat de la finance Ignace Rough imagine un plan audacieux. Avec quatre autres hommes d’affaires tous aussi puissants que lui, il va s’emparer du monde en achetant tout ce qui compte. Et pour cela, il va provoquer une catastrophe qui paniquera toute la population, fera chuter les Bourses mondiales, et laissera sept jours à cette Union des Cinq pour s’emparer du monde. Sauf que… la catastrophe choisie, la destruction de la Lune, aura des conséquences inattendues sur la psyché humaine.
De par sa brièveté, Les Sept Jours où le monde fut pillé ne s’embarrasse pas de détail. Il commence comme un roman d’aventures à la Jules Verne avec la mise en place de toute
la machinerie nécessaire à la destruction de notre satellite tout en synchronisant celle-ci avec un phénomène astronomique naturel. Il se poursuit ensuite avec un récit plein d’ironie comme pourrait les écrire Mark Twain ou Ambrose Bierce pour se terminer sur une délicieuse pirouette.
Si ce récit est une critique à peine voilée du capitalisme prédateur et de la spéculation forcenée, il n’est pas non plus une apologie du communisme, ou d’un quelconque système politico-économique particulier, malgré les choix de vie de l’auteur. Il montre j
uste que les plans les mieux conçus ne se déroulent pas toujours sans accroc. Et que la psyché humaine ne se limite pas aux biens matériels et à une course consumériste. Et sa fin peut se lire suivant l’esprit du moment comme une prédiction particulièrement pessimiste sur la passivité humaine ou au contraire sur une note optimiste. À vous de vous faire une idée !

Les Sept Jours où le monde fut pillé
D’Alexeï Tolstoï
traduction de Paul Lequesne

Éditions Libretto

L’Avenir

Fort Détroit. Une ancienne ville industrielle s’enfonçant peu à peu dans la pauvreté. De sa maison, Gloria voit son voisin se faire renverser dans la rue et mourir. Tout autour d’elle semble sur le point de s’éteindre. La sexagénaire n’est en effet pas originaire d’ici. Elle est venue dans cette maison, cette rue, cette ville car sa fille, toxicomane, y est morte et ses petites-filles adolescentes ont disparu.
À lire ce résumé, vous pensiez que L’Avenir de Catherine Leroux est un polar ? Perdu. C’est une uchronie frôlant parfois le fantastique et emplie d’une bonne dose de réalisme magique. Elle nous plonge dans un monde où Détroit a gardé ses racines françaises et québécoises, mais où la récession et la pollution tuent la ville à petit feu. Ne laissant derrière eux que des « enfants sauvages » et des adultes déclassés perdus dans leurs souvenirs et leurs rêves. Et pourtant… Malgré la dureté de l’univers et des situations qu’elle décrit, Catherine Leroux signe avec ce texte un roman plein d’espoir. Le temps des quelques mois de la saison chaude, Gloria va découvrir Fort Détroit, ses habitants, sa faune et ses multiples tendances à l’embrasement. Elle s’enfoncera dans ses tréfonds allant de déconvenues en abandons avant que, tel un coup de foudre annonciateur de pluie, elle ne se réveille, que l’ensemble du quartier ne se réinvente une fois de plus et que tous ses habitants ne fassent leurs mues. Certains tourneront le dos à leur ancienne vie, d’autres se réconcilieront avec leur passé. Certains y laisseront la vie, d’autres continueront leur bonhomme de chemin quasi-intacts.
L’histoire nous est racontée tour à tout en se plaçant aux côtés de Gloria, des différents « enfants sauvages » du parc de la Rouge, de Solomon l’ancien musicien devenu agriculteur urbain, ou encore de Priscilla, pitbull de son état. Et plus que les différentes péripéties des protagonistes, c’est la langue de l’autrice qui nous entraîne au long des 304 pages de son récit. Québécoise, son vocabulaire n’est pas édulcoré, filtré ou traduit pour être immédiatement lisible par les Français d’Europe. Il faudra jouer aux devinettes pour comprendre les personnages, quitte parfois à accepter que certains termes nous échappe
nt. La syntaxe et le rythme des phrases ne doivent en revanche rien aux origines de l’écrivaine et lui appartiennent en propre. Grâce à eux, L’Avenir oscille souvent entre le roman et la poésie en prose pour le plus grand plaisir des lecteurs. Et pour une fois, je vous conseille d’aller d’abord à la fin vous reporter à la playliste fournie par l’autrice pour profiter de votre lecture en musique.

L’Avenir
De Catherine Leroux
Éditions Asphalte

NB : Un avant-goût musical de l’atmosphère du livre 

 

 

Le Bureau des affaires occultes

Vous reprendrez bien un peu de polar historique ? Pour celui-ci, partons dans le Paris de 1830 alors que Louis-Philippe vient d’accéder au trône. Toutes les administrations subissent alors un nettoyage en profondeur, y compris la Préfecture de Police ou le célèbre Vidocq a été débarqué. Dans Le Bureau des affaires occultes, nous suivons un jeune inspecteur féru de science, Valentin Verne, qui se voit confier une enquête sensible concernant le fils d’un député alors qu’il pourchasse depuis des années un ecclésiaste tortionnaire d’enfants surnommé le Vicaire. Ce roman va donc se présenter comme le récit longtemps disjoint de ces deux histoires, avec notamment des entrées de journal semblant se rapporter à des événements passés. Avant que les deux ne se rejoignent en fin de récit. En effet, Le Bureau des affaires occultes peut se lire comme une histoire indépendante, mais il est avant tout l’amorce d’une série policière. La partie concernant le député et son fils sera résolue dans ce volume, mais celle concernant le Vicaire se poursuivra dans le volume suivant, intitulé… Le Fantôme du Vicaire. Et il faut bien reconnaître qu’une bonne partie de ce premier livre est dédié à la mise en place des personnages récurrents et de leurs univers. Ce dont le rythme de l’histoire pâtit quelque peu.
En revanche, en mêlant une période historique pas si souvent utilisée en fiction (où la Révolution et le Premier Empire d’un côté, et la toute fin du XIXe siècle de l’autre ont bien plus de succès) avec un angle original (une explication rationnelle à des crimes qui semblent soit ne pas en être, soit être surnaturel
s), Éric Fouassier propose un polar solide qui, malgré les longueurs dues à la mise en place du cadre, se dévore littéralement (avec des pauses dont une nuit de sommeil, il s’est écoulé moins de douze heures entre son achat et la fin de sa lecture). Plus que le personnage principal, j’avoue avoir particulièrement apprécié certains seconds rôles comme Aglaé, Félicienne ou ce vieux brigand de Vidocq. À l’occasion je replongerais bien dans la suite.

Le Bureau des affaires occultes
d’Éric Fouassier
Éditions
Livre de poche

Une Étude en émeraude

Une autre histoire mêlant la mythologie Lovecraftienne et Sherlock Holmes ne vaudrait habituellement pas les honneurs de ce blog. Mais quand le récit en question a été écrit par Neil Gaiman, qu’il est adapté en BD par Rafael Albuquerque (American Vampire) et Rafael Scavone et qu’elle marque les débuts d’un nouvel éditeur francophone de comics, je ne pouvais que me pencher dessus, tellement Une Étude en émeraude est un pur régal.
Avant toute chose un petit mot sur Black River. Cette maison d’édition appartient au groupe Editis qui a également 404 éditions pour publier des comics et des romans graphiques (c’est notamment chez eux qu’est parue la version française de Fangs). Elle se positionnera selon le communiqué de presse sur des comics inspirés de thématiques ancrées dans la pop-culture (les deux autres titres lancés sont des produits dérivés de licence de jeu de cartes, Magic, et de jeu vidéo, Assassin’s Creed). Autant dire qu’Une Étude en émeraude tranche dans le sujet.
Cet album nous plonge dans un Londres victorien où les Grands Anciens sont parmi les hommes (enfin surtout parmi la classe dirigeante). Un ancien soldat, le Major, revient blessé d’Afghanistan et emménage avec un curieux détective-consultant. Leur première enquête va les entraîner dans les bas-fonds de la ville pour découvrir qui a éventré un membre éloigné de la famille royale au sang vert. Familier non ? Oui, tout à fait, mais Neil Gaiman maîtrise tout aussi bien la mythologie entourant Sherlock Holmes (et les différentes nouvelles et romans où apparaissent le célèbre détective et le Dr Watson), que celle autour de Cthulhu ou encore les différentes théories entourant l’identité de Jack l’
Éventreur. Il s’en sert pour truffer de référence une histoire somme toute classique. Et il retourner l’opinion de son lectorat avec simplement deux signatures en bas de pages en fin de récit. Quant aux dessins, Rafael Albuquerque ne déçoit pas. Pour certains passages (notamment ceux avec Victoria), il va chercher son inspiration dans le Hellboy de Mike Mignola. Mais son trait acéré identifiable entre tous et le choix de couleurs apportant une patine volontairement ancienne aux planches font merveille.

Une Étude en émeraude
de Neil Gaiman (texte original), Rafael Albuquerque (dessin et adaptation scénaristique) et Rafael Scavone (adaptation scénaristique
traduction de David Guélou
Éditions
Black River